‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 154 sur 207 · ÉPILEPSIE SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE SYMPATHIQUE

reuse de la substance cérébrale et des produits de nouvelle formation des méninges, etc.

Briand a observé deux cas d'épilepsie traumatique consécutive à du traumatisme des extrémités (1).

Les lésions traumatiques du cerveau, de ses enveloppes et même des os du crâne, ont produit parfois l'épilepsie. C'est ainsi que j'ai vu un jeune homme atteint à deux ans et demi de fracture grave de l'occiput, et affecté depuis d'épilepsie et d'atrophie du membre supérieur gauche.

Les maladies diverses du cerveau et de la moelle épinière, les tumeurs cérébrales, peuvent être de même des causes d'épilepsie.

De même encore, les fièvres cérébrales de l'enfance, les méningites, engendrent des produits plastiques, des collections séreuses qui sont des causes occasionnelles (S).

L'épilepsie spinale, ainsi désignée par J. Frank et décrite pour la première fois par Harlem, peut se produire dans les circonstances que je viens d'énumérer, ainsi que par sclérose en plaques dissé-. minées.

8" Épilepsie si/mpathiqite. — Lorsqu'une cause excitanle quelconque produit l'épilepsie en agissant sur l'axe cérébro-spinal, par l'intermédiaire d'un nerf sensitif ou du grand sympathique, l'épilepsie est dite réflexe ou sympathique.

Le trijumeau est un des nerfs sensitifs dont l'irritation produit le plus souvent le haut mal : ainsi, chez unépileptique de Bicêtre, l'alfection a été déterminée par le séjour prolongé d'un morceau de verre sous le cuir chevelu de la région temporale droite, et a persisté depuis, malgré l'ablation du corps étranger.

La dentition est une des causes les plus fréquentes d'épilepsie sympathique ; nombre d'enfants qui ont eu des convulsions dentaires restent épilcptiques.

Il faut absolument rapprocher de ces cas d'épilepsie produits par les excitations morbides du trijumeau le vertige que déterminent des lésions de l'oreille interne (Ménière); l'examen des organes de

(1) K. Briand. Épilepsie traumatique (Guiette des hôpitaux, 25 septembre 1869, p. 438, et ■2 avril 1870).

(2) Jos. Frank, Praxeos rnedicae. Lipsiae, 1821 , pars. Il, vol.l, sect. II. De morbis nervoruni, cap. XI.

DE L'ÉPILEPSIE

l'ouïe est important à faire chez tout épileplique, et peut mener à des résultats thérapeutiques.

L'influence des excitations morbides des nerfs spinaux sur l'épilepsie n'est pas assez suffisamment prouvée par l'observation pour qu'on puisse rien affirmer de précis à cet égard, mais pourtant si l'on considère les expériences de Brown-Séquard, les effets delà section d'un nerf sciatique et les observations de guérison après ablation de tumeurs qui étaient sur le trajet de nerfs spinaux, on comprend que l'épilepsie sympathique soit possible dans des conditions analogues (i).

Le nerf grand sympathique joue un rôle considérable dans l'épilepsie réflexe. En effet, les impressions même des organes auxquels se distribue le grand sympathique peuvent à leur tour, en se propageant à la moelle ou à l'encéphale, déterminer la réaction de parties animées par les nerfs cérébro-rachidiens ; ainsi les irritations du canal intestinal, chez les enfants, déterminent des convulsions; un .calcul engagé dans l'uretère détermine des vomissements, etc.

Les nombreux rapports du grand sympathique avec les organes génitaux internes, par les plexus spermatiques ovariques et les filets que le plexus hypogastrique fournit au canal déférent, au vagin, à l'utérus et à l'ovaire, expliquent comment la menstruation, la copulation et l'onanisme exercent une si fâcheuse influence sur l'épilepsie. J'ai donné des soins à un jeune homme dont l'épilepsie était survenue consécutivement à la masturbation dans le trou d'échappement du fond d'une baignoire et à un traumatisme grave qu'avait causé le gonflement de la verge dans cet orifice. On ne saurait trop s'élever contre l'opinion des médecins qui conseillent le mariage comme moyen de guérison de l'épilepsie.

Il nous paraît résulter de cet exposé que le mal comitial peut être le résultat d'irritations ressenties par le grand sympathique viscéral. Des irritations portant sur les filets du grand sympathique qui accompagnent les artères peuvent aussi déterminer le mal comitial ; l'épilepsie est dite alors vaso-motrice.

Dans cette variété d'épilepsie, il esta noter que les parties où le malade ressent des fourmillemen ts et souvent une sensation de froid,.

(1) Brown-Séquard, Recherches sur l'épilepsie causée parla section du nerf sciatique chez- les animaux {Archives de physiologie, 1870).

INFLUENCES LUNAIIlE ET ATMOSPHÉKIQUE.

pi-ésentent un abaissement de température et une diminution de sensibilité. C'est ainsi que les malades ont dans ces points 4 à 5 degrés de chaleur de moins qu'ailleurs.

En dehors de ces causes organiques que nous venons d'énumérer, il est un autre ordre de causes qui jouent un grand rôle dans l'épilepsie. On peut dire que tout phénomène extérieur plus ou moins extraordinaire, toute impression, toute excitation de la sensibilité générale des sens, tout écart de régime, toute fatigue exagérée, tout excès, surtout alcoolique, absinlhique, toute émotion, est apte à provoquer le retour d'attaques chez un individu en puissance d'épilepsie.

L'influence des phases lunaires a été diversement interprétée par les auteurs anciens et modernes, mais cette croyance n'a pas résisté à des observations bien faites par Leuret et Delasiauve.

L'état hygrométrique n'a pas non plus la moindre influence.

Quant à l'état électrique, j'ai pu me rendre compte de son action pendant le tremblement de terre de Paris, qui en septembre 1866 a été accompagné de perturbations électriques si manifestes. Je me suis assuré que le nombre des attaques chez les adultes et les enfants de mon serviceàBicôtre n'a nullemcntété modifié pendant les jours qui ont précédé et suivi ce phénomène terrestre, pas plus que pendant les quelques heures qui l'ont accompagné.

Il est encore un point d'étiologie qu'il serait très intéressant d'élucider, c'est l'influence de la nuit et du jour ; j'ai essayé de m'éclairer sur ce point, j'avais pensé que chez des malades atteints seulement d'accès nocturnes, la position horizontale était la cause occasionnelle: une disposition presque verticale du lit n'empêcha pas les accès de se reproduire.

On peut encore se demander pourquoi tel malade a toujours ses accès au même moment de la journée ou à peu près. C'est ainsi que je donne des soins à un jeune homme qui n'a jamais d'attaques que peu de minutes après qu'il est sorti de son lit.

Le passage trop brusque de l'abstinence ou d'une alimentation insuffisante à une nourriture forte pourrait (Russell-Reynolds) (1) provoquer l'épilepsie par suite d'une stimulation exagérée. C'est ainsi

(1) PiUSsell-KeynoMs, /?/)i/p;),'(i/. London, 1861.

i;ÉPILEPSIE.

({u'uii pourrait expliquer l'épilepsie chez ces dix-huit nuitelots naufragés, qui, recueillis nprès avoir passé sept jours sur un rocher dans l'abstinence la plus absolue, devinrent l'objet des plus grands soins, mais furent tous frappés d'épilepsie dans l'espace de quelques semaines.

Il est enfin une théorie toute chimique de l'épilepsie qui a été donnée par Paulet(i). Cet auteur pense que la cause prochaine de l'épilepsie est une altération spéciale du sang, caractérisée par la présence insolite d'une certaine proportion de carbonate d'ammoniaque; les observations qu'il a données sont intéressantes en ce qu'il a pu constater l'alcalescence de l'urine plusieurs heures avant les attaques épileptiques.

Je ne crois pas que l'on puisse généraliser ces faits ainsi que voudrait l'établir Paulet. On rencontre bien en effet du carbonate d'ammoniaque en excès dans l'urine d'épileptiques, mais c'est ordinairement après les attaques et surtout lorsqu'il en est survenu un grand nombre; cet excès de carbonate dans l'urine est alors dû à la fièvre que détermine l'état de grand mal, et il a son analogue dans l'haleine fortement ammoniacale de ces malades.

(1) Paulet, liecliei cites expérimentales et cliimiques sur la cause procliaine de l'épilepsie, 1867.

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