DIAGNOSTIC UE LA MÉLANCOLIE A LA TROISIÈME PÉRIODE
le diagnostic de la paralysie générale au début et de la folie simple.
Aux phénomènes congestifs il faut rapporter ces tumeurs sanguines du pavillon de l'oreille observées assez souvent dans la paralysie générale même au début.
La circulation du pavillon de l'oreille est liée à la circulation intra-crânienne. Les rougeurs de la face, qui annoncent un mouvement congestif à la tête, s'accompagnent toujours de rougeur et de chaleur aux oreilles. Ces hématomes du pavillon de l'oreille ne résultent pas toujours de froissements comme on l'a dit; la preuve en est qu'ils sont rares chez les maniaques, chez les épileptiques, chez les déments sans complications; il n'est pas non plus prouvé que les hématomes des boxeurs aient la môme nature et le même siège que les hématomes des paralytiques. Comme ces épanchements sanguins se rencontrent parfois au début de la paralysie générale (Dumesnil, 1860), ils peuvent jusqu'à un certain point figurer parmi les signes diagnostiques.
Du diagnostic de la mélancolie qui appartient à la paralysie générale arrivée à la seconde ou troisième période. — Ce diagnostic n'a rien de difficile. Le délire soit lypémaniaque, soit hypocondriaque, prend un caractère d'absurdité tellement accentuée qu'il suffirait pour faire reconnaître la démence paralytique. Ces signes somatiques, que nous venons d'étudier à la première période, s'accentuent aussi progressivement; la maladie est souvent traversée pai" des attaques épileptiformes, de sorte que le diagnostic n'offre véritablement aucune difficulté, même quand le délire revêt la forme lypémaniaque, ce qui n'est pas la règle. Le diagnostic ne pourrait être erroné, puisque le plus souvent les conceptions délirantes mélancoliques sont entremêlées avec des idées de richesses et de grandeurs à ces périodes avancées de la maladie. C'est une idée, malheureusement trop accréditée aujourd'hui, que hors du délire ambitieux ou expansif il n'y a pas de paralysie générale. L'étude de mes observations montre combien cette croyance est fausse, puisque sur 138 cas nous en avons 61 dans lesquels le délire ambitieux n'est noté à aucune période de la maladie.
Si, comme cela arrive le plus souvent, le délire ambitieux s'est rencontré à une période quelconque de la maladie, chez un mélan-
PARALYSIE GÉNÉRALE A FORME MÉLANCOLIQUE
colique à la deuxième ou à la troisième période de la paralysie générale, le doute n'est plus possible, ou du moins il n'est plus permis.
Diagnostic différentiel du délire mélancolique chez les fous paralytiques, chez les épileptiques, chez les malades atteints de folie congestive, chez les individus atteints d'alcoolisme, chez les panophobes.
a. Épilepsic. — Certains épileptiques présentent, en effet, des symptômes qui rendent difficile le diagnostic.
Ce sont ceux chez lesquels on observe de la confusion dans les idées, de la lenteur dans les conceptions, une sorte d'obnubilation, de la diminution dans la volonté, des hallucinations en même temps que de l'inégalité des pupilles, un frémissement fin de la langue.
La difficulté augmente, lorsque l'épileptique a des conceptions délirantes [hypocondriaques ou, au contraire, des idées de satisfaction qui le portent à nourrir de vastes projets et à concevoir des plans irréalisables. Cette difficulté est grande parce qu'il existe, eu égard aux résultats finaux de l'épilepsie, une parenté anatomopathologique entre cette maladie et la paralysie générale.
Quoi qu'il en soit, le diagnostic peut encore être porté.' 11 s'appuiera sur les anamnestiques, sur l'évolution de la maladie, sur l'intégrité constante du langage articulé, sur la conservation de l'odorat, sur la ressemblance du délire hypocondriaque de l'épileptique avec le délire hypocondriaque simple, sur l'absence d'analogie du délire de richesses, de grandeurs, avec celui des fous paralytiques, le délire de satisfaction de l'épileptique étant plutôt vague, mal déterminé, platonique pour ainsi dire, ne portant pas généralement sur la possession d'or, de millions, de maisons, de vêtements, de meubles, etc.
b. Folie congestive. — Il ne suffit pas de différencier la paralysie générale à la période prodromique de la folie simple, névropathique, spasmodique, par anémie; il est nécessaire d'établir ses différences avec une forme qui se rapproche de la paralysie générale par ses lésions anatomiques, c'est-à-dire de la folie congestive.