ÉDUCATION DE L'IDIOT
bles, de plus en plus malades, et ne pourront plus rien apprendre, qu'elles arriveront à ressembler à de véritables animaux.
Ce moyen lui a réussi souvent. Toutefois je pense que le mieux est de leur en parler le moins possible et de leur en oter les occasions, ce que l'on peut obtenir par une surveillance constante.
6" Courage. — Les idiots, les arriérés sont généralement craintifs, ils n'aiment ni la solitude, ni l'obscurité.
Voici comment M. Ot... s'y est pris pour corriger ce défaut chez un enfant V. D..., qui ne pouvait se coucher seul ou la porte de sa chambre fermée.
Chaque soir,'renfant étant au lit, M. 0... poussait un peu la porte et restait à proximité, peu à peu il s'éloignait, et plus tard il la fermait, tout en continuant à parler à l'enfant derrière la porte.
11 est imprudent d'enfermer les enfants peureux dans des cabinets noirs.
En voici une preuve : un enfant que j'ai soigné à Bicêtrc, avait été enfermé à l'âge de quatre ans pendant deux heures et demie dans une chambre noire; on l'y trouva sans connaissance et en état de stertor. Il est mort épileptique après avoir eu des attaques dès ce jour-lk.
On arrive, au contraire, avec de la patience, à vaincre cette frayeur de l'isolement.
Voici encore un moyen qui a réussi :
Un enfant de sept ans, très nerveux, ne pouvait rester seul le soir. M. 0... l'emmenait avec lui chaque soir dans le jardin. Tout d'abord, la durée de la promenade fut de quelques minutes, pendant lesquelles M. 0... causait tout le temps. La longueur des promenades fut augmentée chaque jour, puis M. 0... laissa l'enfant s'éloigner un peu de lui, et il s'arrangea de façon à laisser entre eux un espace de plus en plus grand, mais il avait soin de toujours siffler, chantonner ou parler.
L'enfant arriva à faire seul, par une obscurité complète, le tour du jardin.
Il a aujourd'hui vingt ans et il n'a plus peur de la solitude ni de l'obscurité.
1" Crainte du danger. — Il est nécessaire d'apprendre à l'idiot la crainte du danger; ainsi pour le feu.
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Un bon moyen consiste à amener l'élève près de la cheminée, puis à faire tomber un charbon allumé. Le maître fait comprendre à l'enfant qu'il est dangereux de le ramasser avec les doigts, ce n'est quelquefois que lorsqu'on a presque fait brûler ses doigts, que l'enfant arrive à se méfier du danger du feu.
Je vois un enfant des plus idiots à qui il aété difficile d'apprendre la crainte du feu ; au commencement, il aurait parfaitement ramassé un morceau de coke tout rouge pour le remettre dans le foyer.
Le professeur approche devant moi un morceau de coke bien rouge de sa main, l'enfant le retire avec effroi en disant boho. Je constate même qu'il n'ose pas l'approcher de la cheminée, par la crainte évidente de se brûler.
Un autre procédé :
Le maître place un papier dans la main de l'enfant, et il y met le feu, puis il dit à l'élève qu'il doit lâcher le papier avant que le feu ne touche ses doigts, parce que cela Ini ferait mal. De môme pour Teau bouillante dans laquelle il faut apprendre aux enfants à ne pas tremper les doigts.
Il est quelquefois très difficile de faire sentir la différence entre le dos et le tranchant d'un couteau. Lorsque, par hasard, un enfant se coupe, il faut immédiatement profiter de cette circonstance pour lui enseigner qu'il est dangereux de prendre un couteau par le tranchant.
8" Orgneil. — Lorsque le maître remarquera de l'orgueil chez un de ces enfants, il ne doit jamais lui dire que ses parents ont une position aisée et ne jamais le flatter, s'il a mérité des compliments.
9" Irascibilité, colère. — La colère est un des phénomènes les plus difficiles à guérir chez les idiots. Voici le moyen qui réussit le mieux : Faire diversion à la colère au moyen du bruit de sonnettes, de tambours, sans dire à l'enfant dans quel but on le fait.
On cogne à une porte, à une armoire, on laisse tomber un objet à terre; en entendant le bruit, l'enfant oublie souvent sa colère.
D'autres fois, on éloigne l'enfant, ou bien on lui dit d'aller chercher un objet, un crayon, par exemple; ou bien on l'envoie dans une autre salle d'études oû le professeur lui dit, dès son entrée, qu'il
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ne veut pas de bruit. Il arrive souvent que le calme se produit par le lait d'une influence étrangère ; ce dernier moyen a réussi à M. 0... pour un enfant de sept ans qui avait des colères qui duraient trois heures. M. 0... est arrivé à amener le calme chez un autre enfant qui, chaque soir, cric quand on le couche, en se plaçant devant lui sans rien dire; l'idiot se tait et dit : A revoir.
Dans certains cas, M. 0... a fait cesser des colères en jetant un peu d'eau à la figure des enfants.
D. Education des penchants inférieurs.
i° Le besoin d'alimentation comprenant tous les actes qu'il provoque, le fait de baver rentrent dans cette étude. Cette habitude est très fréquente chez ces pauvres enfants.
Il y a des moyens de l'empêcher: M. 0... emploie avec succès celui-ci qui est fondé sur ce fait, que l'on est obligé d'avaler sa salive pendant que l'on parle.
Il fait parler l'enfent le plus possible et arrive à lui faire perdre la mauvaise habitude de baver, ou bien il place un jeton entre les lèvres de l'enfant et il le fait se promener avec le jston. J'ai vu des enfants pour qui c'était d'abord une grande difficulté, mais qui sont arrivés ïi ne plus baver, en étant obligés d'avoir la bouche fermée. Il est des enfants à qui on ne peut faire tenir dans la bouche que la moitié d'un jeton. Il faut avoir soin d'en émousser les angles, dans la crainte qu'ils ne l'avalent.
La mastication est un des actes naturels que le maître a parfois à apprendre à des idiots.
J'ai vu M. 0... y arriver de la façon suivante chez un enfant qui ne mâchait pas. Il prit un bâton de racine de guimauve, le lui mit dans la bouciie, puis il le retira et il répéta cela successivement et un grand nombre de fois tous les jours.
L'enfant arriva à faire le mouvement de mastication en cherchant à retenir chaque fois le bâton avec ses dents, alors M. 0... remplaça le bâton de guimauve par un biscuit. La mastication fut obtenue peu à peu, après bien des eflorts du même genre.
2" Instinct de la destruction. — La correction de cet instinct demande une surveillance de tous les instants. Il faut s'efforcer d'arriver à ce que l'idée de détruire ne naisse pas et partant à ce que l'habitude soit interrompue.
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Voici, entre autres, un moyen qu'on a employé avec succès chez un enfant qui cassait tous les jours un verre et une assiette.
Le professeur l'a placé à table entre lui et un autre professeur. Dès que l'enfant levait les mains pour jeter le verre à terre, on lui arrêtait les mains.
Il a fallu plusieurs mois pour que l'enfant ne pensât plus k briser. M. 0... recommande de ne jamais frapper l'enfant quand il a cassé, mais de l'empêcher de briser ; l'effort du maître doit tendre à faire perdre l'habitude de détruire.
E. Enseignement de la grammaire. — Les idiots parlent tous plus ou moins nègre, il est bon de les habituer à employer tout de suite dans les phrases le verbe même avant tout autre exercice de grammaire, et de commencer par les verbes avoir et être. Il faut simplifier la grammaire (1) d'après les cas^ individuels et d'après la force de l'enfant. Il est difficile en outre de se faire comprendre de certains idiots en se servant des termes usités. C'est ainsi que le verbe emploger peut être malaisément compris, il faut alors montrer à l'idiot que l'on emploie, par exemple, la ficelle pour serrer un paquet ; c'est ainsi que des idiots ne comprennent pas la signification de l'adverbe sans ; on leur montre que cela veut dire pas ; on est ainsi obligé de faire usage de périphrases dans nombre de cas.
Il faut encore apprendre à l'élève la lettre, le mot et la phrase. Puis le professeur prononce devant lui plusieurs lettres, plusieurs mots simples, puis des phrases, et après les avoir écrits sur un tableau, il dit à l'enfant de distinguer les voyelles des consonnes, les mots et les phrases.
Les prépositions étant souvent employées dans la conversation, il faut habituer l'enfant à en connaître le sens par des exercices variés; par exemple, pour les prépositions sur, sous, contre, dans, on dit à l'enfant : «. Mettre le livre sur la table, lejeton sous le livre, l'eau dans le verre, l'échelle contre le mur, » etc.
h' orthographe doit être apprise à l'idiot ou à l'arriéré en commençant par les mots usuels, tels que : « papa, maman, fenêtre, rose, ami, canapé, » etc.
(1) Les meilleures grammaires pour les idiots sont, ea ce moment, les petites grammaires de Guérard et de Larousse.