OBSERVATION DE DÉLIRE HYPOCONDRIAQUE
Or, pend;int trois jours que dura ce délire, la malade avait de la fièvre; la température axillaire oscillait autour de 38°, 5. L'érysipèle avait diminué, mais n'avait pas tout à fait disparu, les conjonctives étaient rouges, celle de gauche présentait même deux petites taches ecchymotiques.
Le 24 janvier, sous l'influence d'un traitement antiphlogistique convenable, la fièvre tomba pour ne plus revenir, et en même temps disparurent les idées hypocondriaques, mais l'état général était encore défectueux.
Le !26, en effet, on put observer, au tiers moyen de la jambe droite, une phlyctène qui laissa bientôt échapper un liquide séro-purulent, et donna lieu à une ulcération du derme ; le jour même, attaque d'hystérie parfaitement caractérisée.
Sous l'influence d'un régime tonique, de l'hydrothérapie et d'un traitement antispasmodique, l'état général redevint satisfaisant au bout d'un mois, et le délire s'amenda également; les conceptions hypocondriaques n'ont jamais reparu.
En mars 1877, la malade était très calme, travaillant toute la journée, recevant gracieusement ses amies ; elle avait bonne mine et excellent appétit.
Réflexions. — Il nous paraît évident que cette malade était atteinte de folie simple ou névropathique ; c'était le diagnostic posé au début, qui a été justifié par l'évolution de la maladie et les résultats avantageux obtenus par le traitement tonique et antispasmodique.
Et cependant elle a présenté, à un moment donné, deux phénomènes qui appartiennent bien plus souvent à la paralysie générale, savoir : des troubles dénutrition ti^ès accentués (abcès hématiques, phlyctènes, etc.), et ce délire hypocondriaque qui, d'après un certain noiubre d'auteurs très compétents, appartient exclusivement à la paralysie générale.
Ce fait donne tort, en apparence, à ces auteurs; mais, dans le fond, nous croyons qu'il confirme leur manière de voir, et qu'il démontre que ce délire hypocondriaque appartient spécialement à la folie in/Jammatoire. Chaque fois que ce délire spécial apparaît, il décèle, à notre avis, un état inflammatoire de l'encéphale; si cet état inflammatoire persiste, on pourra assister à l'évolution de la paralysie générale ; si cet état inflammatoire n'est que passager, le délire hypocondriaque ne sera également que passager. C'est ce qui est aiTivé dans le cas présent.
Plus je vois de malades, plus je suis convaincu que la ligne de démarcation entre la folie simple et la folie paralytique est à peu pi^ès insaisissable. Qui dit que cette malade, dont nous venons de i\apporter l'observation, ne serait pas devenue paralysée générale si la fièvre avait duré quelques jours de plus, si le traitement antiphlogistique n'avait pas fait cesser la fluxion encéphalique et n'en