‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 89 sur 135 · MARCHE CLINIQUE · texte numérisé non relu

MARCHE CLINIQUE

naire, et plus tard a présenté tous les signes du syndrome de Cotard.

Toutefois, la marche clinique n'est pas, dans tous les cas, aussi régulièrement progressive, et il n'est pas toujours possible — ainsi que l'ont fait certains auteurs exagérant après coup les idées de Cotard — de la mettre en parallèle avec la progression analogue qu'on retrouve dans le délire des persécutions systématique et progressif.

11 est beaucoup plus juste de dire que l'ensemble des symptômes que Cotard a décrits ne constitue qu'un syndrome dont plusieurs éléments n'ont rien de caractéristique et que, tant qu'ils existent seuls, la maladie qui débute sous les apparences de la mélancolie ordinaire en revêt la marche habituelle, c'est-à-dire est souvent intermittente.

Le délire des négations etd'énormitéqui donne au syndrome de Cotard son cachet particulier survient tantôt au premier accès, tantôt au deuxième. Et lorsque le syndrome de Cotard est constitué, d'intermittente qu'elle était l'affection tend à devenir continue, chronique.

Ce délire des négations mélancolique ne constitue donc pas une affection spéciale, mais il caractérise seulement une variété de mélancolie dans laquelle il revêt en général, une fois installé, la signification d'un passage à l'état chronique. Il peut donc ainsi s'assimiler à ces formes de délire systématisé survenant dans la période chronique des psychonévroses et qu'on désigne sous le nom de Verrucktheit ou paranoïa secondaire.

On peut ajouter que le délire d'énormité et les conceptions d'immortalité ne se manifestent souvent qu'après celles de négation, au moins dans les cas typiques.

Les idées de grandeur vraies ne s'observent jamais que dans les cas très chroniques.

Enfin, au point de vue de la terminaison ultime, notre délire des négations se conduit comme les délires systématisés. Il peut aboutir à un état de démence qui ne survient alors qu'après un temps assez long.

Messieurs, le délire des négations tel que l'a envisagé Gotard semble être assez rare. Toutefois, sa description est de date récente ; et depuis le jour où l'attention a été éveillée sur ce point, les exemples en sont déjà assez nombreux pour ne pas avoir le caractère d'exceptions.

Au point de vue étiologique, Gotard avait mis en évidence l'importance de l'hérédité. Dans la plupart des cas, celle-ci est très chargée. En outre, on remarque souvent chez les futurs négateurs, avant l'éclosion avérée de leur délire, des tendances spéciales qui sont comme l'embryon de la maladie. De même que les persécutés mégalomanes, avant la confirmation de leurs idées délirantes, se montrent toujours méfiants et orgueilleux, de même les négateurs sont des tristes, des scrupuleux, des méticuleux.

C'est à l'âge adulte et vers l'époque moyenne de la vie qu'apparaît leur délire.

Il est difficile de se prononcer encore d'une façon certaine sur l'influence du sexe. Toutefois, la majorité des observations publiées jusqu'à ce jour se rapporte à des femmes.

L'éducation, le milieu social semblent jouer un certain rôle. On observe rarement les négateurs dans les asiles publics ; bien plus fréquents sont ceux qu'on voit à la ville ou dans les établissements particuliers.

Messieurs, je vous ai parlé, au commencement, des objections qui ont été faites à la conception de Gotard. Le.-

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seules qui prêtent à discussion portent sur deux points principaux.

Les faits de délire des négations de Cotard ne méritent pas, dit-on, de description particulière, parce que dans les cas où Ton observe des idées de négation chez des mélancoliques, il manque souvent certains éléments au syndrome caractéristique que nous venons d'étudier, en particulier les idées de damnation, de possession, d'immortalité.

Ce n'est pas là, vous en conviendrez, une raison très péremptoire. A côté des cas typiques, il existe dans toutes les branches de la pathologie des cas frustes ou atténués qui n'infirment pas pour cela l'existence des premiers. Quand vous avez à diagnostiquer un goitre exophtalmique, vous n'exigez pas que le malade présente tous les signes de la série de Basedow.

Faut-il donc se refuser à reconnaître un cas de délire des négations mélancolique, sous prétexte que le syndrome de Cotard n'est pas toujours représenté au grand complet?

D'ailleurs, les symptômes en litige doivent-ils être considérés comme typiques, et leur présence comme indispensable ?

Que devons-nous penser par exemple de l'idée d'immortalité ? Sans aucun doute, lorsqu'elle existe, le type est complet. Mais, en fait, son importance est secondaire.

Elle ne fait pas taire les autres idées délirantes, en parculier celles de négation ; elle ne fait que se surajouter à elles. On pourrait, à ce point de vue, l'assimiler à l'idée de grandeur du persécuté systématique. Le mégalomane persécuté reste toujours un persécuté, et le négateur immortel est toujours et avant tout un négateur. Alors que l'idée de grandeur ne nous semble pas nécessaire pour porter le dia-

gnostic de délire systématique des persécutions, devronsnous attacher à l'idée d'immortalité une importance telle qu'en son absence nous écartions l'idée d'un délire des négations mélancolique? Elle peut ne pas exister au moment de l'observation et se montrer par la suite. En effet, l'idée d'immortalité, comme le délire d'énormité, représentaient pour Gotard une étape avancée de l'évolution qu'il essayait de décrire. De même, chez les persécutés systématiques, si l'idée de grandeur apparaît quelquefois très vite, d'autres fois, elle peut ne survenir qu'au bout d'une longue période délirante.

Enfin, comme nous l'avons vu, il résulte de l'analyse même de cette idée d'immortalité qu'elle n'est guère en réalité qu'un équivalent, une forme, la plus excessive, de l'idée de négation.

Souvent, ce sont les idées de damnation ou de possession qui manquent.

Or, je vous l'ai déjà dit, Messieurs, ces idées ne sont que des symptômes d'une importance toute relative. Elles reflètent seulement, sous une teinte mystique, le fond mélancolique de la maladie et, s'il existe une idée d'humilité ou de culpabilité de mêmes caractères généraux, la nature du délire est par cela même assez évidente pour qu'il ne soit pas besoin d'exiger la présence d'une idée de damnation.

D'un autre côté, il ne suffit pas de porter un diagnostic d'après les dires du malade. Tant mieux si celui-ci vous déclare lui-même: «Je suis damné, j'ai le diable dans le corps, » car il vous évite la peine de pousser plus loin vos investigations. Mais les symptômes ne sont pas toujours assez accusés pour qu'il les traduise de lui-même au dehors,

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