DIAGNOSTIC DE LA MÉLANCOLIE A LA PIŒMIÈRE PÉRIODE
n'appuient pas leurs demandes sur des raisons fallacieuses comme les monomaniaques, ils n'arrangent pas toute une histoire pour expliquer leur séquestration arbitraire.
Un des caractères importants du délire mélancolique des paralysés généraux est la diminution de la mémoire qu'on observe dès le début chez ces malades. C'est tantôt la mémoire des lieux qui est altérée, les malades se perdent dans les rues ; tantôt la mémoire des mots, et ceci n'est pas sans importance pour l'explication des troubles de la parole ; tantôt la mémoire des dates, les malades ne se rappelent plus la date de leur entrée dans la maison de santé, ils ne se la rappellent pas même approximativement.
Le plus souvent la mémoire est diminuée sous toutes ses formes en môme temps, et, chose curieuse, le trouble de la mémoire est surtout relatif aux faits récents ; quelquefois les faits anciens peuvent encore être rappelés, alors que les faits les plus saillants arrivés récemment n'ont laissé que des traces très vagues dans le souvenir.
Nos observations montrent ces signes de débilité intellectuelle môme tout à fait au début de la première période de la maladie.
C'est ainsi, par exemple, que dans une observation de Lunicr (1), le malade affirme un jour n'avoir fait aucune tentative de suicide et le lendemain il avoue avoir attenté à ses jours.
Dans l'observation XC de Calmeil, dans celle de Pinel relative à un malade de Récamier {'il), dans l'observation (p. 417) et dans bien d'autres, on a noté, en môme temps qu'une tristesse profonde, de l'affaiblissement de la mémoire.
Une dame L... répétait sans cesse qu'elle voulait faire déterrer son mari.
Lorsqu'on a affaire à des cas de mélancolie avec stupeur, il est bien plus difficile de dire si le délire appartient ou non à la paralysie générale, car les malades parlent à peine.
Dans la mélancolie avec stupeur qui n'appartient pas à la paralysie générale, la pensée, loin de présenter le vide psychique de la démence, ne cesse pas d'être active, la sensibilité concentrée sur un objet semble avoir abandonné tous les organes, lecorps est impas--
(I) Limier, Recherches mr la paralijsie géii. progressire, 18i9. obs. V!U. {"2) Annales médko-pmdwJogiques, 1858.
PARALYSIE GÉNÉRALE
sible à toute impression, tandis que l'esprit ne s'exerce plus que sur un sujet unique qui absorbe toute l'attention, et qui suspend l'exercice de toutes les fonctions intellectuelles. L'immobilité du corps, la fixité des traits de la face, le silence obstiné trahissent la contention douloureuse de l'intelligence et des affections (Griesinger, Esquirol).
La difficulté que l'on éprouve à faire parler les malades atteints de mélancolie avec stupeur, que cette mélancolie soit simple ou appartienne à la paralysie générale, rend le diagnostic très difficile. Disons cependant que dans la mélancolie avec stupeur qui appartient à la paralysie générale, les malades ne gardent pas ce silence obstiné dont parle Esquirol; on parvient presque toujours à les faire sortir de leur mutisme, tandis qu'on échoue souvent complètement quand on veut faire parler des mélancoliques simples. — Un autre caractère différentiel nous semble devoir être tiré de l'habitus extérieur du malade : j'ai, en effet, souvent remarqué que les malades affectés de mélancolie avec stupeur sans paralysie générale avaient une contraction permanente des muscles du visage et du cou ; chez une malade qui a fini par périr d'épuisement, on pouvait distinguer les uns des autres les différents muscles delà face; les grands et les petits zygomatiques entre autres faisaient des saillies très remarquables. Je ne pense pas qu'on ait jamais observé de pareilles contractions musculaires chez des malades à la première période de la paralysie générale. Ce qui peut encore égarer le diagnostic, c'est l'existence, chez les malades atteints de mélancolie avec stupeur, d'une diminution passagère de la mémoire. Dans ces cas, par suite de la ténacité des conceptions délirantes, la mémoire est pour ainsi dire oblitérée; il y a une sorte à.' embarras de la mémoire. Il faut bien se garder de prendre ce trouble de la mémoire pour un commencement de démence ; l'erreur n'est quelquefois pas facile à éviter, et j'ai vu dans ma pratique plusieurs observations de malades qu'on avait cru atteints de paralysie générale à cause de la diminution de la mémoire et qui n'étaient que des mélancoliques simples.
Il est une autre forme de mélancolie avec stupeur, que M. Baillarger a spécialement étudiée, et qu'il est bien plus difficile de différencier de la mélancolie appartenant à la paralysie générale. « Certains malades, dit M. Baillarger, ont la figure triste, mais en