VINGT ;ET UNIÈME LEÇON
Étiologie de l'itliotie.
Messieurs,
Les causes de l'idiotie sont extrêmement nombreuses, variant pour ainsi dire avec chaque sujet et même avec le degré de l'idiotie, de telle sorte que plusieurs de ces causes peuvent s'ajouter pour produire chez le même sujet des désordres de plus en plus accentués. Il est à remarquer cependant que ces causes peuvent se ramener à deux chefs : ou bien l'idiotie tire son origine des ascendants, ou bien elle s'est manifestée à la suite d'une maladie qui a frappé le sujet lui-même.
Après de nombreuses observations personnelles dont je vais résumer ici les principales, j'ai cru devoir reconnaître huit sous-classes dans chacune de ces deux grandes classes que je viens de vous désigner.
Les causes comprenant la première sous-classe sont celles qui constituent l'élément morbide dans la consanguinité, c'est à elles que la consanguinité doit sa mauvaise influence : on se trouve alors en présence de l'hérédité morbide. Vous remarquerez, Messieurs, en effet que je ne fais pas intervenir la consanguinité dans l'étiologie de l'idiotie, parce que dans ma pensée la consanguinité entre individus sains, exempts de diathèses et de maladies constitutionnelles, ne peut avoir, aucun effet fâcheux sur les descendants; si vous voulez d'ailleurs vous former une opinion complète sur ce sujet, lisez les Bulletins et les Mémoires de la Société cf Anthropologie (Bullet., I, II, III, IV. — Mémoires, 1864, 1865).
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
La première c^rande classe de l'idiotie, c'est-à-dire l'idiotie qui tire son origine des ascendants, comprend dans ses causes: 1" La faiblesse intellectuelle des ascendants ; 2" Le nervosisme et les affections nerveuses des ascendants ; 3" Les impressions morales de la mère en gestation ; ¥ Les maladies de la mère en gestation ; 5" La folie des ascendants ; 6° L'alcoolisme des ascendants ;
7" La méningo-cncéphalite tuberculeuse ou la tuberculose des ascendants; 8° La scrofule des ascendants.
Nous allons prendre successivement chacune de ces catégories d'étiologie et donner de chacune quelques observations.
4° Faiblesse intellectuelle des ascendants.
Obs. CVII. — Faiblesse intellectuelle du père et de la mère. — Idiotie dès le bas âge.
Troubles de la parole.
L..., âgé de six ans, né à Paris, entré dans mon service à Bicctre, le 22 octobre
Le père jouit d'une bonne santé ; il n'a jamais' fait abus de boissons, mais il est d'une intelligence au-dessous de la moyenne, de même que la mère qui est affectée d'un strabisme convergent.
Uien de particulier pendant la gestation. L'enfant n'a jamais fait de maladie; pas de convulsions; il ressemblait, nous dit-on, aux autres enfants de son âge. .V quatre ans, dès qu'il a pu marcher, il est devenu turbulent et chipeur; il dérangeait tout, prenait tous les objets qui lui tombaient sous la main et les jetait à tort et à travers. Depuis cet âge-là, sa prononciation est restée très défectueuse.
État actuel. L'enfant est dans une animation continuelle. Il cherche sans cesse à s'amuser et ne peut rester en place. Il répond aux questions qu'on lui fait sur son âge et sa demeure, mais dans un langage peu facile à comprendre. La tète est grosse, développée, surtout dans les régions pariétales. Le nez est large et aplati. Les yeux, les oreilles, les lèvres n'offrent rien de particulier, pas plus que les sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat et du goût.
Ln voùle palatine a une jirûfonileur normale; les dents au nombre de vingt sont bien faites et bien l'angés.
Le corps est régulièrement conformé.
JDIOTIE.
Diamètre antéro-postérieur 162 millim.
— pariétal maximum 152
— temporal maximum 151
— bi-auriculaire 124
— frontal minimum 87
Corde iniaque 92
— bregmatique 130
— sus-nasale 120
— ■ sous-mentale 130
Courbe occipito-frontale totale 330
— — à sa partie antérieure 150
Courbe horizontale totale 512
— — à sa partie antérieure 260
Courbe bi-auriculaire 360
Obs. CVIII. — Faiblesse intellectuelle du père et de la mère. — Idiotie congénitale.
État végétatif. — Absence de la parole.
(Observation recueillie par H. Liouville et Alling, internes du service.)
Le nommé R... (Cyrille), âgé de deux ans et demi, né en Savoie, a été amené le 22 avril 1866 dans mon service de Bicêtre.
Le père a une intelligence très bornée ; il répond à mes questions d'une façon niaise et en souriant. Il ne s'est jamais livré aux boissons alcooliques. La mère a une intelligence encore moins développée.
Né à terme sans difficulté, après une grossesse normale, l'enfant jusqu'à un an a toujours pris le sein de sa mère, mais dès l'âge de six mois il a cessé de profiter, a maigri, et ses mouvements sont devenus moins faciles; depuis cette époque il pousse des cris presque continuellement. A un an il a commencé à sourire à ses parents, mais il n'a pas encore prononcé le moindre mot jusqu'à ce jour. Jamais il ne s'est amusé comme les enfants de son âge, il reste en place sans faire de mouvements. Il n'a pu apprendre à marcher, mais il se tient parfois debout, appuyé à un meuble.
11 ne sait pas porter les aliments à sa bouche, il faut le faire manger, et ses repas sont fort longs. Ni convulsions, ni diarrhée, ni vomissements.
État actuel au moment de l'entrée dans le service. — La tête est très petite, le front déprimé ; la protubérance occipitale n'existe pour ainsi dire pas ; la région bregmatique est fortement élevée, aussi la tète présente-t-eile notablement la forme dite en pain de sucre. Rien à noter du côté des yeux, du nez, des lèvres.
IjCs oreilles sont très écartées, hautes de 55 millimètres. La voûte palatine est profonde. Le thorax, le rachis sont bien conformés.
Diamètre antéro-postérieur maximum 124 millim.
— pariétal maximum 110
— temporal maximum 123
— bi-auriculaire 113
— frontal minimnm 50
Courbe occipito-frontale totale 425
ÉTIOLOGIE UE L'IDIOTIE.
Courbe-occipito fi onlalc; à sa parlio anlrrieure . . 110 milliin.
— liorizontale totale !i!)7
— — à sa partie antérieure . . :210
— Iji-auriculaire 260
Obs. CIX. — Faiblesse intellectuelle du pere. — Idiotie congénitale.
lî... ( Louis), âgé de huit ans, entré à Bicèlre le 0 octobre 1865. l'ère très peu intelligent. Mère bien ]iortanle. Venu à terme après une grossesse normale.
Physionomie assez intelligente, éveillée même. Crâne bien confoi'iné, fontanelles soudées. Oreilles légèrement écartées. Voûte palatine normale.
L'enfant ne peut marcher ni même se tenir debout; les membres inférieurs sont amaigris et les alducleurs un peu contracturés. La sensibilité est normale partout. La colonne vertébrale présente deux courbures latérales en sens inverse, qui occupent l'une la région dorsale, l'autre la région lombaire. Le malade est gâteux. Sa parole est nette. 11 répond aux questions (lu'on lui adresse et parle de toutes sortes de choses insignifiantes. Son esprit est difficile à fixer. 11 connaît la plupart des lettres, mais ne sait ni épeler ni compter.
Obs. ex. — Faiblesse intellectuelle du père et des ascendants paternels. — Idiotie
rongénitale.
La nommée R...., âgée de quarante-deux ans, entre dans mon service à la Salpètrière, le 2 septembre 1(S7'2.
Le père est très peu intelligent. La mère est morte de misère à la suite du siège, elle avait une intelligence ordinaire.
La grossesse a été normale, mais l'enfant a été arriérée depuis sa naissance, n'a parlé et n'a marché (ju'à huit ans. l'as de convulsions. Oualre frères et sœurs ont été idiots, ont eu des convulsions, un seul aune intelligence moyenne.
i>es aïeuls paternels étaient peu intelligents, comme le père; les aïeuls maternels au contraire étaient très intelligents.
État actuel âson entrée dans le service : La parole est gênée; aucune réponse n'est juste : à quelques secondes d'intervalle, elle répond oui et non aux mêmes questions.
Les sens sont normaux, sauf un léger strabisme externe de l'œil droit. La tête est petite et ronde. Orthognathe; dents saines; voûte palatine normale. Pas de déviation de la colonne vertébrale. Les membres inférieurs sont bien faits, les doigts des mains sont courts, la peau en est épaisse et plissée.
Force musculaire très peu grande. La démarche est incertaine. Physionomie niaise.
.Menstruation en ce moment.
Diamètre antéro-postérieur maximum 167 millim.
— pariétal maximum 164
— bi-auriculaire 163
— frontal mininmm 96
Courbe bi-auriculaire 345
IDIOTIE
Circonférence horizontale totale 523 niillim.
Grands empans, 165 millimètres }
P etits empans, 154 - ) '^^^'^•^ P'^"'' '^^ ^^^"^ "^a'"^-
Longueur de l'annulaire prise en dehors 60
— de l'indicateur prise en dedans 60
— du pied au gros orteil 218
— — au petit orteil 183
Distance de la saillie postérieure du calcanéum à la
saillie antérieure du cuboïde 106
Pied hien cambré.
Si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sur ces quatiT. observations, nous remarquons que dans les deux premières les antécédents morbides du père et do la mère concouraient pour une part à peu près égale à la production de l'idiotie chez l'enfant, tandis que dans les deux dernières c'est l'influence paternelle seule qui est en cause.
Il est à remarquer aussi que les deux derniers malades présentaient une idiotie moins grave que les deux premiers. Mais faut-il conclure de là que l'influence de la mère est prépondérante, ou bien que dans les deux premiers cas, les deux influences se sont pour ainsi dire additionnées? Je ne pense pas qu'on puisse trancher encore la question avant qu'une statistique de cas nombreux ne soit venue confirmer ces hypothèses. Et encore faudra-t-il tenir un compte exact de l'état mental de l'un et de l'autre des ascendants afin de bien déterminer la part afférente à l'un ou à l'auli^esexe pour chaque cas particulier ; afin de bien fixer les rapports entre la pauvreté d'intelligence d'un ascendant et le degré correspondant d'idiotie du descendant ; afin de pouvoir comparer l'intelligence des ascendants du même sexe et le degré d'idiotie qui en résulte chez leurs enfants.
Que dire enfin ? Cette question de l'hérédité est tellement complexe qu'on peut se demander s'il n'y a pas à rechercher les antécédents morbides jusque chez les grands-parents et même plus loin, car il n'est pas rare qu'un enfant reproduise non seulement les traits du visage, mais encore le caractère intellectuel et moral d'un de ses ascendants éloignés. Et il y a encore des cas d'atavisme qui échappent à toute analyse»
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
'2'' Idiotie par nervosisme et maladies nerveuses des ascendants.
De cette catégorie je me contenterai de citer deux exemples, mais qui sont frappants. Le souvenir de l'un est pour ainsi dire encore vivant parmi nous ; je veux parler de la famille du i^rand peintre que la guerre de 1870-71 nous a enlevé. Un de ses frères est idiot ; un autre aliéné ; une sœur est idiote; sa mère était névropalhique et hystérique.
Voici l'autre observation dont l'intérêt est dù à l'arrêt de développement de l'encéphale et aux données fournies par l'examen histologique.
Ogs. CXI. — Idiotie congénitale. — Hérédité morbide. -~ Arré t de développement de l'encéphale. — Examen histoloijique. — Arrêt de dé eelop peinent des cellules cérébrales qui ont la même forme que les éléments neroeux du cerveau du fœtus.
La nommée Bau.., âgée de vingt et un ans, est entrée dans mon service de la Salpètrière, le juillet 1865.
Son père était épileptique.
Elle est née à terme. Dès son plus bas âge, son intelligence ne s'est pas développée. Il a été impossible de rien lui apprendre comme lecture, comuie écriture, comme calcul, comme travail manuel.
Elle a pris l'habitude de répéter certains mots tels que: « Quel malheur » et d'autres orduriers. Elle aime le chant, la musique et elle a pu retenir certains airs. Elle n'a jamais eu de tenue, elle n'a jamais su s'habiller.
Elle a eu des attaques d'épilejisie à intervalles réguliers depuis l'âge de onze ans.
État à son entrée. — Physionomie niaise. Taille élevée : l", 74. La tél .; est inclinée en avant; cheveux gros. La lèvre inférieure est pendante et laisse échapper la salive.
Prognathisme marqué des dents supérieures. L'occiput est à peine saillant. Les bosses frontales sont très peu développées et le front bas. Le cou est large.
Sensibilité générale et sens obtus. La parole est nette, f-etle malade ne prête aucune attention à ce qu'onlui dit: elle réiièle à chaque instant : « Quel mallimir. > Elle ni il pleure sans raison. Elle ne peut donner aucun renseignement sur son âge, son nom, ia demeure de ses parents.
Elle marche sans but, excepté quand ou lui jn-ésente des bonbons; hors cela, elle Fait de grands gestes, bat des mains, crie.
Diamètre antéro-postérieur maximum
159 millim.
Courbe occipito -frontale. . .
— — horizontale .
— — transversale,
pariétal
bi-auriculaire frontal
IDIOTIE
Cette jeune filJe a succombé à une lièvre typhoïde eu octobre 1868.
A utopsie. — La calotte crânienne est très épaisse, surtout dans les régions pariétales.
Poids de l'encéphale , . 815 grammes.
— de l'hémisphère gauche 229
— — droit 220
Le cerveau, le bulbe, le cervelet, la protubérance sont très petits, d'une façon égale et ont l'apparence que l'on note chez un enfant de dix ans. Les circonvolutions son! très petites. Le plateau des supérieures a une largeur maximum de 13 millimètres au niveau des plis et une largeur minimum de i millimètres dans les parties non coudées.
La largeur est, en général, de 9 millimètres.
Diamètre antéro -postérieur de l'hémisphère gauche... 152 millini. — — droit 150
liien de particulier dans les nerfs de la base.
L'examen hislologique de la substance corticale de plusieurs circonvolutions, après durcissement par l'acide chromique, m'a appris les particularités suivantes très intéressantes :
1° La circonvolution du corps calleux examinée dans sa partie la plus antérieure ne présente qu'une très petite quantité de cellules formées, on ne voit guère que des myélocyles et des cellules arrondies, aucune trace de réticulum.
2» Les circonvolutions frontales toutes examinées, ne renferment dans l'épaisseur de leur substance grise qu'une très minime quantité de cellules avec leurs prolongements, et encore sont-elles très petites; on ne voit que des myélocyles en rangs serrés dans deux couches, et des corps cellulaires la plupart ronds, quelques-uns triangulaires, mais aucun n'a de prolongements ; dans beaucoup, le noyau ne renferme pas de nucléole ou s'il existe, il est à peine formé. Dans toutes les préparations, il y a rareté et même absence du réticulum, tout comme dans le coj'veau du fœtus de huit à neuf mois, ou de l'enfant de quinze jours à un mois.
La ressemblance avec la substance corticale d'un cerveau d'enfant qui vient de naître est frappante; myélocyles très abondants; cellules nerveuses rares; rareté du réticulum. Rien à noter dans les vaisseaux.
3° Impressions morales de la mère en gestation.
Obs. GXIl. — Impression morale de la mèreau quatrième mois. — Idiotie congénitale.
Boniface Gr..., âgé de quinze ans, entre dans mon service de Bicêtre le 5 août
Pas d'hérédité ni de consanguinité. Trois autres enfants bien portants et intelligents. La mère jouit d'une assez bonne santé. Pendant la grossesse relative à notre malade, étant enceinte de quatre mois, elle a ressenti une vive impression causée par son beaufrère qui a voulu abuser d'elle. L'intelligence de son enfant s'est incomplètement développée.
A, VOISIN, Leçons sur les maladies mentales.
CiiAnriiK IDIOTIE (oiis. CM) l'ic. li.
— Coupe lie l;i partie supérieure de la siibsUuce corticale de la troisième circoiivolu- Lion frontale droite il'ua enfant de quinze jours.
(( a. Myélocytes en nombre considérable dans une zone. - c c. Cellules en voie de formalion. — V. Vaisseau. (Grossissement : 3811.)
Coupe de la partie supérieure de la substance corticale de la troisième circonvolution 'rontale droite d'une idiote âgée de vingt-huit ans.
(( ((. Myélocytes. -ce c. Cellules arrêtées dans leur développement et de même volume ([110 celles de l'enfant de quinze jours. (Grossissement : 38(1.)
ÉTIOLOGIE DE L'IDIOTIE.
État do Venfanl à son enlrée dans le sin'rico. — Physionomie hébétée, non intelligente, léte très grosse, front bien dégagé; la région occipito-pariélaic droite est plus Jéveloppée que la gauche; la bosse frontale droite est notablement moins saillante que a gauche, le nez est épais à sa pointe, les lèvres épaissies et saillantes. IjCs dents présentent des dépressions elde petites cavités, dans le sens horizontal; pas de prognahisme. Oreilles très écartées. Le reste du corps est bien conformé.
L'attention du malade est difficile à fixer, il ne peut rester en repos. La parole est issez nette. 11 ne sait pas son nom, son âge, ne connaît pas ses lettres.
11 s'habille seul et sait le nom des objets les plus usuels.
Caractère doux.
Diamètre antéro-posféricur maximum 17S miilim.
— pariétal maximum 1(12
— temporal maxinuuu 153
l)i-auriculaire 140
— frontal 110
Courbe occipilo-fronlide totale 365
— — à sa partie antérieure 165
— bi-auriculaire 380
Circonférence horizontale totale 540
Obs. C\\\l. — Impression morale de la mère au cinquième mois. — Idiotie congénitale.
Cris. — Fureurs.
Tr... (Eugène), âgé de 6 ans 1/2, né à Paris, enti'c le 5 novembre 1866 dans mon service de lîicètre. Le grand-père paternel est mort d'une maladie d'estomac causée par des excès de boissons. Le père jouit d'une bonne santé ; pas d'habitudes alcooliques. La mère est bien portante, elle nous dit qu'étant enceinte de cinq mois elle a été vivement impressionnée par un homme qui a tenté de s'empoisonner sous ses yeux. Elle a eu une syncope. Elle a deux autres enfants plus âgés qui se portent bien.
L'intelligence de notre petit malade ne s'est pas développée comme celle des deux autres et la parole ne s'est manifestée qu'à trois ans. liien portant tout d'abord, au point de vue physique, notre petit malade serait sujet depuis l'âge de deux ans à des malaises pendant lesquels les yeux se retournent par moments et la peau devient brûlante ; pas de cris. Vers quatre ans, il a eu des convulsions très fortes qui ont duré une heure.
Etat actuel. — L'enfant est turbulent, il remue sans cesse, grince des dents, fait, des gestes avec une sorte de fureur convulsive, piétine, rit sans cause apparente, crie chante, ne prête aucune attention à ce qu'on lui demande.
Les sens sont nets, excepté l'ouïe qui est abolie adroite par suite d'otite suppur('T survenue à trois ans.
Le corps est partout régulièrement conformé, le crâne est un peu volumineux à sa partie antérieure.
VOISIN. — Leçons cliniciues.
338 IDIOTIE
Diamètre antéro-postérieur maximum 160 miliim.
— pariétal 146
— temporal 143
— , bi-auriculaire 121
Corde iniaque 107
— bregmatique 139
— sus-nasale - 111
— sous-mentale 96
Courbe occipito-fronlale totale 320
— ■ — à sa partie antérieure 128
— horizontale totale 510
— — à sa partie antérieure 270
Obs. CXIV. — Impression morale delà mère au troisième mois. — Arrêts de
développement physique et mental congéniaux de l'enfant.
La nommée R..., dix-huit ans, entre dans mon service de la Salpêtrière le 27 septembre 1871.
Les parents et les grands-parents sont intelligents. Une cousine maternelle est née muette.
La mère a eu pendant sa grossesse à trois mois un grand chagrin qui s'est manifesté par des impressions fortement pénibles qui ont duré trois heures et qui se sont accompagnées d'une syncope. L'enfant, née à huit mois, ne pesait qu'une livre et demie, bien constituée, mais très chétive, n'avait pas la force de téter pendant les quinze premiers jours. A dit papa à un an ; a marché à vingt-trois mois seulement. N'a pu apprendre que les lettres, ne connaît pas les syllabes, ne sait ni écrire, ni compter, ni coudre. Sa mère n'a pu l'employer qu'à de gros ouvrages. La malade se plaint souvent de maux de tète. Menstruée depuis l'âge de onze ans ; elle a parlé un peu mieux depuis.
Obs. CXV. — Impression morale de la mère à cinq semaines. — Idiotie congénitale de l'enfant. — Arrêt de développement de la parole.
La nommée Th..., âgée de seize ans, née à Paris, entre dans mon service de la Salpêtrière le 25 septembre 1871.
Pas d'hérédité morbide. Une sœur et deux frères bien portants. La mère enceinte de cinq semaines a vu tomber près d'elle un épileptique en attaque et s'est évanouie. Née à terme, bien constituée. Pas de convulsions dans l'enfance. A quatre ans elle ne parlait pas encore et la parole a toujours été très gênée. Elle est sujette à des colères, n'est pas vicieuse, n'est pas réglée.
Th... n'a jamais rien pu apprendre, ne sait pas compter au delà de trois, ignore son nom, son âge, son domicile, le nombre, l'ordre et le nom des jours de la semaine.
ÉTIULOGIE DE L'IUIOTIE. 33iJ
)bs. CXVI. — Impression morale de la mère à trois mois et demi. — Idiotie conffénilale de l'enfant. — Mauvais instincts.
La nommée H... (Elisa), brodeuse, âgée de vingt-trois ans, entre dans mon service e 10 juin 1878.
La mère a été très malheureuse en ménage par suile du mauvais caractère de son nari, et même des mauvais traitements qu'il lui faisait subir.
I^a mère nous raconte qu'ayant perdu son enfant, dès la nuit ((ui suivit cette mort, le père voulut avoir des ra|)porls avec elle ; la pauvre feninie, déjà bien impressionnée par la mort de son enfant, en a fait, nous dit-elle, une maladie (sic). Elle était enceinti; de trois mois et demi.
Née à terme, II... a marché à neuf mois et a parlé à l'âge ordinaire; mais elle n'a jamais pu apprendre à lire.
Très obstinée, entêtée et colère dans sa première enfance, elle a été réglée à treize ans et demi, sans que la menstruation amenât de changement dans son caractère.
A vingt ans, son beau-frère a eu des rapports avec elle. Puis elle en a eu avec un jeune homme. Chez sa sœur elle brodait des ganis, s'occupait de la cuisine et faisait le ménage.
État actuel. — Donne tenue, tranijuille. Blonde, traits réguliers, front moyen, oreilles symétriques, bien faites ; ouïe diminuée des deux côtés.
Orthognatlie. Sillons et dépressions horizontales sur les incisives. La menstruation est toujours précédée de coliques. Connaît à peine quelques lettres, ne sait pas écrirez , imite les lettre qu'on met devant ses yeux sans pouvoir en tracer une d'elle-même ; ne sait pas compter, prononce mal, dit «motieu» pour «monsieur».
Diamètre antéro-postérieur 164 millim.
— pariétal 137
— bi-auriculaire 124
— temporal 110
— frontal 91
(k)rde iniaque 118
— bregmatique l'îo
— sus-nasale III
— sous-monlaie • 117
... , ( Gi'and empan 150
Mani gauche ■ ,•
/ IVlil empan UtG
... . t Grand empan 137
luaui droite. „
I Petit empan ■ Ib i-
Taille : 1™, 100.
Oiis. CWII. [}nj)) cysioii mornle de la mo e au sixième mois, suieie îles ji/iniomenes précurseurs de Vavorlement. — Idiotie légère de l'enfant. — Tiouliles du caractère. — Actes mccliants. — Bris d'objets.
1'. âgée de di\-luiil ans, eiilre le i se[ilendjre 1878 dans mou service de la Salpèti'ière.
ÎDIOTIË.
Le père est bien iiorlant. La mère est très impressionnable, a un caractère très irritable.
Au sixième mois de la grossesse, la mère de notre malade a appris une très triste nouvelle et a ressenti alors des douleurs dans le ventre comme si l'accouchement allait se produire, puis tout s'est calmé et l'enfant est venu à terme. Dans son bas âge P... avait un mauvais caractère, frappait ses parents, les autres enfants. Elle a marché de bonne heure. Menstruée à treize ans, son caractère s'est accentué encore, elle a surtout une passion, c'est de déchirer toutes les étoffes qui lui tombent sous la main, jusqu'à ses habits, sa chemise, les vêtements des passants, et si on veut l'en empêcher, elle crie et se met en colère.
État actuel. — Petite, s'approche de nous en souriant. Physionomie mobile qui devient par moments réfléchie et étonnée.
Vingt-huit dents, incisives légèrement rétrognathes. La parole est facile, elle parle le français et l'italien, sait lire et comprend assez bien ces deux langues. Sait à peine former quelques lettres. Sait le commencement de la tal)le de multiplication. Elle vous parle successivement «de boîtes de poudre de riz dont quelques-unes sont vertes » et d'autres choses analogues sans qu'on puisse saisir l'association de ses idées.
Elle a de mauvaises habitudes auxquelles elle se livre sans pudeur.
Diamètre antéro-postérieur 171 millim.
— pariétal 142
— bi-auriculaire 130
— temporal 141
— frontal 101
Corde bregmatique . . . , 136
— iniaque 112
— sus-nasale 117
— sous-mentale 113
Taille, 1b>, 390.
Obs. GXVIII. — Impression morale de la mère au second mois. — Arrêt de développement physique et mental de V enfant. — Arrêt de développement de la parole. — Autopsie. — Arrêt de développement de plusieurs circonvolutions : frontale ascendante et première pariétale gauche. — État de simplicité de ces circonvolutions.
h..., dix-sept ans, est reçue !e 9 octobre 1873 dans mon service.
Le père est cocher, boit souvent, se grise rarement. La mère, d'une assez bonne santé, étant enceinte de deux mois, eut une frayeur à l'aspect d'un pendu qu'elle trouva dans l'escalier de la maison (ju'elle habitait et elle tomba en syncope. Pendant le reste de sa grossesse, elle n'a cessé d'avoir des frayeurs à ce souvenir; elle ne pouvait dormir sans lumière dans sa chambre.
L'accouchement a duré vingt-quatre heures, beaucoup de douleurs. L'enfant paraissait mort-née et n'a pas tété pendant les onze premiers jours. L... n'a marché qu'à six ans et depuis cet âge où elle a commencé à dire papa et maman, elle n'a parlé que par monosyllabes. Sa mère l'a conduite chez tous les médecins, à tous les pèlerinages, à toutes les chapelles. Menstruée à dix-huit ans, elle s'est excitée depuis cette époque et est devenue continuellement méchante. L... a trois frères ou sœurs morts en bas âge, l'un