DÉLIRE AMBITIEUX ET DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
iROUPE IV. — Des cas où le délire ambitieux, le délire mélancolique et le délire liypochondriaqueont pu être observés chez le même malade pendant la première période de la périencéphalile diffuse.
)bs. XXXVI. — Paralysie générale à la première période. — Délire de richesses, de satisfaction. — Délire hypochondriaque et mélancolique. — Symptômes antérieurs de folie simple. — Mort rapide. — Autopsie.
La nommée P , trente et un ans, couturière, est entrée le 20 janvier 1873 dans
non service, dans un état d'agilation intense, ayant un langage des plus incohérents.
Autopsie. — Le crâne enlevé, je constate une teinte noii'àtre de la plus grande partie le la dure-mère. II s'écoule une cuillerée à dessert de sang de la cavité arachiioilienne.
Hyperhémie considérable de la pie-mère.
Il existe des nappes de sang dans les sillons de la partie antéro-supérieure du erveau.
Au niveau des première et seconde frontales droites, on trouve une ecchymose le 2 centimètres et demi de large sur 3 de long; il en existe une semblable au niveau le la deuxième frontale gauche.
L'hyperhémie est moins .ntense à la base.
Il existe des adhérences des méninges avec la substance corticale de la partie inféicure des deux lobes frontaux, des lobes spliénoïdaux. Hyperhémie de la substance corticale.
Des coupes perpendiculaires au grand axe, faites d'avant en arrière, montrent que a substance corticale est surtout hyperhémiée aux première occi[iitale et deuxième lariétale gauches.
Vascularisation considérable des méninges qui tapissent la partie intra-ventriculaire les corps striés et des couches optiques.
La partie supérieure et interne de la couche optique gauche est hyperhémiée d'une açon tout à fait anormale.
La couche optique droite est partout hyperhémiée.
Cette malade est morte dans la première période de la paralysie générale avecles signes anatomiques d'une congestion céi^ébi\ale caîillaire, et a présenté un délire de richesses, en même temps que le la mélancolie avec idées hypochondtiaques. Elle ne voulait pas naiiger de la chair humaine et refusait les, aliments. Remat^quons ci l'absurdité du délire consistant à croire en particulier qu'un de ;es enfants était i^essuscité. L'intérêt de l'observation tient encore à le qu'avant d'être prise de congestion céi^ébrale, cette malade avait Hé atteinte depuis trois ans de folie lypémaniaque qui avait été évilemment de nature simple, puisque je n'ai trouvédansson cerveau,
VOISIN. — Leçons cliniques. 28
PARALYSIE GÉNÉRALE
après de nombreux examens liistologiques, aucun signe d'artérite ni aucun élément embryonnaire. En résumé, pour nous cette malade est morte au moment où sa folie simple ou vésanique se transformait en paralysie générale.
Obs. XXXVIL — Paralysie générale avec délire mélancolicjue, hypochondriaque et délire des grandeurs à la première période.
La nommée Sim... est entrée dans mon service le 8 avril 1874 : femme forte, physionomie vive , traits réguliers , front moyen ; la tête a les dimensions suivantes :
Diamètre antéro-postérieur maximum 172 millim.
— pariétal maximum 154
— temporal maximum 130
— biauriculaire 141
— frontal maximum 91
Pupilles égales, contractiles.
Oreilles bien faites, syiuétri([ues. Ouïe normale, pas de bourdonnements.
Elle ne reconnaît pas le poivre à l'odorat ni au goût, mais à la vue seulement.
Pas de tremblement de la langue ni des lèvres. Langue saburrale.
Hier, à son arrivée, elle était dans une agitation très grande et s'est livrée à des actes de violence; elle ne s'en souvient pas; pendant que je lui parle, elle se redresse brusquement, et, les yeux fixes, elle dit : <i On me rend justice là-bas. Coucou! »
Elle répète qu'elle a 'entendu dire coucou, et est persuadée de la réalité de cette hallucination.
Elle paraît aussi avoir entendu des injures.
Elle répond aux questions qui lui sont adressées sur ce sujet qu'elle a senti de mauvaises odeurs, « comme quelque chose de corrompu », mais qu'elle n'a pas senti de mauvais goiit, eufin qu'elle a senti « comme des bêtes rouges qui lui montaient après les jambjs. »
Il est assez difficile d'obtenir d'elle des renseignements précis, son attention étant occupée ailleurs ; elle interrompt ses réponses par les propos les plus incohérents, entre autres : « Entendez-vous ce qu'elles disent; ils se battent pour Eugénie et vont remporter victoire. C'est très facile à entendre, et ça a l'air de venir du centre d'ici. Vous entendez des gardes qui trompent du son. »
Elle répond que, si elle n'a pas reconnu le poivre tout à l'heure, c'est parce qu'elle ne croyait pas que ce fût du poivre naturel.
Elle dit ne pas toujours dormir la nuit et être agitée parce que « ce qui se passe en face se reproduit devant elle ».
La parole est par moments gênée, par suite de l'absence des dents antérieures.
On observe également dos troubles de mémoire : ainsi elle ne sait pas le jour de la semaine et croit être arrivée ici depuis plusieurs jours; elle dit qu'elle est mariée, puis qu'elle ne l'est pas, qu'elle n'a plus d'enfants, etc.
Hier, à son entrée, son langage était des plus incohérents, et l'on a remarqué à
DU OÉLIRE DÉPRESSIF : DÉLIRE HYPOCHONDRIAQUE.
)lusieurs reprises des idées de riciiesseset de grandeurs; c'est ainsi qu'elle disait être 'impératrice.
Vésicaloirc à la nuque.
Le 57 janvier 1875. — Elle se souvient avoir quille son domicile le jour de Pâques, î avril.
On remarque un léger tremblement du bord droit de la langue et de la commissure abiale droite.
Elle dit ne plus entendre de voix.
Elle ajoute que le sang lui monte à la tête, et que, comme maladie, elle a encore de a faiblesse. Elle demande si elle ne serait pas faible d'une maladie de cœur, et à ce noment les larmes lui viennent aux yeux.
Elle est toujours très émotive.
Du délire dépressif. — Avant d'aller j)Ius loin, nous allons, Messieurs, nous eflforcer de donner une description du délire dépressif ians la première période de la paralysie générale. Nous considérerons séparément le délire lypémaniaque elle délire hypochondriaque.
Dans la pai^alysie générale, le délire IjipctRaniaque n'a rien de bien iaillant; il diffère assez peu du délire lypémaniaque qu'on rencontre îhez d'autres aliénés non paralytiques ; il en dilfère assez peu pour ju'il soit de toute impossibilité de diagnostiquer sûrement une paraysie généi^ale à forme lypéiuaniaque à la première période, si l'on le tient pas compte des phénomènes soiuatiques ou si aucune trace le délire ambitieux ou de délire hypocliondi^aque ne vient guider 'observateur.
En dehors de ces signes la seule dilTérencc que nous ayons à ;ignaler, c'est la débilité intellectuelle.
Bii délire hypochondriaque. — Baillarger, dont il faut, suivant 'expression de Gubler (1), invoquer le tétuoignage pour toutes les [uestions relatives àla paralysie générale, a étudié tout spécialemeni e délire hypochondriaque; sestravauxà ce stijetforment un véritable ïorps de doctrine, ils ont suscité des discussions dans les sociétés lavantes. Autour d'eux sont venus se grouper de noiubreux ménoires, les uns destinés à coiToborer les idées du maître, les autres cherchant d'une façon plus ou moins heureuse à les inlirmer.
Ces travaux de Baillarger seront notre base d'opérations ; nous ignalerons ensuite les médecins qui ont approuvé ou désapprouvé
(l) Guider, Parahjsies dans leurs rapports avec les maladies aiguës (Archives gén. de mèd., 860).
PARALYSIE GÉMÉRALE.
l'opinion de Baillarger, de sorte que pour cette question nous n'aurons que l'embarras du choix des matériaux ; puis nous étudierons ce que nous apprennent les observations de notre deuxième et de notre quatrième groupe, de façon à pouvoir émettre une opinion étayée sur des preuves suffisamment nombreuses.
«Les conceptions délirantes des hypochondriaques paralytiques, dit M. Baillarger (i), sont des plus variées ; cependant il en est qui se présentent si souvent qu'on pourrait jusqu'à un certain degré les regarder comme ayant ici quelque chose de spécial.
» Les malades croient que leurs organes sont changés, détruits ou complètement obstrués. Ils prétendent, par exemple, qu'ils n'ont plus de bouche, plus de ventre, qu'ils n'ont plus de sang, ou bien que leur larynx est bouché, leur estomac complètement plein, que leur ventre est barré.
))I1 semble àt [uelques-uns que les aliments qu'ils prennent sortent des voies ordinaires, qu'ils passent sous la peau ou même dans leurs vêtements.
» Quatre malades prétendaient que leur corps tombaiten putréfaction. Plusieurs de ces derniers paraissaient avoir des hallucinations de l'odorat.
Il en est qui soutiennent qu'ils ne peuvent plus ouvrir les yeux et qu'ils sont devenus aveugles, d'autres cessent de parler et assurent plus tard qu'il leur était impossible d'ouvrir la bouche ; ils affirment encore ne plus pouvoir avaler, ni aller à la selle, ni uriner.
y> Ils trouvent que leurs membres sont changés, qu'ils sont plus gros ou plus petits ; ils disent même qu'ils ne les ont plus.
» Enfin, il en est qui vont jusqu'à se croire morts. Ils restent immobiles, les yeux fermés et quand on soulève leurs membres, ils les' laissent retomber, comme s'ils étaient complètement paralysés.
y> Ces diverses conceptions délirantes entraînent souvent de lâcheuses conséquences. Beaucoup de malades refusent avec plus ou moins d'énergie de prendre des aliments et quelquelbis il faut recourir à l'emploi de la sonde œsophagienne.
» Ces derniers, pour peu que le délire se prolonge, ne tardent pas à tomber dans le marasme.
(1) Baillarger, Notes sur le délire hijpochondriaque considéré comme symptôme et comme sigm précurseur de la paralysie générale (Ann. méd. sycfi., 186j)
DU DÉLIRE DÉPRESSIF : DÉLIRE IIYPOGHONDRIAQUE.
)) La disposition à la gangrène, qui est un des caractères de la paralysie générale au dernier degré, existe ici plus prononcée et avant l'époque ordinaire. »
« Jusqu'ici, dit ailleurs Baillarger (1), on n'avait signalé qu'une espèce de délire spécial chez les déments paralytiques, le délire ambitieux ; désormais, il est bien démontré qu'on doit en admettre deux : le délire ambitieux est le délire spécial de l'excitation ; le délire hypochondriaque spécial de la dépression ; s'il est moins fréquent, s'il se produit moins de lui-même, s'il exige davantage qu'on le cherche, il n'est pas cependant moins que l'autre un signe crtmctérisque de la maladie.
» Alors qu'il n'y a pas encore de symptômes bien tranchés de paralysie générale, le délire ambitieux nous fait craindre l'invasion de cette maladie ; dans les cas analogues, le délire hypochondriaque aidera de même au diagnostic. Le délire, en effet, a un cachet tout spécial, et ce n'est que dans la paralysie générale qu'on le trouve avec les caractères que nous avons déjà indiqués. »
Le même auteur, dans la séance du 20 novembre 1857 {% à la Société de médecinede la Seine, dit « qu'il sépare le délirehypochondriaque de l'hypochondrie ordinaire, qu'il le sépare surtout du délire mélancolique rencontré fréquemment et que tous les auteurs ont observé, qu'il désire appeler l'attention de la Société sur un délire spécial qu'il a obscrvéi5ou '20 fois déjà dans le cours de la paralysie générale ; — qu'il veut parler d'undélire hypochondriaque spécial paraissant se rencontrer presque exclusivement dans la paralysie générale. »
Enfin nous trouvons dans l'Appendice au Traité de Griesingcr (3), les considérations suivantes:
« Les caractères du délire hypochondriaque varientbeaucoup selon le degré de la maladie. Au début, il n'a assez souvent rien d'absurde et je pourrais citer des cas où les médecins se sont laissé tromper par les symptômes imaginaires qu'accusent les aliénés : c'est alors l'hypochondrie avec ses conceptions délirantes ordinaires.
(1) Baillarger, Gcnetle des hôpitaux, 1857, p. i78.
(2) Baillarger, séance du 20 novembre 1857 de la Société dr, médecine de la Seine; Gir<. hebdomadaire, 1858.
(3) Baillarger, Appendice au Traité des maladies mentales de Griesinger, 1869.
PARALYSIE GÉNÉRALE
» Les malades accusent des angines, des inflammations de l'estomac et des poumons, des douleurs dans toutes les parties du corps, surtout des étouffements qui leur font croire que l'air va manquer, qu'ils vont expirer, etc. ; souvent les femmes croient avoir des affections de matrice et demandent qu'on les examine et qu'on les traite. A cette période et dnns ces conditions, les parents des malades acceptent toutes ces idées comme réelles. Souvent on observe des espèces de crises d'excitation dans lesquelles les plaintes deviennent très vives.
» A un degré plus avancé, au contraire, on voit les idées les plus extravagantes caractériser le délire. (Suit une description que nous nous abstenons de retracer parce qu'elle ressemble beaucoup à celle que nous avons relatée deux pages plus haut.)
» Depuis trois ou quatre ans j'ai recueilli un si grand nombre de faits, que l'importance du délire hypochondriaque comme symptôme de la paralysie générale ne me parait pas douteuse ; cependant l'opinion que j'ai émise a soulevé et soulève encore des critiques.
3) Je suis bien loin de m'en étonner et de m'en plaindre ; tout ce que je demande, c'est qu'on observe avec soin et sans prévention; qu'on recherche le déhre hypochondriaque chez les paralytiques plongés dans la mélancolie avec stupeur, et qui se refusent à prendre des aliments, et l'on trouvera le plus souvent des conceptions délirantes hypochondriaques qui, dans l'état de prostration où senties malades, passent ordinairement inaperçues. »
Ce que nous venons de rapporter suffit pour montrer les droits que Baillarger peut revendiquer au sujet de la découverte et de l'étude du délire hypochondriaque.
Voyons comment les autres auteurs ont décrit le délire hypochondriaque (1).
Falret, dans la séance du 26 juillet 1858 à la Société médicopsychologique, parle en ces termes du délire hypochondriaque qu'on rencontre dans la variété mélancolique :
(( Les malades, dit-il, ont une'tendance hypochondriaque des plus marquées, se croient atteints d'une maladie grave, disent qu'ils vont mourir, ont même quelquefois des conceptions de nature triste
(1) Fairet, Ann. médico-psijciiologiques, 1859.
DU DÉLIRE DÉPRESSIF: DÉLIRE HYPOCIIONDUiAOUE. ! 439
mieux caractérisées; ils se croient incapables de tout, s'accusent, se croient coupables, en un mot, ils ont, toutes les apparences de la mélancolie hypocondriaque. ))
M. Pinel (1) a insisté sur la coexistence du délire hypochoudriaque 3t du délire mélancolique. Le premier est souvent lié au second, 3t si l'on examine les aliénés à différentes reprises et à des distances rapprochées, on observe que les symptômes oppressifs de ces deux états malades sont pour ainsi dire liés et entremêlés de façon que les malades disent non seulement qu'ils sont atteints d'une affection mortelle, qu'ils vont mourir, qu'ils sont moris, qu'ils n'ont plus de langne, de bouche, de gosier, d'estomac, de poumons, qu'ils sont bouchés, que depuis des années les aliments sont accumulés dans les voies digestives, qu'ils sont impuissants, qu'ils n'ont plus de membre viril, que leur cœur ne bat plus, que leur jjouls est insensible, etc. ; mais encore qu'ils sont trahis, abandonnés, empoisonnés, ptc. Dans la plupart des cas qu'il m'a été donné d'observer, j'ai remarqué la coexistence des phénomènes qui caractérisent ces deux délires avec prédominance tantôt des idées hyj)Ocondriaques, tantôt des idées mélancoliques, et je pense qu'en y regardant de très près, on les trouve presque toujours réunis, non pas peut-être constamment, mais à des intervalles plus ou moins rapprochés, et l'on reste bien convaincu que ce sont des complicalions des épiphrnomènes presque liés ensemble et résultant de l'état d'affaissement moral dans lequel se trouvent les malades. »
Ce que dit là M. Pinel de la coexistence presque constante du délire hypochoudriaque et du délire lypémaniaque se trouve parfaitement en rapport avec ce que montrent nos observations, car nous n'avons pas une seule fois rencontré le délire hypochoudriaque sans une autre forme de délire, et nous n'avons rencontré dans les auteurs qu'un nombre très restreint de cas pareils.
C'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir faire de catégorie spéciale pour les cas où le délire hypochondriaque se serait seul montré, d'après quelques auteurs, à une période quelconque d'une paralysie générale.
Quand le délire ambitieux existe en même temps que le délire
(1) l'incl, Ann. médtco-psijckologiques, 1859.
PARALYSIE GÉNÉRALE
dépressif, on peut observer une foule de combinaisons de ces différents délires: l'une des plus curieuses est celle où les conceptions délirantes s'intriqnent de façon que les malades croient avoir des billets de banque dans la tête, une mine d'argent dans le corps. Une malade croyait qu'on allait venir la disséquer pour lui prendre ses vertèbres qui étaient en or (J).
D'autres fois le délire ambitieux par lequel aura débuté la maladie, fera place, au bout de quinze jours par exemple, à du délire dépressif, pour revenir un mois après se combiner ;i ce délire dépressif ou le remplacer, et les mêmes phénomènes pourront se succéder plusieurs fois de cent façons différentes.
En d'autres termes, on ne rencontre pas dans la paralysie générale la moindre régularité dans la succession des phénomènes; il n'y a rien dans ces délires qui ressemble à de la périodicité, et les mots alternatifs, aller )ies, sont eux-mêmes impropres pour indiquer le rapport de succession des divers phénomènes intellectuels, car alterne suppose un ordre de succession régulier. Nous serons bien forcés d'employer ces termes, mais nous tenions à signaler ce qu'ils ont d'impropre quand ils s'appliquent aux manifestations si irrégulières de la paralysie générale.
Nous ne saurions mieux faire, dans l'étude des rapports de la forme expansive et de la forme dépressive, que de relater les lignes suivantes empruntées au Mémoire de M. Pinel lu à la Société médicopsychologique en 1857 : «On n'a pas assez signalé, dit l'auteur, les alternatives de ces deux états opposés dans le cours de la paralysie générale, et qui sont cependant fort remarquables par le contraste '^u'ils présentent.
» Certains jours, les aliénés paralytiques sont dans un état de jubilation extrême; tout leur sourit, la fortune les favorise; ils sont riches à millions, ils se croient poètes, princes ou rois, jouissent d'une brillante santé; ils sont beaux, jeunes, vigoureux, d'une taille gigantesque, etc. ; les jours suivants, ils versent des pleurs, ils sont tristes, ils sont dans la misère la plus profonde, ils se disent mourants et atteints des maladies les plus graves ; en un mot, ils sont en proie à la série des symptômes qui caractérisent l'état hypochondriaco-mélancolique.
(1) Maternp. J)e In pamliisie (jénérale à forme dépressive loc. cit.
DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
Ai I
)) Ces changements dans la situation mentale de ces malades se oient à des intervalles plus ou moins éloignés; on les remarque [uelquefois dans la même journée, quoique plus rarement, je les ai irincipalement constatés le matin au lever des malades; de sorte [u'en les voyant à ce moment, j'étais presque certain de l'état où Is seraient tout le jour, suivant que je les trouvais tristes ou gais. 1 m'a paru que cette situation morale était due à des hallucinations urvenues pendant la nuit ou, et plutôt, je crois, à des rêves qui, en aison de leur nature oppressive ou expansive, les avaient impresionnés vivement et changé le cours des idées de la veille.
y> Je suis plus disposé à attribuer ce changement à des rêves qu'à [es hallucinations, parce que ces dernières, qui sont parfois nomireuses dans la journée, produisent rarement ces changements. Du este, qu'ils soient dus à des hallucinations ou à des rêves, c'est surout au moment du réveil qu'on est frappé de la diflférence que préentent les malades dans leur état mental. »
ROUl'E V. — Des cas où la mélancolie s'est montrée sans trace de délire expansif ni de délire hypochondriaque pendant la deuxième période de la paralysie générale.
IBS. XXXVIII. — Paralysie générale. — Délire mélitncoli(iuc seid. — Démence.
Dijsphasie. — Autopsie.
Lanomnié Dus..., trente-deux ans, est entrée dans mon service le 17 décembre 187:!.
Pas d'antécédents héréditaires.
En 1869, la malade a perdu un enfant de vingt mois.
La malade a commencé, il y a un mois, par présenter de l'inégalité de caractère; elle tait devenue très impressionnable, pleurait facilement; elle toussait, crachait du sang t avait des migraines. Ilepuis deux ou trois ans, la menstruation était irrégulière.
En octobre 1873, elle a conimeiicé à ne plus soigner son niéuagt>, à perdre peu à eu la mémoire; mais on n'observait pas encore d'embarras de la parole ni d'idées mhitieuses.
A son entrée ici, elle se présente avec une apparence tranquille et une bonne lenue. Pupilles inégales.
Ouïe normale.
Parole nette tout d'abord; seulement quelques mots mal articulés; mais on peut iipposer que cela tient à l'absence d'au moins quinze dents. Pas de tremblement des mains.
Molilité normale.
Mémoire très confuse. Dit qu'elle vient d'Amiens, mais ne peut désigner sou domiile actuel.
Elle reconnaît avoir l'esprit troublé et pense être venue pour voir son fils. Un mon-
PARALYSIE GÉNÉRALE
siciir lui a fait du mal, dit-elle, l'a persécutée; elle a entendu sa voix qui lui a paru toute naturelle. Elle était plus lieureuse autrefois. En disant cela, elle manifeste beaucoup de ciiagrin.
Deux cerlificats qui ont précédé son entrée signalent du délire mélancolique, du mutisme, le dégoût de la vie, des persécutions imaginaires, des hallucinations effrayantes.
La malade a été considérée par ces deux médecins comme atteinte de folie simple (vésanique).
21 décembre. — Grande faiblesse. Traits étirés et légère déviation de la bouche à droite.
Les membres supérieurs n'offrent pas de paralysie du mouvement, mais une anesthésie exagérée de la douleur du côté droit.
Mêmes phénomènes dans les membres inférieurs.
La parole n'est pas tremblée, mais hésitante; aux questions qui lui sont adressées, la malade répond invariablement « ça va mieux. »
Lorsqu'on la pince, elle prononce le mot mal, ça fait mal. Quand la douleur cesse, elle ne dit rien, et, si on l'interroge de nouveau, elle répond comme auparavant « ça va mieux. » II semblerait donc qu'il y a là aphasie, ou dysphasie sans hémiplégie.
Dans l'après-midi, elle est prise d'une attaque èpileptiforme : frissonnement général, perte de connaissance, chute à terre. Durée de l'accès, environ une heure.
24. — Plusieurs accès. Cris, raideur des membres, fixité des yeux, nausées, vomissements, perte de connaissance. Deux heures après, l'intelligence est très troublée; la malade ne répond à aucune question.
4 février 1874. — La malade est devenue très incohérente dans son langage et dans ses actes. Il est nécessaire de la maintenir avec la camisole et de l'attacher à une chaise. On ne peut obtenir une réponse raisonnable ; à tout elle répond quelle a quatre francs-maçons. Elle ne paraît avoir aucune idée de richesse, et quand on lui demande si elle est riche, elle répond qu'elle a touS'Ses cotiaca (sic) ; passe facilement du rire aux larmes, mais le rire est niais.
9 mai. — On la trouve la face congestionnée ; la tète inclinée à droite et les yeux tournés du même côté. Elle entend, mais ne peut parler, ne peut tirer la langue hors de la bouche. Agite le membre inférieur droit avec force. Serre bien les mains.
10. — Face encore congestionnée ; bouche légèrement tirée à droite. La malade parle avec volubilité, mais en répétant sans cesse les mêmes mots, oui, oui, oui, non, non, non.
11. — Délire pendant la nuit. .V repris connaissance ce matin et sent les pincements de la peau, — T. R. le matin, 40°, 4; — le soir, 39», 2.
Rétention d'urine.
14. — Coma complet. La face est couverte de sueur et les cheveux sont humectés. Respiration précipitée, soufllante. — P. 144; — T. R., 41°. Eschare au sacrum.
Sensibilité à la douleur très faible aux membres inférieurs.
Sensibilité normale seulement à la région cardiaque et à la base de la poitrine. Partout ailleurs, pas de douleurs, même à la face.
On a retiré de sa vessie 2 litres d'urine très foncée. Mort le 16.
Autopsie vingt-quatre heures après la mort. — Grande raideur du cadavre. L'encéphale pèse 1 130.
Plusieurs sulTusions sanguines dans les méninges.
DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
Les méninges sont très épaissies au niveau des scissures de Sylvius et de Rolando.
Hyperhémie cérébro-méningée intense. Adliérences presque générales des méninges le la convexité avec la substance corticale, surtout dans les régions fronto-pariétales.
Teinte opaline des méninges qui couvrent les lobes frontaux. Le grattage avec le iianche d'un scalpel de ces circonvolutions adhérentes enlève très facilement la substance grise et produit des crêtes fornaees par la substance blanche.
Dans les deux hémisphères, les substances blanche et grise présentent un état de k'ascularisation considérable (arborisations et piqueté).
Rien dans les couches optiques ni dans les corps striés.
Le moteur oculaire coiiuTiun gauche est très serré dans le manchon de méninge qui l'entoure et qui est très épais, fibreux.
Le moteur oculaire externe droit est plus petit que le gauche. Les méninges de la [irotubérance sont épaissies et fermes.
Examen microscroscopique. — L'examen microscopique du liquide séreux f|ui ï'est produit par le repos du liquide d'apparence purulente, retiré de la cavité irachnoïdienne montre :
1" D'assez nombreux globules sanguins normaux;
2" Des cristaux d'hématine.
Quand cette malade est entrée à la Saljjètfière (décembre 1873), iWe était à la fin de la première période de sa maladie. Mais, par suite d'accès épileptilbrmes répétés, la démence fit des progrès très t"ipides. Le délire mélancolique disparut alors à peu près complètement au milieu du désordre de l'intelligence.
La maladie confirmée a eu une évolution rapide (six mois). Notons en même temps la courte durée de la péiiode prodi^omique jui ne pai^iit pas avoir dépassé deux mois.
L'autopsie a révélé les lésions microscopiques et macroscopiques 3ssenlielles de la périencéphalite diffuse.
Obs. XXXIX. — Paralysie générale. — État de mélancolie avec stupeur. Refus de manger. — Pas d'idée de satisfaction, de richesses.
La nommée El..., trente-neuf ans, est entrée le 9 avril 1874, dans mon service, dans in état de prostration mélancohque et de stupeur, ne répondant à aucune question, 58 refusant à manger. Elle regarde de côté et d'autre, d'un air très préoccupé; elle ;st pâle, maigre.
Pupilles inégales.
La langue est rouge et sèche, .\taxie des lèvres. Difllculté de la station debout et de a marche.
Les renseignements qui me sont donnés sur elle m'apprennent que la maladie renonte à l'insurrection de la Commune de Paris; qu'elle a été frappée à cette époque xir l'arrestation de son amant; que son caractère devint irascible, ([ue la mémoire a
PARALYSIE GÉNÉRALE
légèrement décliné jusqu'à il y a un an; mais que depuis un an, l'intelligence, en général, a baissé beaucoup.
Il y a trois mois qu'elle est tombée dans le mutisme et la stupeur et qu'elle s'est refusée à manger.
Elle n'a pas manifesté jusqu'ici d'idées de richesses, de grandeurs, d'ambition exagérée.
La marche est devenue difficile il y a sept jours.
Il a fallu, depuis quinze jours, l'habiller, la coiffer et la surveiller, sans quoi elle se serait égarée dans les rues de son quartier. Pas de maladies vénériennes.
Depuis deux ans elle transpire du cuir chevelu et des cheveux d'une façon extraordinaire.
La dysurie date de huit jours.
17 avril. ■ — Elle a été prise hier d'une attaque apoplectiforme avec perte de connaissance, inclinaison de la tête à droite; trois heures après, la face a rougi considérablement. Cinq heures après, convulsions cloniques des inembies droits, qui au bout d'une heure étaient bilatérales.
Râles abondants dans la poitrine. T. A., 10", 2.
Ce matin, la température A. est de 41°, '2.
La perte de connaissance n'a )tas cessé.
Mort dans la journée.
Autopsie. — Poids de l'encéphale 1240 grammes. Reaucoup de sérosité dans la cavité sous-arachnoïdienne.
Adhérences des méninges avec plusieurs points de la surface des circonvolutions frontales supérieures, des circonvolutions du cori)s calleux, de la deuxième pariétale droite, des sphénoïdales, des première et deuxième occipitales droites, des satellites des nerfs olfactifs.
Les lobes sphénoïdaux sont très mous.
Moelle. — Partie antérieure saine.
Dans la partie postérieure, il y a en plusieurs points des adhérences de l'arachnoïde avec la pie-mère et des corps étoilés. Plusieurs coupes de la moelle ne montrent rien de particulier à l'œil nu.
Observations histologiques :
Coupes faites sur la substance corticale d'une circonvolution frontale qui était ramollie à sa surface.
Dans sa partie profonde est un vaisseau à parois épaissies, qui renferment une grande quantité de noyaux embryoplasliques serrés les uns contre les autres.
Cellules cérébrales granuleuses pour la plupart : cet état granuleux est constitué par des granulations graisseuses.
Les renseignemenls fournis sur cette malade nous permettent d'affirmer que la mélancolie avec stupeur est survenue à la seconde période de la paralysie générale. Elle a persisté pendant la troisième période.
DÉLIUE mp:laincolique.
Dbs. XL. — Paralysie générale. — Délire mélancolique et idées de perséctidoii au début. — Pas de délire ambitieux. — Pneumonie tuberculeuse. — Mort. — Autopsie.
La nommée F..., trente et un ans, est entrée le 23 décembre 1871 tlans mon service, présentant des idées de persécution, des hallucinations terrifiantes; elle dit qu'on veut la tuer, la brûler, et sous l'influence de cette crainte, elle s'est jetée, il y j quelques jours, par sa fenêtre, et s'est donné une entorse.
Depuis son arrivée, elle a crié la nuit « au voleur », elle s'est levée, a appelé son nari à son secours.
L'expression de sa physionomie est triste.
La parole est très tremblée. Alaxie considérable de la langue, des lèvres et des loues.
Pupilles égales. Ne reconnaît pas le poivre à l'odorat ni au goût ; le reconnaît à ;a vue.
L'ouïe et la vue paraissent normales.
Ataxic des mains. Marche hésitante, tremblante.
L'intelligence est très obtuse; elle dit que son mari est quelquefois « par là » ; ne sait pas le jour de la semaine; elle sait que nous sommes au lendemain de Noël. Ne gàle pas.
J'apprends quelques jours a)n'ès de son mari qu'elle a perdu, il y a dix-huit mois, subitement la parole pendant quatre heures, et que depuis elle aànonné. Le [rouble l'intelligence date du siège de Paris et a été accompagné de mélancolie el d'hallucinalions terrifiantes depuis 1871.
29. — Pneumonie du bonimet du poumon droit. Signes de tubercules ramollis.
2 avril. — Convulsions des deux yeux.