‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 139 sur 207 · DIAGNOSTIC. TROUBLES SOMATIQUES · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC. TROUBLES SOMATIQUES

)) Parfois cependant le délire lypémaniaque se montre comme une ;orte de prolongation et de reflet de l'accès d'alcoolisme qui a précédé l'explosion de la folie. Le malade continue à entendre les mômes menaces, les mêmes injures; il a les mômes hallucinations spéciales de la vue : il voit des animaux qui veulent le dévorer; il accuse les personnes qui sont autour de lui d'être la cause des sensations extraordinaires qu'il éprouve.

» Quelques malades conservent la conscience de l'affaiblissement de leur volonté, de cette espèce d'impuissance où ils sont de réagir contre les impulsions qui les dominent, d'éloigner les idées fixes et les pensées dangereuses qui viennent sans cesse s'offrir à leur esprit; ils se plaignent amèrement de cette sorte d'automatisme auquel ils sont réduits ; en même temps on observe chez eux de la céphalalgie, des crampes, des étourdissements et quelques autres accidents rappelant ceux de l'alcooHsme. »

En général, il existe chez tous ces malades un changement profond de caractère, c'est l'une des conséquences les plus fréquentes des habitudes d'intempérance; toutes ces nuances sont incontestablement difficiles à saisir. Que devons-nous en conclure? C'est que la forme seule du délire ne suffit pas pour porter un diagnostic différentiel, entre l'alcoolisme chronique et la paralysie générale avec délire lypémaniaque ; c'est qu'il faut recourir à l'observation attentive des troubles somatiques.

2° Ceux des troubles somatiques qui appartiennent plus spécialement à la paralysie générale vous ont été décrits au diagnostic différentiel de la paralysie générale mélancolique et de la mélancolie simple (p. 494); ceux qui appartiennent plus spécialement à l'alcoolisme sont les suivants :

Troubles digestifs (gastralgie fréquente), fourmillements des pieds et des mains, anestliésie cutanée, non plus momentanée, mais durable; troubles de la vision, affaiblissement de l'acuité visuelle, diminution des appétits sensuels précédée parfois d'une notable excitation ; tremblement des mains, plus tard des bras et des jambes, — accompagné le plus habituellement d'un affaiblissement musculaire.

Mais en somme bon nombre de troubles somatiques sont com-

PARALYSIE GENERALE A FORME MELANCOLIQUE

muns aux deux états. C'est précisément ce qui rend le diagnostic si difficile et parfois impossible, bien que, comme nous l'avons déjà dit, les deux états soient caractérisés par des lésions anatomiques essentiellement différentes. Il n'y a que les médecins très versés dans les maladies mentales qui peuventarriver à diagnostiquer avec une certaine exactitude. Et encore ne doivent-ils pas se flatter de l'espoir de porter un diagnostic immédiat; le plus souvent une longue observation est nécessaire et le médecin est alors guidé par la marche de la maladie (1).

d. Délire panophobique. — Il offre aussi avec le délire mélancolique des paralysés certaines analogies qu'il nous semble bon de signaler.

Le délire panophobique a été très bien étudié par Morel (2). Cet auteur a eu occasion d'en observer de nombreux cas à l'asile de Rouen pendant et après les événements de 1870 et 1871. La description qu'il a faite de ce délire sous le titre de délire panophobique des aliénés gémisseurs montre qu'il doit être bien difficile, dans certains cas, de différencier ce délire de celui des paralysés. Le délire des panophobes gémisseurs se caractérise par une anxiété des plus vives s'étendant à toutes choses et surtout aux intérêts immédiats de l'existence.

Les malades soumis à des terreurs inimaginables dont ils ne s'expliquent pas la raison, poussent des gémissements incessants pendant des semaines, des mois, des années. — Leur délire n'a rien de coordonné. Cependant beaucoup craignent d'être mis à mort ou d'être condamnés à des peines déshonorantes ou d'être ruinés, dépossédés. Cette panophobie se complique quelquefois d'hypochondrie ; quelques-uns se croient morts et gardent une immobilité cadavérique.

Vous voyez tout de suite combien le diagnostic doitêtre parfois difficile. Comme dans la paralysie générale le déhre n'est pas connu, il a souvent un caractère d'absurdité bien propre à induire en erreur^

(1) J'ai publié dans mon Traité dé la pdralijsié gériérale, page 70, une obserVatiori d'alcodiisrlie avec délire de grandeurs, de richesses, qui a guéri, et dont les détails rendent le diagnostic très intéressant.

(2) Morel, An», méd.-psych., 1871.

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