PATHOGÉNIE DU DÉLIRE MÉLANCOLIQUE
it, quand il s'y joint du délire liypochondriaque, le diagnostic basé iniquement sur le délire nous semble être de toute impossibilité. \.vant de vous prononcer, vous devrez attendre l'apparition des signes somatiques de la paralysie générale, ou bien l'apparition du iélire ambitieux.
Heureusement le délire panophobique est très rare ; les cruels événements qui ont eu pour théâtre le pays où Morel observait, ont ■ait naître un nombre relativement considérable de délire de ce ^enre; mais il est exceptionnellement observé en temps ordinaire. Un caractère qui pourrait encore permettre de différencier le délire Danophobique du délire dépressif des paralytiques, c'est l'absence i'hallucinalions. Les hallucinations, bien qu'on en ait dit, sont ïiabituelles au début delà paralysie générale, elles ne disparaissent l'ordinaire que quand survient une démence assez accentuée; chez ies panophobiques, au contraire, les hallucinations paraissent, l'après Morel, faire complètement défaut.
Un autre caractère différenciel est tiré de la marche de la maladie : le délire panophobique dure quelquefois pendant très longtemps, pendant des années, sans troubles somatiques correspondant, par leur gravité, aux troubles intellectuels; la vie persiste très longtemps ihez les malades panophobiques ; chez les paralysés, au contraire, )n n'observe jamais bien longtemps un délire aussi continu et aussi semblable à lui-même, et la maladie prend rapidement une marche "atale.
Patliogénie du délire mélancolique.
Messieurs, nous allons maintenant étudier le délire mélancolique proprement dit et le délire hypochondriaque.
Il y a lieu d'examiner deux ordres de causes : les causes somatiques et les influences morales.
Des causes somatiques. — Nous ne savons rien de bien précis à cet égard ; on n'a pas encore déterminé quelles sont les parties du cerveau, quelle est la couche de cellules (en admettant qu'elle existe), qui président à la maniiestation des idées mélancoliques. Des recherches personnelles qui remontent à 187G (1) m'ont pour-
(1) Leçons clini<}ues sur les rnaltldies mentales, 1876, p. 60 et suiv.
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tant appris que dans la mélancolie simple, d'origine sensorielle et hallucinatoire, c'étaient dans les circonvolutions pariétales, surtout les deuxièmes (en rapport avec les couches optiques), que sont placées spécialement les lésions (1); mais je n'ose pas encore proposer d'explication pour le délire mélancolique dans la paralysie générale; tout ce que nous savons, c'est qu'en général les lésions cérébrales sont diffuses dans la paralysie des aliénés, puisqu'elles sont le résultat des troubles vasculaires. Or cette diffusion de la lésion n'est pas, à mon avis, sans importance; elle exphque pourquoi le délire est général dans la folie paralytique, pourquoi le délire n'est jamais partiel ou, s'il l'est dans le début, ne le reste pas longtemps. Un processus qui envahit simultanément tous les éléments de l'appareil nerveux, doit nécessairement en troubler les diverses fonctions; de là le délire géné ral : la mémoire, le jugement, la sensibilité affective, le caractère sont également et simultanément altérés.
Cette manière d'expliquer pourquoi le délire des paralytiques est un délire général, nous semble de nature à corroborer l'opinion de Delasiauve sur les délires généraux, basée uniquement sur les considérations psychologiques. Pour Delasiauve, le délire est nécessairement général, chaque fois que telle ou telle fonction de l'intelligence est lésée, à cause des connexions intimes qui existent entre les diverses fonctions intellectuelles : l'attention fixe les conquêtes de la mémoire, l'imagination les féconde, le jugement les utilise; toute irrégularité partielle entraîne l'irrégularité de l'ensemble, tandis qu'un délire qui porte sur les facultés morales ou instinctives peut être partiel, car les sentiments sont indépendants les uns des autres; de même les instincts, loin de s'impliquer, s'excluent fréquemment.
Ainsi le délire mélancolique de la périencéphalite est un délire général, à cause de la diffusion de la lésion qui le produit; aussi le terme de lypéraanie, en tant que s'appliquant à un délire partiel, doit autant que possible être banni du langage, -lorsqu'il s'agit de paralysie générale. Ce n'est que dans des cas exceptionnels que la lésion de la paralysie générale débute spécialement par telle ou telle partie de l'appareil cérébral ; on a alors affaire à ces paralysies
(1) Voy. plus haut, p. 106.
l'ATUOGÉNIE DU UKI-llUi MELANGOIJoUE.
înérales frustes dont la symplomatologie peut varier à riiiiiiii.
Les lésions cérébrales nous semblent encore, dans certains cas, 'cpliquer la forme mélancolique du délire ; non pas que nous adleltions l'opinion émise par Gubler et consignée dans la thèse e Materne, que la mélancolie est en rapport avec l'anémie du srveau, tandis que le délire de grandeur est produit par la conestion de l'encéphale. Cette hypothèse n'était pas fondée sur un ombre d'observations suffisant; en outre, nous avons observé bon ombre de cas de mélancolie avec congestion, surtout à la suite des èvres graves ou pendant les fièvres graves; mais nous admettons rès volontiers l'influence de la congestion des couches optiques sur i production des hallucinations. Les travaux de Luys ont mis n lumière les fonctions des couches optiques relatives à la sensidlité; nos observations ont aussi montré la relation qui existe entre 1 congestion des couches optiques et des centres sensoriels de la lase et la production des hallucinations de la vue et de l'ouïe. Or, si 'on songe à la fréquence des hallucinations au début de la paralysie énérale, à l'influence des hallucinations sur la production du [élire mélancolique, on ne sera pas éloigné de croire que la con- ;estion des couches optiques n'est pas étrangère, dans certains cas, . l'apparition du délire mélancolique. Quant à l'opinion développée lar Austin, qui considère le délire luélancolique avec ou sans lallucinations, comme lié à un état morbide des couches optiques, lous ne pouvons pas l'admettre, car elle est Iroji absolue, et aux ibjections faites par Skac {Edinùiu'fjh iHedica/ Joiirjud, avril 1860) i cette manière de voir, nous ajouterons que nous avons fait bien les autopsies de fous paralytiques mélancoliques sans rencontrer le congestion des couches optiques. Nous n'en avons trouvé (|ue pumd le délire mélancolique avait été le résultat évident d'hallucinations.
Relativement aux influences morales, nous devons être tout aussi 'éscrvé. On serait porté à croire à priori ((ue les influences dépressives, longtemps prolongées chez un individu qui devient ultérieu- ■ement paralysé général, doivent retentir sur le caractère de son lélire et lui donner une teinte mélancohque; cette opinion ne serait
(1) Limier, Influence des cvéneincnls de 187U-71 sur le mmirement de raliénation menlale, m France (Ann. méd.-psiichol. , 1874).
VOISIN. — Leçons cliniques. ù4
PARALYSIE GÉNÉRALE A FORME MÉLANCOLIQUE
pas le moins du monde conforme à la vérité, si l'on en croil Limier, qui a eu occasion d'étudier sérieusement l'influence des circonstances extérieures sur le caractère du délire.
Pour nous, nous ne pouvons pas nous refuser à admettre l'influence des causes déterminantes de la folie sur la forme du délire ; cela nous semble incontestable pour ce qui est de la folie simple ; et, relativement à la folie paralytique, nous voyons trop de paralysies générales à forme mélancolique depuis plusieurs années pour pouvoir nier l'influence des douloureux événements de 1870-71. Il faut bien se rappeler que la paralysie générale est une maladie à marche lente dont le germe peut remonter aux événements de 1870 et dont les manifestations ne sont sensibles qu'en 1873-74. A l'heure qu'il est (1881), nous nevoyor.s, pour ainsi dire, plus que des paralysés généraux mélancoliques, surtout dans le début. Ces changements dans les formes des maladies ont incontestablement leur raison d'être; ils ne sont pas des effets du hasard ; ils sont inexpliqués, mais non inexplicables. Les événements que nous avons traversés en 1870, 1871, les prcocupations financières, politiques, etc., qui nous tiennent en suspens depuis 1871 , ne sont pas sans influence sur la forme mélancolique qu'affecte la paralysie générale, surtout parmi les malades de la classe aisée. Nous ne voulons pas terminer ce qui a rapport à l'influence des causes morales sur le caractère mélancolique du délire, sans parler de la mélancolie produite par des idées de grandeurs. Le délire des grandeurs n'est pas toujours l'indice d'un bonheur parfait ; les souverains « des petites maisons » déplorent parfois avec amertume l'injustice de leurs prétendus sujets, ils se figurent qu'ils sont d'une origine illustre et qu'on leur a substitué pour des raisons politiques des individus de basse origine. Ces idées sont pour eux la source d'un véritable délire de persécution, sur lequel Foville aappelé l'attention.
Influence de la pellagre sur le caractère dit délire dans la paralysie générale. — H y a lieu encore de se demander si la paralysie générale pellagreuse revêt plus souvent la forme mélancolique que la forme expansive. On sait que le délire des pellagreux non paralysés généraux revêt presque constamment la forme mélancolique avec idées de suicide. Il est permis de supposer à priori que le délire des pellagreux paralysés doit aussi revêtir la forme mélancolique. La