DIAGNOSTIC. DÉLIRE HYPOCHONDRIAQUE SPÉCIAL
Dufour, dans sa thèse (1) sur l'hypochondrie, soutient l'opinion e Baillarger. 11 cite trois obsei^vations résumées du délire hypolîondriaque à caractère spécial dans la paralysie générale.
La même année, Moreau (de Tours) (^2), dans un mémoire lu à Académie de médecine, a cherché quelle était la fréquence relaive du délire hypochondriaque dans la paralysie générale et dans les utres formes d'aliénation mentale, et les résultats fournis par cette tude sont incontestablement favorables à l'opinion de Baillarger.
Il exis.te, dit Moreau, entre le délire spécial hypochondriaque tel qu'il a été décrit par Baillarger) et la paralysie générale, des apports sinon nécessaires, du moins très intimes, dont l'imporincc n'avait jusqu'ici éveillé l'attention d'aucun observateur. »
En effets sur 15 observations de délire hypochondriaque spécial, loreau en a trouvé 9 chez des malades franchement paralyliues, 4 dans des cas de paralysie générale douteuse, 2 seulement hez des malades qui ne présentaient aucun signe de paralysie géérale.
Voici d'ailleurs, entre autres, une courte observation extraite de e mémoire, qui justifie cette importance :
X... présente un ensemble de symptômes tels qu'il est permis de oncevoir des craintes sérieuses sur un état futur de paralysie généale; mais on ne peut pas encore asseoir un diagnostic certain. Il y , une dizaine de jours, surgissent tout à coup des idées qui ne peuent pas manquer d'attirer notre attention : X... se plaint d'avoir es boyaux percés, le canal bouché ; des idées ambitieuses se mêlent i ce délire. La paralysie générale ne tarda pas à se confirmer.
Du délire hypochondriaque avec caractères spéciaux. — Il est absounient nécessaire, pour bien étudier ce délire, d'introduire des ubdivisions correspondant aux diverses variétés.
Le caractère commun à toutes ces variétés étant l'extrême absurlité du délire, nous proposons les subdivisions suivantes:
1" Délire d'obstruction et de négation des organes; — négation le l'existence et de la personnalité ; — 3° délire des petitesses par )pposition au délire des grandeurs; — 4° délire d'exagération, ou
(1) Dufour, Etude sur l'hijjwchondrie et le délire hijpoctiondriaque, IV août 1800.
(2) Moreau, Du délire hijpoclwndriaque et de la parahjsie ijénérale, mémoire lu à l'Académie e 2G décemlire 1800.
i9!2 PARALYSIE GÉNÉRALE.
emploi de nombres ou d'expressions insensés pour exprimer des idées I dépressives.
1° Le délire d'obstruction ou de négation des organes est certai- \ nement l'une des formes les plus fréquentes du délire hypochon- ' driaque dans la paralysie générale. C'est surtout sur cette variété i que M. Baillarger a appelé l'attention: quand ce délire existe, il ■ appartient 9 fois sur 10 à la paralysie générale (Baillarger).
Nous voulons en terminant ce qui a rapport au délire dépressif vous parler d'une forme particulière de délire que nous {:^'oposons d'appeler un délire d'exagération. 11 consiste dans l'emploi de chiffres ou de termes exagérés pour exprimer de prétendues souffrances, i des fautes imaginaires, etc.
Ce délire a plus de rapports avec le délire hypochondriaque qu'avec le délire mélancolique.
c( Je ne voudrais pas avoir fait cela, dit une malade, pour des millions et des billions. — Elle répète à tout instant le chiffre 10400 pour exprimer combien elle est malheureuse. « J'ai donné i0 400 francs et on me laisse mourir de faim. — J'ai donné 10 400 francs et on me traite ainsi. »
Une malade de Baillarger disait avoir la veille des millions de cœurs.
Madame H... disait qu'elle entendait les voix de ^1 ou 3000 individus.
Une femme dit être malheureuse depuis plus de 6000 ans.
Un malade se plaint d'avoir une érection éternelle.
Une autre ( l) se figure qu'on l'appelle le roi des sots.
Une autre se plaint d'avoir été volée de rubis et d'une tabatière de plus de 800 francs.
Une autre d'avoir ruiné des centaines de familles, d'avoir 300 millions de dettes.
Une malade a plus de 300 vers qui lui bouchent l'estomac.
Ces étranges manifestations du délire ambitieux méritent certainement de fixer l'attention. Elles se rencontrent au milieu des idées les plus dépressives, alors même qu'il n'existe aucune trace de déhre de satisfaction, ni de richesses, ni d'ambition.
(I) Calmcil, loc cit., ohs. LUI.