ÔÏ
Mémoire peu conservée.
Dit avoir eu une fièvre typhoïde à l'âge de dix-iiuit ans, et avoir eu à la suite, pendant dix ans, des névralgies frontales qui la prenaient tous les jours pendant dix heures. Elle avait en même temps des bourdonnements d'oreilles, et pendant ces moments-là elle entendait des voix qui l'appelaient pétroleuse.
Elle dit ressentir des vapeurs dans le ventre, mais qui, tout en montant, ne l'étouffent pas.
Alternatives de pleurs et d'idées de satisfaction.
Délire de richesses. Elle parle de millions, et dit avoir six robes de soie, six enfants et dix-huit voitures.
La malade gâte.
Aucun renseignement sur les antécédents héréditaires.
On observe une période de rémission de juin à novembre 1872, en même temps retour de l'odorat. — Transférée en province (novembre 1873).
GROUPE YIII. — Cas où les délires mélancolique, hypochondriaque et ambitieux on pu être observés chez la même malade à la deuxième période de la paralysie générale.
Dix observations personnelles.
On peut aussi faire rentrer dans ce groupe et consulter avec t'ruil :
Obs. XLVIII. — Paralysie générale. — Délire iDjpochondriaque au début chez une femme atteinte antérieurement de névralgies générales. — Mélange d' idées injpochondriaques et de richesses, de satisfaction, et une période avancée de la maladi(\
La nommée R , vingt-huit ans, est entrée le 6 juin 1873 dans mon service.
Père buveur, mort de plaie gangréneuse.
Depuis plusieurs années la malade se plaignait de divers malaises au cœur et à l'estomac ; le caractère était devenu fantasque.
Depuis six mois, la malade ne s'occupait plus de son ménage. Elle voulait toujours rester couchée. Elle avait des idées hypochondria(|ues très prononcées. Elle est restée quinze jours sans manger, donnant pour raison qu'elle était morte, et qu'elle ne pouvait plus ouvrir la bouche.
Lorsqu'on voulait la remuer, elle disait que c'était une profanation de toucher ci an cadavre.
A gâté peu à peu.
Depuis six mois, rougeur de la face le soir, sans chaleur des mains, avec sueurs du dos.
Lorsqu'elle est amenée ici, elle se présente avec une physionomie triste, mêlée d'hébétude; pâleur de la face, toupilles inégales.
Oreilles non symétriques.
Marche facile.
Nombreuses idées hypochondriaques. Elle n'a plus de langue, d'yeux, de bras ni de jambes. S'étonne de pouvoir manger.
PARALYSIE GÉNÉRALE
La malade exprime, quelques secondes après, des idées de satisfaction et de richesses. Elle a des lits tout à fait grands, un beau mobilier, une armoire à glace. Sa mémoire est fort troublée.
La parole n'est ni hésitante ni tremblée. A gàlé de temps en temps et se met toute nue.
. L'absurdité du délire expansif qui coexistait avec le délire hypochondriaque, jointe à l'inégalité pupillaire, à la perte de mémoire, lors de l'entrée de la malade dans mon service (6 juin 1873). me convainquit dès le début de l'observation qu'il s'agissait d'une paralysie générale à la deuxième période.
Pendant la ti^oisième période, ces divers délires s'inti^iquèrent, se succédèrent, coexistèrent, eurent en un mot ces allures irrégulièi^es qu'on remarque dans la paralysie générale avancée, alors que le cerveau est profondément atteint dans ses éléments.
Obs. XLIX. — Paralysie générale. — Délire hypochondriaque dans le cours de la maladie. — Convulsions tétaniformes. — Autopsie. — Lésions cérébrales cl spinales.
La nommée \V...., quarante ans, est entrée dans un des services d'aliénées de la Salpêtrière, dans un état d'excitation maniaque liée à des hallucinations de la vue.
Elle y est restée dix mois. Après un intervalle de deux ans, elle y est rentrée, puis elle en est sortie. Et enfin elle est amenée dans mon service le 13 février 1867, dans un état de désordre d'esprit considérable, parlant de ses belles robes, ne comprenant pas qu'on lui ait mis des robes de laine, alors qu'elle en a de soie; disant que toutes les robes sont à elle.
Ataxie considérable des lèvres, delà langue. Parole confuse; les mots sont prononcés comme lorsqu'on a quelque chose dans la bouche. Strabisme en dehors et en haut de l'œil droit; pupilles égales, distingue bien les • couleurs.
Ne reconnaît pas le poivre à l'odorat.
La mémoire en général est diminuée.
Diminution de la force musculaire des membres inférieurs.
T. A., 36%4. — T. au bregma, 36°.
J'apprends par son frère qu'un autre fi ère est mort aliéné.
31 mars 1870. — L'état n'a pas varié jus(^u'ici; mais elle est prise subitement (Je gangrène des deux talons qui dure jusqu'à fin mai. L'affaiblissement augmente.
28 mai. — Opistothonos. Convulsions tétaniformes dans les membres.
Les deux conmiissures labiales sont tirées en bas et en dehors. Stertor. Ràle.
Mort dans la journée.
Autopsie. — Congestion cérébrale intense, surtout dans les deux tiers anléiieurs. Ou'elques traclus celluleux unissanlla dnre-nière à l'arachnoïde viscérale.
DÉLIRE MÉr.ÂÎ^COLIQUE.
Les méningps sont très épaissies par places, et la pie-mère et l'arachnoïde adhèrent en un grand nombre de points à la substance corlicale.
Pas d'adhérence des méninges cérébelleuses avec le cervelet. Un peu de congestion cérébelleuse.
Les nerfs olfactifs sont ramollis et entourés de fausses membranes.
Il est infiniment pi^obable que cette malade n'était pas encore atteinte de paralysie générale loi^s de sa première entrée. Mais lors de sa ti^oisième, la paralysie générale n'était pas douteuse, le délire était incohérent et expansif. Pendant une courte période, il prit la (orme hypochondriaque (la malade se disait enceinte).
Obs. L. — Paralysie générale. — Délire de 7-ichessc$, de (j)andcurî^. — Drlire hi/pochondriaque. — Hallucinations de l'ouïe et de la vue ayant amené chaque fois de Vagitation. — Autopsie. — Pas d'adhérences cérébro-méningées, mais pachyméningite ;néo-membrane de la dure-mère; méningite de la convexité ; hgperhémie des couches optiques.
La nommé R...., quarante-r(uatre ans, est entrée le 7 octobre 1867 dans mon service, dans un état d'excitation avec des idées de richesses, du délire ambitieux et du désordre des actes et des paroles.
Traits réguliers. Elle tenait les yeux fixés sur le plafond, et disait qu'elle y voyait des diamants, des insectes. Elle i)aiiait sans interruption, et déclamait comme si elle était sur une scène de théâtre.
Traits réguliers. Pupilles égales; parole saccadée ; force musculaii'e et sensibilité générale normales. Pouls, 68.
Les renseignements que me donne sa sœur m'apprennent que la malade a des hémo ptysies depuis cinq ans; qu'elle a mené depuis (quelques années une vie dissipée; que depuis trois ans elle a eu plusieurs accès caraclérisés par la perte de connaissance et des étoutï'ements.
11 y a deux mois, elle a raconté à sa sœur qu'il allait lui arriver des successions; qu'elle hériterait de 2 millions, qu'elle domierait 20 001) francs à sa fdle.
11 y a quinze jours, sa sœur l'a trouvée dans sa chambre très agilée, parlant de millions, d'un costume d'amazone, de son prochain mariage.
Quelques jours après, elle est sortie de chez elle les [cheveux en désordre, et a été arrêtée par des sergents de ville.
23 janvier 1871, on l'a trouvée morte dans son lit.
Autopsie. — Suffusions sanguines sur la partie de la dure-mère, renfermées dans une membrane très mince. Les méninges' cérébrales supérieures présentent tontes une apparence gélatineuse, et des iractus blancs au niveau des sillons, et les méninges de gau( he sont excessivement hyperliémiées.
Il n'y a pas d'adhérences entre les méninges et le cerveau, ni de ramollissement cérébral.
Les substances blanche et grise sont généralement hyperhémiées, et surlout dans les circonvolutions pariétales droites.
Il est fâcheux que je n'aie pas jdu examiner au microscope le cerveau, j'y aurais certainement trouvé les lésions des vaisseaux et de la gangue nerveuse, caractéristiques de la paralysie générale et plus avancées que chez d'autres malades.
L'histoire de la maladie montre à un haut degré l'association du délire ambitieux, mélancolique et hypochondriaque.
Obs. 1J. — Paralysie générale avancée. — Délire mélancolique, hypochondriaque et de richesses en même temps.
La nommée Br..., quarante-cinq ans, est entrée dans mon service le 13 janvierl874, i"i la suite des deux certificats suivants :
1" Démence paralytique. Excitation. Désir de monter un atelier et de faire fortune. Projets de mariage.
2" Paralysie générale. Délire ambitieux avec idées hypochondriaques. Hésitation de la parole.
14 janvier 1874. — Les premières paroles que me dit la malade sont qu'elle est enceinte (elle ne l'est pas), qu'on la vole, qu'on la pille, qu'on la tire par les pieds ; qu'on lui donne des douleurs ; qu'elle voit des hommes et des femmes qui sont toujours après elle, de jour et de nuit. Elle croit être ici depuis un an, être en mars. Elle sait le jour de la semaine.
Son sourire est par moments exagéré.
Alaxie de la langue et de la lèvre supérieure.
Elle prend du poivre pour du camphre, et ne le reconnaît ni au goût ni même à la vue.
Rien d'appréciable au cœur, aux poumons, au ventre.
Démarche mal assurée, mais force musculaire des membres normale.
l'arole hésitante et ànonnée surtout, par moments.
Pendant le même examen, dix minutes après m'avoir parlé des causes de ses douleurs, elle manifeste de la satisfaction, des idées de richesses.
.luin 1874. — l^a malade continue à présenter des alternatives de délire mélanco- Lijue, hypochondriaque et de richesses.
OtiS. LU. — Paraliis'e générale. — Délire hypochondriaque, lypémaniaque
et de satisfaction.
La nommée C..., vingt-six ans, institutrice, est entrée dans mon service le 31 mai
Sa mère est morte d'alcoolisme chronique. Père bien portant.
Début de la maladie, il y a trois ans, par de l'absence de suite dans la conduite, de la bizarrerie dans les idées, pendant un an.
Peu à peu le langage devint excentrique, inconvenant et grossier.
Placée au bout d'une seconde année dans un établissement d'aliénées, elle devint de plus en plus malade, et présenta de l'incontinence d'urine et des fèces.
DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
Son liabitus à son entrée exprime le désespoir, l'angoisse. Elle pleure, se plaint de douleurs tanlôt dans un point du corps, tantôt dans un autre, aux seins, à la tète, aux flancs.
Traits réguliers; pupilles éga'es. Vue, ouïe, bonnes.
Le poivre, mis dans les narines, n'est pas reconnu.
Pas d'ataxie de la langue, mais ataxie de la lèvre supérieure.
La parole est précipitée, nette par moments, bégayée dans d'autres.
Le mélange d'idées hypochondriaques tristes et heureuses a persisté pendant la plus grande partie de la maladie.
Autopsie. — L'autopsie faite le 7 mars 1871 m'a permis de constater les particularités suivantes :
État louche, épaississement et hyperhémie des méninges qui couvrent les lobes antérieurs.
Hémisphère droit. — Il existe en plusieurs points des adhérences des méninges avec la substance corticale du lobe antérieur, et en particulier des première et deuxième frontales, de la circonvolution satellite du nerf olfactiL Quelques adhérences la partie interne du lobe occipital et sur les circonvolutions pariétales.
La surface du cerveau apparaît comme ulcérée après l'ablation des méninges.
Hémisphère gauche. — Même état de dissémination des adhérences. Le grattage avec le manche d'un scalpel des circonvolutions adhérentes, et d'un certain nombre d'autres, enlève très facilement la substance grise et met à nu la substance blanche qui présente alors la sensation de crête, et une grande hyperhémie.
Des coupes nombreuses du cerveau montrent que les substances blanche et grise sont le siège d'une arborisation considérable, de houppes vasculaires, et d'un pointillé fortement rouge qui donnent à l'ensemble une teinte rougeàtre.
Obs. lui. — Paralysie générale. — Antécédents syphilitiques. — Délire hypochondriaque et de richesses. — Troubles ataxiques.
La nommée D..., trente et un ans, est entrée à la Salpêtrière le 28 février 1873. Premiers symptômes de la maladie un an avant cette époque. A son arrivée, le certificat porte: « Est atteinte de paralysie générale avec délire hypochondriaque. »
Elle dit avoir le gosier serré, l'estomac, le ventre douloureux ; tout le corps lui fait mal. Sa langue est descendue dans le gosier. Hésitation de la parole. Inégalité pupillaire.
Aucun renseignement sur ses antécédents.
Elle se présente avec une physionomie hébétée.
Front large, saillie des pariétaux. Pupilles inégales. Vue brouillée, le soir.
Odorat et goût conservés. Ouïe normale.
Ataxie delà langue et des lèvres. Parole traînée.
Mémoire affaiblie.
Pendant qu'on l'examine, elle pleure tout à coup, et donne pour raison qu'on lui a volé six sous. Puis elle ajoute qu'elle a de belles robes, une statue de bronze, et 300 francs qu'elle a envoyés à son père. Elle n'a pas grand'chose, mais son père a tout, et elle peut lui demander ce qu'elle voudra. Elle aura beaucoup d'argent.
PARALYSIE GÉINÉRALE.
Obs. LIV. — Paralysie générale, ayant présenté à son début du délire mélancolique et hypochondriaque alternant avec un délire de satisfaction et de richesses. — Autopsie.
La nommée Lab..., trente et un ans, est entrée le 12 juin 1866 dans le service de M. Baillarger, à la Salpêtrière, dans un état de délire triste et d'hypochondrie. Elle est malade ainsi depuis deux mois, à la suite d'une fièvre typhoïde. Son père et sa mère sont bien portants.
Elle se plaint de souffrir par tout le corps : elle se refuse à boire et à manger, disant que cela ne passera pas.
Elle est le plus souvent dans le mutisme et dans la prostration; dans d'autres moments, elle se reproche d'avoir péché. Dans d'autres, au contraire, sa physionomie est satisfaite, heureuse même : elle parle de ses belles robes de soie, de bon vin vieux.
Pupilles inégales; la droite est plus large.
Tremblement de la langue et des lèvres lorsque la langue est tirée hors de ja bouche.
La parole est un peu embarrassée.
La malade a succombé le 12 janvier 1869.
Autopsie. — L'encéphale pèse 1050 grammes. Il est dodu, paraît petit. Adhérences cérébro-méningées aux lobes antérieurs. Par le grattage de la surface de ces circonvolutions adhérentes, on enlève facilement la substance grise, et l'on obtient la crête formée par la substance blanche.
Un grand nombre de coupes montrent que la substance grise esl'hyperhémiée, et qu'en un certain nombre de points elle est colorée.
Obs. LV. — Paralysie générale. — Délire lypémaniaque, hypochondriaque, de satisfaction et de richesses. — Hallucinations.
La nommée J..., cinquante ans, blanchisseuse, est entrée le 23 mars 1858 dans non service.
La face est pâle, la physionomie inquiète.
Pupilles illégales. Tremblement des lèvres lorsque la bouche est ouverte. Odorat, goût, normaux. Vue brouillée. Ouïe normale. Force musculaire conservée. Signes d'endocardite chronique à l'orifice auriculo-ventriculaire gauche. Parole ànonnée, et par moments bredouillée. Elle dit avoir vu ce matin un serpent, un cheval.
Elle dit qu'on lui a volé huit couverts d'argent et une tabatière de 800 francs. « Une concierge lui a volé un gobelet, un corsage de mousseline, un mantelet de 40 francs, un tapis de feutre de toute beauté. Elle lui a empoisonné le sang; mais le commissaire a découvert le poison, et l'a envoyée à Véchafaud. »
Jusqu'en septembre, où elle a été emmenée par sa famille, l'état est resté le même , et la maladie a présenté les alternatives de satisfaction (idées de richesses), de plaintes, et de conceptions hypochondriaques.
Obs. LVi. — Paralysie générale. — Délire ambitieux. — Idées mélancoliques et hypochondriaques. — Mort. — Autopsie.
La nommée Len..., trente-trois ans, est entrée le 20 novembre 1872 dans mon ser-
DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
vice, dans un état de manie chronique, et présentant Je la prédominance d'idées mélancoliques, liypochondriaques, et quelques idées ambitieuses, confuses.
Elle est maigre. Les pupilles sont inégales; la gauche est plus large.
Élat normal des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat.
Ataxie de la langue et des lèvres. La parole est ànonnée et tremblée.
Conservation de la mémoire du jour de la semaine.
Perte de la mémoire du mois, de l'année, des lieux.
Lenteur extrême dans la conception des quelques idées qu'elle émet.
Si décembre 1872. — A eu hier un léger accès convulsif. Est tombée à terre sans connaissance, et a présenté un peu de déviation en haut de la commissure labiale gauche.
23 juin 1873. — Est tombée aujourd'hui sans connaissance, et ne l'a recouvrée qu'au bout d'une heure.
25 juin. — Attaque apoplectiforme, avec coma complet. Température vaginale, 39°,0.
Mort dans la nuit.
Autopsie. — L'encéphale pèse 1 180 grammes.
Injection et épaississemenl des méninges de la convexité, surtout au niveau des circonvolutions pariétales.
Elles adhèrent en plusieurs points aux circonvolutions frontales, pariétales et occipitales. A la base, elles adhèrent à toute la surface des lobes sphénoïdaux, des lobules frontaux, aux nerfs olfactifs qui sont ramollis.
Les méninges enlevées, la surface du cerveau paraît ulcérée. Le grattage avec le manche d'un scalpel produit facilement des crêtes.
Obs. LVIl. — Paralysie générale. — Délire mélancolique . — Idées et tentatives de suicide. — Idées hypochondriaques. — Délire d'exagération. — Attaques épi- Icpti formes.
La nommée M..., ouvrière en dentelles, soixante-trois ans, est amenée dans mon service le 23 mars 1868, dans un état de mélancolie avec hallucinations de l'ouïe, panophobie, craintes, idées de culpaliilité imaginaire.
Physionomie abattue, triste. Elle me dit avoir commis un grand crime, avoir fait un faux, avoir causé la ruine de plusieurs centaines de personnes, avoir 300 millions de Jettes.
Elle raconte sur un ton lamentable qu'elle ne devrait pas être ici, parce qu'elle n'a pas uniiard et que tout le monde paye, et qu'elle est indigne d'habiter ce lieu.
En nous voyant écrire, elle dit (jue je dresse son procès-verljal, qu'elle ne pouvait payer. Puis elle s'est mise à genoux au milieu de la salle et a ajouté qu'elle avait voulu se suicider avec du charbon, deux mois après la mort de son mari.
lia parole est nette. Ne reconnaît pas le poivre à l'odorat.
Pupilles égales, moyennes, contractiles.
Un peu de tremblement de la langue tirée hors de la bouche.
Des renseignements donnés par ses enfants m'apprennent qu'il n'y a aucune hérédité morbide, qu'elle a perdu réceuniient son mari après une maladie de six mois ; que pendant cette maladie elle a perdu dans le commerce iOOO francs ; que deux mois après cette mort elle est devenue très triste, et qu'elle a tenté de se suicider avec
m PARALYISE GÉNÉRALE.
du charbon ; que la tristesse n'a fait qu'augmenter, tout en présentant des rémittences; que dans les moments déplus profonde tristesse elle mangeait gloutonnement.
Dans les derniers temps, elle ne voulait plus s'habiller, parlait à tout moment de mourir; ne dormait pas; passait ses nuits à déranger, à essuyer ses meubles pendant des heures entières.
12 juin. — Mort dans une attaque épileptiforme.
Il y a opposition à l'autopsie.
Chez celte malade la paralysie générale existait lors de l'entrée à la Salpêti^ière. On pouvait en effet remarquer la perte de l'odorat et du tremblement de la parole. Le délire était mélancolique sans mélange d'iiypochondrie ni de délire ambitieux. — La nature des événements qu'a subis cette femme avant d'être malade explique la forme de son délitée. — La première période de cette paralysie générale ne dura que deux mois ; des attaques épileptiformes signalèrent la deuxième et dernière péiiode, en même temps qu'apparaissait le délire hypochondriaque, — Le délire ambitieux a fait défaut pendant toute la durée de la maladie.
Obs. LVIII. — Paralysie générale chez une femme ayant un foyer hémorrhagique intra-cerébral. — Délire lypémaniaqtie. — Hallucinations de la vue. — Convulsions. — Mort. — Autopsie. — Ancien foyer dans la couronne de Rcil; lésions de la paralysie générale.
La nommée R.... quarante-trois ans, couturière, est entrée le "26 septembre 1871 dans mon service, dans un état de lypémanie et d'hypochondrie.
Elle a l'apparence triste, elle tient la tête baissée, reste immobile sur sa chaise. La face est très pâle. Pupilles moyennes, égales, contractiles. A'ue légèrement brouillée.
Ouïe norjnale. Oilorat normal.
Membres très maigres; extrémités froides.
Rien de particulier du côté du cœur et des poumons.
La parole est lente, exprime la tristesse. Elle dit qu'elle est très malheureuse ; qu'elle s'est mariée avec un ancien soldat qui, pris pour la guerre, n'a pas reparu.
La mémoire du temps, des lieux, des dates, est très affaiblie.
Elle revient à plusieurs reprises sur ce qu'elle ne peut chasser ses idées tristes. Elle a eu des hallucinations de la vue. Elle voyait ses amis, son mari.
État convulsif continu pendant plusieurs heures. Pouls, 116. — Température axillaire, 38»,9.
27 mai. — Depuis le 23, abattement. Quelques soubresauts dans les membres.
Nous la trouvons en perte complète de connaissance, la tête inclinée à gauche; la bouche tirée à gauche, l'œil gauche plus ouvert. Mouvements convulsifs des quatre membres. — Température axillaire, o9 degrés.
l^es pincements aux quatre membres sont sentis. Pas d'hyperesthésie.
L'état convulsif persiste toute la journée.
DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
Le soir, température axillaire, il degrés. Mort dans la nuit.
Autopsie. — Pas d'altérations valvulaires au cœur. Le myocarde est notablement graisseux.
Congestion intense des poumons, du foie et de la rate.
Adhérences cérébro-méningées en plusieurs points, et à droite surtout. Légère suffusion sanguine sous-arachnoïdienne au niveau des circonvolutions pariétales droites et suffusion plus considérable au niveau des mêmes circonvolutions gauches.
Épanchement séreux abondant dans les ventricules.
iMous trouvons dans l'hémisplière gauche, à' la réunion de l'extrémité postérieure du corps strié et du bord externe de la couche optique dans la substance blanche avoisinante, un foyer hémorrliagique d'ancienne date, ocreux, et du volume d'une noisette.
Aucune lésion visible à l'œil nu dans la protubérance, la moelle et les nerfs crâniens.
GROUPE IX. — Cas où la mélancolie s'est montrée sans trace de délire expansif ou de délire hypocliondriaque pendant la troisième période de la paralysie générale.
Oiîs. LIX. — M'ninf/o-péri-eïicéplia'ite chronique avec di'liie religieux. — Mort.
Autopsie.
Le nommé M...., trente-neuf ans, tailleur, est entré le 26 décembre I8.5'2 à l'hôpital delà Charité (service de Bouillaud).
Sa mère vit encore et est bien portante ; son père est mort d'une maladie inconnue, mais non d'aliénation mentale.
Depuis un an, sa femme a remarqué que son intelligence s'est beaucoup affaiblie, qu'il se perd dans les réponses à faire aux clients, qu'il écrit moins facilement; de doux et presque triste, son caractère est devenu vif, emporté; il a cherché à plusieurs reprises querelle à sa femme parce qu'elle ne devinait pas ce qu'il pensait.
Au moment oîi il arrive à la consultation, son visage est notablement hébété et exprime la crainte. Ses membres, sa tète, le tronc sont agités de secousses peu étendues, mais il ne peut se soutenir debout seul. Ces secousses impriment à tout son corps un fort tremblement.
Claquement des dents.
inégalité des pupilles; la gauche est moitié moins large. Elles sont à peine contractiles. Secousses à la lèvre supérieure, plus intenses près de l'ouverture des narines. Ouïe normale.
La parole est notablement gênée.
La langue tremble beaucoup.
2 février. — Phlegmon gangreneux de la jambe gauche à la suite d'une plaie du genou. Mort le 6 février.
Autopsie. — L'incision de la dure-mère fait écouler une bonne cuillerée de sang très coloré.
Congestion considérable des méninges, surtout dans la moitié antéro-supérieure des deux hémisphères. Dans toute cette partie, on ne peut, faute de transparence des méninges, apercevoir la couleur du cerveau.
Dans presque tous les points correspondant aux sillons de séparation des circonvolu
PARALYSIE GÉNÉRALE
lions, lâches opalines adhérenles à la face viscérale du feuillet viscéral de l'arachnoïde,
Les méninges enlevées, on conslale qu'entre la pie-mère et la suhslance grise du fond des sillons, il existe une nolahle quantité de sérosité rougeàtre.
Dans toute la moitié antérieure du cerveau, jusques y compris la première circonvolution pariétale, on ne peut enlever la pie-mère sans arracher quelques parties de substance grise correspondante , surtout aux endroits qu'occupaient les taches opalines.
Ce malade atteint de méningo-péri-encéphalite chronique diffuse a présenté entre autres phénomènes un délire mélancolique religieux des mieux caractérisés, qui ne s'est pas démenti jusqu'à la mort, et qui s'est traduit par des actes, des gestes et des paroles en rapport avec ses idées délirantes.
Obs. LX. — Parali/sie générale aiguë ouméningo-péri-encéphalo-myélite diffuse à marche rapide. — Délire mélancolique, craintif. — Mort. — Autopsie. — Eamollissemcnt de la demi-circonférence postérieure de la moelle et des circonvolutions frontales et pariétales.
Le nommé F...., trente-neuf ans, tailleur, est entré le 1.3 octobre 1862 à l'hôpital de la Charité (service de Rouillaud).
Père mort d'en empoisonnement par l'opium.
Le malade fait remonter sa maladie actuelle à environ cinq ans. Depuis cette époque, il a eu de la peine à uriner, mais sa femme dit qu'il a toujours eu un caractère étrange et même la téle dérangée. Cependant il travaillait.
11 y a trois ans, douleurs dans la région lombaire, fièvre, malaise général, inappétence, faiblesse des membres inférieurs, dysurie. Depuis quelques jours, cauchemars la nuit; depuis quinze jours il s'est aperçu que sa langue était embarrassée.
Depuis six semaines il ne peut plus se porter debout et a gardé presque complètement le lit.
Etat actuel. — Maigreur extrême. Se tient très difficilement sur les jambes; il peut cependant faire quelques pas seul. Licertitude très grande dans ses réponses. Il dit qu'on veut le tuer.
Hébétude empreinte sur les traits de la face et mêlée d'indifférence comme stupide. 11 dit qu'il ne peut répondre. (}uand on lui demande quelque chose de vulgaire, ou qu'on lui montre un objet d'un usage ordinaire comme un porte-plume, quand on le prie d'écrire son nom, il manifeste son mécontentement et dit nettement les mots: « Crénom..., nom d'un chien; chose. » Hors de cela, pas la moindre réponse; cependant sa figure manifeste une lueur d'intelligence, mais un aspect profondément triste. H reste une partie de la journée la tête cachée sous la couverture.
La pai'ole est tremblante, les mains tremblent notablement, surtout (juand il veut s'en servir.
Pas d'analgésie.
22 octobre. — Dans la nuit, perte de connaissance. Ecume buccale. Mort le i23 au matin.
Autopsie. — Ramollissement de la moelle dans toute sa longueur, y compris quelques nerfs de la queue de cheval. Le ramollissement de la moelle porte principalement sur sa demi-circonférence postérieure qui est transformée en bouillie plus blanche que grise ou rouge.
DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
Sur la face pariétale de !a pie-mère racliiilienne, on aperçoit un grand nombre de dépôts plastiques.
Injection considéraljle de la pie-mère encéphalique, surtout dans toute la moitié postérieure des bords internes des deux hémisphères ; en plusieurs points les méninges sont à peine transparentes et sont épaissies.
Voici un malade qui a succombé à une paralysie générale ou méningo-péri-enci'phalite et myélite diffuse, à marche très rapide, qjia présenté un délire mélancolique avec conceptions délirantes de nature terrifiante.
Ce cas me se;nble intéressant parce que l'on avait allaire à une paralysie générale sans délire ou spinale, qui n'a été compliquée de folie que dans les derniers tenqis de l'afl'ection.
Je n'ai pas d'obsei'vation.s personnelles qui puissent rentrer dans les dixième, onzième et douzième groupes : c'est que le délire, quand on Tobserve chez les paralytiques à la troisième période, n'offre rien de bien intéressant à étudier.
Pour ce qui est des cas où la mélancolie s'est montrée pendant toute la durée de la maladie, depuis son début jusqu'à sa période finale, ils sont loin d'être rares ; la mélancolie peut être alors ou non accompagnée de délire hypocondiiaqueet de délire ambitieux. On peut trouver dans les auteurs bon nombre de faits rentrant dans nos quatre derniers groupes.
Citons entre autres comme appartenatit à notre treizième grou[)e une observation empruntée au travail de M. Fabre (1), les faits 175 et 202 de Parcbappe (2), les observations XXI et L de Calmeil (3) ; l'observation LI de Calmeil (4).
Les obseiTations VIII et XI de la tlièse du docteur Materne se rapportent à notre quatorzième groupe.
Les observations I de Materne (5) et VIII de Bayle (6) troisième, série, rentrent dans le quinzième.
Et enlin au seizième appartiennent le fait septième du livre de Parchappe (7) et une observation très intéressante de Fabre (8) relative à un cas de folie paralytique circulaire.
(1) Fabre, Puralijsie gêii. circulaire, (Anii. inrd.-psijclioluyique, {SU}.
(2) Traité de la folie, 181)1.
(3) Maladies inflammaloires du cerceau, l'.u is, 1859. {i} Mémo ouvrage.
(5) P. Materiio, De lu jiarulijsie ijènérale à forme dépressive. Thèse, Paris, ISB'.I.
(6) Thèse sur l'arachnilis. Paris, 18-2"2, in-i".
(7) Traité de la folie, 18il.
(8) Fabre, ylrt/). méd.-p<^ijcholo(jusues, mai 187 i.
m PARALYSIE GÉNÉRALE.