DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL DU DÉI.IRE MÉLANCOLIQUE
;elui de l'alcoolisme chronique ; les alcooliques chroniques ont de 'amnésie; leurs discours sont sans cesse embarrassés par des mots, els que chose. Il s'y joint souvent du trouble de la parole : la parole !st hésitante, mal détachée, ânonnée. Les malades n'ont pas conicience de leur état, ils ne veulent pas croire que ce soit l'abus d'alpool qui les a rendus malades ; le caractère offre des singularités. un malade aura toujours, tout bas, un secret à vous dire, et ce ;ecret n'est rien. « D'autres ont une prévenance exagérée, soit pour es médecins qui les traitent, soit pour les malades qui les entourent, I semble qu'ils veuillent couvrir ainsi l'insuffisance de leur intelligence et racheter la honte de leur conduite (1). » Mais les relations ju'ils ont avec leurs femmes, leurs parents, leurs enfants, sont loin l'être sur le ton aimable. La diminution d'énergie au travail est m des faits les plus fréquents qui ressort des réponses des alcoolisés ;ur les salaires qui leur sont dévolus dans leurs travaux ; tous raîontent, sans se douter de la portée de leur dire, qu'ils gagnent moins ju'autrefois ; aussi la plupart tombent-ils dans le dénuement et la ïiisère.
Ils ont d'ailleurs une défiance d'eux-mêmes qui empoisonne leur ixistence et met obstacle à toutes leurs entreprises, aux projets et lux démarches les plus simples.
La hberté morale est notablement diminuée chez la plupart l'entre eux; ils présentent une faiblesse inouïe de caractère, se laissent facilement circonvenir et entraîner à des actes répréliensibles.
Chez ces malades, la physionomie porte à des degrés variables le jachetde la tristesse ; il est difficile de leur arracher quelques mots le réponse, de les distraire de leurs conceptions délirantes et de leurs hallucinations plus ou moins tristes et terrifiantes. Tel malade 1 une physionomie triste et insouciante, et par moments une expression de satisfaction, n'a aucune vivacité dans les traits ; la mémoire îst diminuée ; il faut lui crier dans les oreilles.
Un autre est assis sur une chaise dans l'immobilité la plus complète, 5a physionomie exprime une tristesse profonde; si on lui demande à quoi il pense, il murmure quelques mots parmi lesquels on saisit
(1) Voy. plus haut, p. 246, Étal mental dans l'alcoolisme {Ann. méd.-psych., 1862).
PARALYSIE GÉNÉRALE A FORME MÉLANCOLIQUE
avec peine : « J'ai la tête lourde. » Il pousse des soupirs et dit que sa femme le trompe : « J'entends, dit-il, des voix qui me parlent d'elle, qui l'accusent, ces voix partent des murs, elles appartiennent à des personnes que je connais. » Pas le moindre embarras de la parole, pupilles égales, tremblement des mains, sensibilité obtuse.
On voit là encore que le diagnostic entre l'alcoolisme et la paralysie générale n'est pas facile à porter. J^asègue parle ainsi du délire chez les alcoolisés comparé au délire des paralytiques :
« Le trouble de l'intelligence provoqué par l'abus des spiritueux consiste dans un affaiblissement beaucoup mieux caractérisé par l'expression populaire d'abrutissement que par toutes les dénominations scientifiques. Le malade a conscience de son infériorité, il se rend à peu près compte des choses qui l'entourent, il est tourmenté par des hallucinations. »
L'alcoolisé diffère des autres aliénés en ce qu'il juge plus souvent ses hallucinations. Joignez à cette hébétude tous les mauvais instincts qui peuvent accompagner l'idiotie ou l'imbécillité ; supposezles se développant sans les freins de la morale et de la raison, vous aurez un tableau résumé de l'état mental des alcooliques. Pour la différence de l'état mental des paralytiques M. Lasègue accorde une grande valeur aux hallucinations de la vue. « Il est rare, dit-il, que les hallucinations ne soient pas constatées comme un symptôme essentiel et constant de l'alcoolisme ; au degré le moins saillant, elles apparaissent encore sous la forme de rêves, et il est important, quand on soupçonne une influence alcoolique, d'interroger les malades sur la nature des rêves qui se reproduisent le plus habituellement durant leur sommeil.
» Les alcooliques n'ont pas l'indifférence des paralytiques ; ils se plaignent de leurs souffrances ; s'ils en abrègent le récit, c'est uniquement par paresse, et il suffit de les replacer sur ce terrain pour qu'ils rendent compte de leurs moindres sensations. »
« La lypémanie de cause alcoolique, dit M. DagoneL (1), ne présente pas de caractères qui lui soient propres ; il serait difficile de la distinguer en dehors des renseignements commémoratifs.
(1) Dagonet, De l'alcoolisme au, point de vue de l'aliénation mentale (Ann. méd.-psych. , 1873, p. 144).