OBSERVATION DE DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE
malgré les travaux d'Esquirol et de ses successeurs, n'est donc encore qu'à peine ébauchée? Ce n'est pas là, Messieurs, la conclusion à laquelle je voulais arrivei"; bien an contraire, cette étude est suffisamment parfaite en ce moment, et je souhaiterais que la connaissance des troubles somatiques fût aussi précise; mais ce que je regrette, c'est qu'en général les observateurs ne fassent pas marcher de front l'étude des troublespsychiques et l'observation des troubles somatiques.
Je suis convaincu que si l'on travaillait sans s'écarter de cette donnée, on arriverait à s'expliquer bien des points qui sont encore dans l'obscurité la plus complète.
Pour ne parler que du délire hypocondriaque, dit spécial à la paralysie générale, je vais vous relater l'observation suivante et la livrer à vos réllexions ; vous verrez qu'elle vous confirme à la fois les idées de M. Baillarger et celles de ses adversaires.
Si vous partagez ma manière de voir à ce sujet, nous pourrons ensuite aller plus avant ensemble et entreprendre', dans une prochaine leçon, l'étude des rapports de la folie simple et de la folie paralytique.
Obs. II. — Une malade, âgée de vingt-huit ans (Leg...), entrée le 12 janvier 1877 dans mon service, présentait tous les caractères d'une folie simple.
Le caractère immédiat, signé par M. Magnan, portait : Excitation maniaque avec idées mélancoliques et idées confuses de persécution.
Cette malade avait de l'iiypereslliésie ovarienne, de l'anesthésie à l'avant-bras droit, sa jiarole était normale. A son entrée elle avait peur d'aller en prison; elle paraissait avoir des hallucinations de la vue et de l'ouïe, une émolivilé exagérée ; pas d'idées hypocondriaques. Bien que cette malade présentât un peu d'inégalité pupillaire et peut-être un léger trouble de l'odorat, nous fûmes convaincu qu'elle était atteinte de folie simple névropathique, justifiable d'un traitement anlispasmodi(jue, et J'examen ultérieur pendant cinq jours consécutifs, nous autorisa à croire que ce diagnostic était fondé.
Or, le 19 janvier 1877, cette femme eut un abcès à la région fessière, un abcès liéniatique ; le lendemain un érysipèle de la face avec fièvre, et sous l'influence de cette fièvre, les conceptions hypocondriaques qui n'avaient pas encore été notées apparurent, et avec les caractères que M. lîaillarger a décrits comme propres à la paralysie générale.
Elle disait qu'elle n'avait pas de figure ni de tète (cette idée était sans doute en rapport avec les symptômes de l'érysipèle qui occupait la léte et la face). Pendant deux jours, elle ne cessa de répéter qu'elle n'avait plus ni tête ni figure, que ses yeux n'existaient plus, qu'on lui avait mis une corde autour du cou, qu'on lui avait bouché les yeux ; elle avait en même temps l'idée qu'on voulait l'empoisonner.