MODE DE SYSTÉMATISATION
Messieurs, nous venons de voir quels étaient les divers éléments de l'idée de persécution typique envisagée dans la folie systématique.
Si le mode d'analyse que je vous ai indiqué peut vous servir de guide dans les recherches cliniques, il importe, d'autre part, que vous soyez bien renseignés sur sa valeur exacte.
Il suppose, comme vous avez pu le voir, des liens de logique entre les éléments constituants de l'idée délirante. Or, ce travail syllogïstique que vous opérez dans votre recherche psychologique correspond-il exactement à une série de déductions identiques que l'aliéné aurait faites de son côté?
Sans doute, à l'examen clinique, les différents éléments de ses conceptions délirantes se montrent enchaînés, systématisés, avec une apparence de logique parfois très serrée. Mais cela ne veut pas dire que pour en arriver là, le malade ait simplement tenu un raisonnement conscient en tout semblable à celui que vous opérez de votre côté en partant du même point de départ que lui pour vous renseigner sur son délire.
Prenons par exemple, parmi les points que nous avons étudiés tout à l'heure dans l'idée de persécution, la raison d'être, le but des persécutions. Souvent, vous ai-je dit, les persécutions semblent se justifier par des motifs tout particuliers. L'idée de persécution se relie à une idée de grandeur qui l'explique et la justifie jusqu'à un certain point. Gomment le malade en est-il arrivé à trouver ainsi une explication presque logique des vexations qu'il endure depuis plus ou moins longtemps ?
On reconnaît généralement, Messieurs, à l'idée degran-
512 DÉLÏRE DES PERSÉCUTIONS.
deur plusieurs modes d'apparition. On admet souvent par exemple qu'elle peut être spontanée, ou survenir à l'occasion d'un accident fortuit, d'un rêve, d'une réminiscence, d'une lecture d'un journal, etc., ou encore se manifester brusquement à la suite d'une hallucination.
Ce n'est là que la simple constatation de ce qu'on peut observer dans certains cas cliniques, et non une explication psychologique.
A l'état normal, le développement d'une idée par genèse spontanée — au sens strict du mot — ne concorde pas avec les données de la psychologie moderne. Nous savons aussi en pathologie générale que la maladie ne crée rien de nouveau et ne fait que déterminer des modifications des actes physiologiques. Dès lors, l'apparition spontanée d'une idée de grandeur chez un persécuté n'est pas admissible, mais suppose nécessairement un travail préparatoire plus ou moins dissimulé. De même un accident fortuit ne peut en être que l'occasion et non la cause première, et Ton a souvent fait remarquer avec raison que les causes accidentelles ne peuvent rien, tant que le malade n'est pas mûr pour les idées orgueilleuses ; sinon, les arguments qu'on peut lui fournir ne parviennent même pas à provoquer leur éclosion .
D'autre part, il est bien difficile de comprendre comment une hallucination pourrait provoquer directement l'apparition d'une idée de grandeur chez un persécuté. Ou bien c'est considérer l'hallucination comme un fait extérieur, ainsi que le pense le malade; ou bien c'est dire tout simplement qu'il émet des idées de grandeur parce qu'il est devenu mégalomane.
L'hallucination, vous le savez, est un phénomène purement subjectif. D'ailleurs, dans la folie systématique, le délire n'est point d'origine hallucinatoire; l'hallucina-