‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et nerveusesChapitre 92 sur 135 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

Le délire (idées délirantes) de persécution dans la folie systématique (paranoia) primitive.

Sommaire. — Analyse des idées délirantes de persécution : nature des persécutions, date; désignation des persécuteurs, moyens employés; raison d'être, conséquences de3 persécutions.

Éléments de diagnostic et de pronostic fournis par cette analyse.

Modo d'apparition et enchaînement des différents éléments constitutifs du délire chez le persécuté systématique.

Caractères généraux de ce délire par opposition au délire mélancolique.

Origine primitive des idées délirantes; inconscience du malade, absence de critique et foi absolue dans les idées. — Elles ne reflètent plus la douleur morale; tendance à l'extension et à la systématisation.

Orgueil, autophilie ; caractère égocentrique du délire, convergent à rayonnement centripète. — Il porte surtout sur des faits accomplis. — Lutte, résistance.

Caractère rétrospectif, métabolique, palingnostique.

Exemple clinique.

Messieurs,

On a couramment l'habitude, lorsqu'on étudie la mélancolie au point de vue du diagnostic, de l'opposer à une autre forme vésanique désignée très habituellement en France du nom de délire des persécutions. Gela vient sans nul doute de ce qu'autrefois ces deux modalités délirantes étaient confondues dans le cadre de la lypémanie. Mais les progrès réalisés dans leur connaissance, depuis les premiers travaux de Lasègue, nous ont appris qu'elles sont bien différentes, et comme évolution, et comme symptomatologie. Aussi ce diagnostic n'a-t-il guère aujourd'hui sa raison d'être que

dans certains cas particuliers. J'ai l'intention d'étudier prochainement, avec vous, quelques-uns de ces cas-là, qui nous permettront de comploter notre étude du délire mélancolique et delà séméiologie du délire d'auto-accusation.

Mais auparavant, après les notions que nous avons acquises sur le délire mélancolique et d'auto-accusation, il me semble indispensable, pour vous fournir un autre élément de diagnostic, de vous indiquer, très succinctement, ce que c'est qu'un délire des persécutions.

En commençant cette étude, il est nécessaire, afin d'éviter toute confusion, de bien délimiter notre sujet d'une façon très précise.

Tout d'abord, je vous répéterai, pour le délire de persécution, ce que je vous ai déjà dit pour le délire d'autoaccusation, ou le délire de négation, ce que je vous dirais encore pour toute espèce de délire, quelle qu'en soit la formule, hypocondriaque, mégalomaniaque, mystique, etc.

Il est d'observation clinique que les idées délirantes de persécution se rencontrent dans des états vésaniques nombreux et bien différents les uns des autres. Aussi leur constatation pure et simple, dans un cas donné, n'est-elle nullement pathognomonique. Le mot délire des persécutions ne peut signifier par suite, ici encore, qu'un ensemble d'idées délirantes spéciales, et c'est tout. C'est un véritable abus de langage de l'employer pour qualifier un groupe vésanique particulier, restreint, qu'à l'exclusion d'autres, où se rencontrent cependant aussi des idées de même nature, on désigne couramment en France sous le nom de délire des persécutions.

A l'étranger, ce délire des persécutions ainsi compris n'est regardé que comme une modalité délirante, ou une

Page 1