PATHOGÉNIE DU DÉLIRE HYPOGHONDRIAQUE
orme ambitieuse a été notée par Bailla rger chez les pellagreux le Lombardie (à l'hospice de la Senavra) ; l'auteur a même appelé 'attention sur le contraste qu'il y a entre la modicité des désirs am- )itieuxdeces malheureux paysans, lorsqu'ils ne sont pas malades, it l'extravagance de leurs idées ambitieuses, sitôt qu'ils deviennent )araly tiques.
Patlwgénie du délire hypochondriaqiie. — Tandis que le délire méancolique proprement dit est parfois produit par des hallucinations le la vue, de l'ouïe, le délire hypochondriaque est plutôt le résultat V illusions de la sensibilité générale et de sensations douloureuses or- ;aniques. Il ne faut pas oublier que les fous paralytiques ne sont pas oxAcmmi aliénés^ que tous les appareils de leur économie sont plus lu moins vite et plus ou moins profondément lésés. Leur sang n'a lertainement pas la consistance et la constitution du sang normal. 7est ce qui ressort de travaux de Michéa et de mes études péronnelles. Je suis fréquemment frappé de l'apparence morbide de a rate dont on sait l'importance comme organe hématopoïétique. ja rate est tuméfiée ; son tissu est pâle, mollasse ; on en obtient )ar le raclage, avec le manche du scalpel, une sorte de bouillie jrenue. Leurs intestins et leur foie, leurs reins, leur cœur, leurs loumons, leur moelle, sont, comme leur cerveau, lésés dans leur onstitution et dans leurs diverses fonctions; de là, sans aucun ioute, des troubles variés dont nous ne pouvons pas nous rendre ompte, et que les malades traduisent à leur façon, en disant qu'ils ntles intestins bouchés, le foie pourri, etc., etc.
D'une façon générale, il faut se garder de considérer le délire lypochondriaque comme un délire survenant sans motif, sans lésions, je délire hypochondriaque simple a en général pour raison d'être ine lésion somatique passagère quelquefois, et alors elle échappe à 'analyse, permanente le plus souvent, qu'on peut dès lors retrouver L l'autopsie (maladies de la matrice, lésions du plexus solaire) (i) ; . plus forte raison, doit-on penser que le délire hypochondriaque des laralysés n'est pas sans reposer sur quelque fondement. Il doit être, lans la plupart des cas en rapport avec des lésions viscérales. Ce [ui le prouve, c'est la gravité, signalée par tous les auteurs, de la
(i) Voy., Leçons cliniques .sur les maladies mentales, 1874, p. 161.
i'AIIALVSIE GÉNÉRALE A FORME MÉLANXOLIQI E.
paralysie générale à forme hypochondriaque. Doit-on dire que la gravitéde la paralysie générale hypochondriaque lient à la forme du délire, et n'est-il pas plus logique de penser que la forme du délire tient à la gravité des lésions ?
J'adopte la deuxième manière de voir. On rencontre chez les paralysés généraux des lésions variées que nous allons étudier rapidement, et qui sont parfois si profondes qu'on doit s'étonner de voir si rarement du délire hypochondriaque dans la paralysie générale. Ces lésions portent :
1° Sur la moelle; elles peuvent alors provoquer de l'anesthésie et de l'hyperesthésie;
Sur le nerf grand sympathique et sur les viscères; elles peuvent influencer la nutrition ;
3° Sur le cerveau.
Lésions de la moelle. — Elles sont fréquentes, sinon constantes, dans la paralysie générale, et leur siège me paraît comporter des troubles de sensibilité générale, de nature pénible, qui peuvent amener des idées tristes. En effet, rien n'est plus fréquent que d'observer dans la substance grise centrale, et plutôt dans les cornes postérieures, une hyperhémic intense, accompagnée d'endartérite et suivie plus tard do lésions des cellules.
De plus, les méninges de la moelle présentent d'une façon constante des altérations qui pourraient bien seules expliquer des douleurs et des sensations pénibles. Ces altérations consistent en méningite spinale postérieure, méningite postérieure, caractérisée par del'hypcrhémiejdes tractus celluleux,des néomembranes, au milieu desquelles sont pris et pincés les fdets des racines postérieures, et, au microscope, par une multiplication extraordinaire de noyaux embryoplastiques et de cellules embryonnaires, dans les parois et le jong des vaisseaux et dans les parties avoisinantes des méninges. On aperçoit aussi au microscope les fibres nerveuses des racines postérieures entourées d'une énorme quantité de ces noyaux; on comprend facilement, à la vue de ces altérations, qu'il se produise par leur fait des troubles de la sensibilité générale de nature douloureuse ou simplement pénible. Je comparerais volontiers les sensations que ces malades doivent éprouver au malaise que détermine la compression d'un membre, d'un doigt ou d'un nerf. Le malade
LÉSlOiNS DE J,A MOELLE.
peut ressentir de l'engourdisseraent, des battements, et si l'on réfléciiit que ces lésions du cordon médullaire sont ordinairement très étendues, on comprend l'état pénible dans lequel sont plongés les malades. A ces lésions médullaires il faut ajouter l'inflammation de l'épendyme du canal central de la moelle.
Ces douleurs névralgiques produites par la lésion de la moelle épinière et de ses membranes ne sont pas les seules qu'on observe dans la paralysie généi'ale. Nous avons vu que souvent, bien longtemps avant l'apparition de la paralysie générale, les malades étaient tourmentés par des douleurs névralgiques de la face et du reste de la tête. Ces douleurs persistant, lorsque la paralysie générale est déclarée, peuvent expliquer dans cerl;iins cas le délire mélancolique et le délire hypochondriaque. Peut-être sont-ce des phénomènes de paraplégie légère, qui font dire aux malades qu'ils n'ont plus de jambes; le raisonnement n'étant plus là pour rectifier le jugement, les malades portent une appréciation qui nous semble absurde et non fondée, mais qui a probablement sa raison d'être dans des troubles parésiques. Chez une malade qui prétendait avoir une double langue, il y avait de l'embarras de la parole. C'est peut-être cette gêne dans l'articulation des mois qui avait suscité à cette femme l'idée d'une double langue, dont « l'une, accessoire, s'enroulait autour de la première et en empêchait le libre fonctionnement». Chez les individus qui disent avoir l'estomac bouché, le gosier bouché, l'intestin bouché, nous ne serons pas le moins du monde éloigné de croire que ces idées hypochondriaques sont le résultat d'illusions, et que ce sont des spasmes, de la constipation, qui donnent naissance à ces conceptions délirantes: nous avons pu voir au conmiencement de 1874 un officier qui a été interné à Charenton ct(pii, après avoir présenté pendant cinq mois le délire de satisfaction, comme on ne le rencontre que dans la paralysie générale, fut pris un matin de délire hypochondriaque. Le malade disait qu'il était bouché, il refusait absolument de manger; nous insistâmes tellement pour qu'il prît une cuillerée de potage, que nous parvhimes à la lui laire avaler, et, sitôt la première cuillerée prise, le malade dit qu'il était débouché, et il continua à manger sans grande difficulté. Cette obturation était-elle autre chose qu'un spasme du pharynx? L'idée de spasme
PARALYSIE GÉNÉRALE A FORME MÉLANCOLIQUE
se présenta seule à notre esprit. Baillarger a d'ailleurs noté le fait suivant chez les malades qui refusent de manger, c'est que, sitôt que de gré ou de force on leur a fait prendre quelque aliment, ils peuvent continuer à manger d'eux-mêmes.
Les spasmes du gosier sont mentionnés dans une observation de Baillarger (1). Le spéculum pharyngien nous paraît bien propre à faire cesser ces spasmes du pharynx; aussi l'employons-nous de préférence à la sonde qu'on passe par le nez pour l'alimentation forcée de ces hypochondriaques.
Quant à la constipation, elle est aussi probablement la cause de beaucoup de délires hypochondriaques.
Influence de la constipation sur le délire hjpochondriaque. — Un de nos collègues nous a communiqué à cet égard une observation bien concluante : il s'agit d'un officier de marine atteint depuis deux ans de paralysie générale avec des alternatives de délire hypochondriaque et de délire expansif (ce malade est arrivé à la fin de la première période). Pendant le mois dernier, le délire a revêtu la forme hypochondriaque. Le malade se disait bouché, se plaignait de douleurs vagues dans les entrailles, mangeait peu; il était alors très constipé, restait pendant cinq ou six jours sans aller à la garde-robe, et tous les médicaments échouaient contre cette constipation ; la podophylle n'avait pas encore été essayée; l'administration de ce purgatif provoqua des selles régulières, et, du jour où les fonctions alvines reprirent leur cours normal, on vit disparaître les idées hypochondriaques. Le malade est aujourd'hui dans une période de délire expansif. Il y a bien probablement entre cette disparition du délire hypochondriaque et le rétablissement des garde-robes, plus qu'une simple coïncidence, il y a sans doute un rapport de cause à effet.
Nos observations mentionnent d'ailleurs souvent la constipation chez les paralysés généraux hypochondriaques.
Peut-être existe-t-il, comme Michéa a cherché à le démontrer (2), un rapport de cause à effet entre l'analgésie et cette variété de délire hypochondriaque, qui fait que les malades perdent la conscience de leur identité; Fodéré et Bûchez [Journal des progrès,
{{)^a\\\ATg(iv, Paralysie générale terminée par la dialhése gangreneuse [Union médicale, 1858).
(2) Michoa, Ann. méd -psychol., 1864. — Gaz. hebd. (De l'analgésie chei les aliénés, 1856).