‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 127 sur 207 · DIAGNOSTIC DE LA MÉLANCOLIE A LA PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DE LA MÉLANCOLIE A LA PREMIÈRE PÉRIODE

niùme temps un peu étonnée, leurs traits ne sont pas contractés, leur regard est incertain. ))

Rien n'indique chez eux la contention douloureuse de l'intelligence; ils semblent au contraire dans un état tout passif.

S'ils ne l'épondcnt pas aux questions qu'on leur adresse, c'est par une sorte d'apathie, de paresse, d'embarras intellectuel.

c( Leurs conceptions délirantes n'ont pas la netteté de celles des mélancoliques dont parle Esquirol, ils vivent dans une sorte de rêve, traversé par des illusions et des hallucinations terrifiantes (1). »

Lélut publia en 1843 une observation sous le nom de manie subaiguë stupide, et il fut très étonné de trouver, à l'autopsie, des adhérences dans plusieurs points de cerveau ; c'est qu'il s'agissait là de paralysie générale à forme stupide.

Chez les malades il est difficile de dire par la seule forme du délire s'il y a ou non paralysie générale. « Le diagnostic, dit Marcé, exige dans certains cas une attention soutenue. » Les idées délirantes sont en effet les mêmes dans la mélancolie avec stupeur et dans la paralysie générale à forme dépressive, etj de plus, la stupeur amène avec elle des troubles de la inotilité bien capables d'égarer le diagnostic. En cas d'incertitude on doit attendre l'évolution des symptômes avant de se prononcer (w).

Chez beaucoup de paralytiques à la première période, dit ailleurs M. Baillarger, on remarque un état de stupeur très prononcé qui se prolonge parfois pendant des mois entiers.

(( Cet état de stupeur, accompagné de congestions de la face chez des malades de trente à cinquante ans et qui n'ont pas eu antérieurement d'accès de mélancolie, peut faire soupçonner l'invasion de hi paralysie générale; si l'on surprend alors des conceptions délirantes de nature hypocondriaque, si les pupilles sont inégales, les présomptions deviendront plus fortes. »

Dans certains cas le diagnostic doit être suspendu, surtout si l'on ne constate pas de fièvre.

Parfois la mélancolie des paralysés généraux affecte la forme religieuse: « Les idées religieuses, écrit M. Materne dans sa thèse,

lî.iiUai'gei-. De la mélcncolic arec stupeur (Ann. méd.-pstjc'd., 1853).' [i] Marcé, Traité des iii'tlailies ntciitales. Pari.*, p. -178,

PARALYSIE GÉNÉPiALE.

jouent un grand rôle dans le délire des paralytiques. Dieu et le diable interviennent encore assez souvent dans leurs conceptions délirantes : c'est un châtiment que Dieu leur envoie, ils subissent la juste peine des fautes qu'ils ont commises. Du reste, ces idées mélancoliques sont presque toujours dues à des hallucinations terriliantes. » Nous croyons que ces cas sont relativement rares, d'ailleurs le délire même dans cette forme de mélancolie est remarquable par un défaut de consistance et par son absurdité.

Dans les cas où les idées de persécution étaient les idées dominantes, on peut aussi noter de la débilité de l'intelligence.

Dans une observation de Parchappe (1), le malade parlait seul, répétait souvent les mêmes paroles.

Dans le cas cité par M. Pinel, un examen attentif avait permis de noter de l'affaiblissemenl de la mémoire.

Dans un autre cas (2), le môme auteur mentionne une faiblesse légère de l'intelligence, un manque d'activité et d'énergie mentale.

Enfin, dans bien d'autres observations de notre premier groupe, la débilitéintell >ctuelle était notoire. Un malade de Calmeil (3) avait conscience de l'alfaiblissement de son intelligence, il répétait souvent que sa tête se perdait.

Dans l'observation XIV, le délire avait un caractère manifestement absurde. La malade croyait qu'on l'accusait d'avoir des relations avec un chien. — A la demande pourquoi elle s'était blessée, elle répondait: « Je ne sais pas, c'étaient toujours des langues de chien. » (p. 417).

Ce court résumé suffit pour prouver que dans la grande majorité des cas de périencéphalite chronique le délire mélancolique, même tout à fait au début de la première période, affecte un cacliet de débilité inlellcctuellc qui peut à la rigueur aider au diagnostic.

Souvent les paralyses généraux ont de l'agitation. Cette agitation n'est pas incompatible avec la mélancolie de cette maladie; on rencontre des malades qui brisent, frappent tout ce qui les entoure, ramassent tous les objets, sont dans un mouvement perpétuel aussi

(1) Parcliappo, Recherclies sur iencéplinle, fait liS3.

(2) Piiicl, Aimnles méd.-psijclw!o>jiiines, 1858. Malal,; du docLciir Louvel. (3j Caljncil, Mal. iiijlanim., o!js. XI, VU.

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