EXAMEN CRITIQUE
et c'est à vous de les rechercher soigneusement, quelque dissimulés qu'ils puissent être.
Nous ferons prochainement l'étude des idées de possession. Vous verrez alors que l'origine de ces idées repose toujours sur un dédoublement de la personnalité. Or, ce phénomène existe fréquemment sans que le malade formule le mot de possession. Qu'il dise : « Le diable parle par ma bouche », ou bien : « Il y a des choses que je dis malgré moi, sans savoir d'où elles me viennent », c'est toujours un dédoublement de la personnalité qu'il exprime, dans le premier cas, par une image mystique et surannée, dans le second par une phrase banale, mais non moins décisive, car elle reflète la présence d'une impulsion verbale, symptôme très net d'automatisme psychologique.
La constatation d'hallucinations motrices diverses, identiques de nature, sinon d'intensité, avec les impulsions, aura la même signification. De même, aussi, la simple conversation mentale, cette contradiction intérieure, ces impressions toujours contraires, dont se plaignent les malades et qui ne représentent que la lutte de deux synthèses mentales antagonistes, en opposition constante et s'organisant petit à petit. Peu importe la formule ; l'existence du phénomène en soi, d'où elle tire son origine, doit suffire à confirmer le diagnostic.
On peut donc, en résumé, faire bon marché de l'objection qui reproche à la symptomatologie d'être quelquefois incomplète.
Le second point en litige se rapporte à l'évolution.
Cotard avait dit que le délire des négations apparaissait en général après plusieurs accès de mélancolie, parfois même au premier accès. Ces différences d'évolution sont
jugées encore incompatibles, contradictoires de sa description.
On a fait remarquer aussi que les idées de négation n'apparaissaient pas toujours aussi tardivement qu'il l'indiquait, et qu'en outre les idées d'immortalité les précédaient souvent.
Ces objections ne me paraissent pas beaucoup plus graves que les précédentes.
Après que Lasègue eut décrit en bloc les délires des persécutions, on s'est aperçu que l'idée de grandeur, qui souvent y figure, apparaissait, tantôt après, tantôt en même temps, tantôt même avant l'idée de persécution. Mais on n'a pas cru pour cela devoir rejeter de la psychiatrie son délire des persécutions ; on s'est attaché au contraire, et avec raison, à en dégager plusieurs variétés.
Pourquoi ne pas juger ainsi du délire des négations? Parce qu'il existe actuellement certains cas, en apparence disparates, faut-il donc les regarder comme contradictoires et ne tenir aucun compte des premières tentatives d'analyse qui ont été faites à ce sujet?
Je ne le crois pas, Messieurs. Au lieu de voir là une raison de refuser d'emblée toute valeur au délire des négations mélancolique, il vaut mieux analyser avec soin les cas publiés jusqu'à ce jour, essayer d'en faire une classification rationnelle et (sans prétendre nullement identifier les delires des négations aux délires des persécutions), à côté des cas complets du type Gotard, grouper les formes atypiques dont l'avenir fera connaître la valeur.
Pour le présent, je dois avouer qu'une classification de ce genre n'est pas facile à l'aire. Je vous soumets néanmoins, jusqu'à plus ample informé, un cadre provisoire qui me