‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 16 sur 207 · INSUFFISAINCE DE LA CLASSIFICATION ACTUELLE · texte numérisé non relu

INSUFFISAINCE DE LA CLASSIFICATION ACTUELLE

En classant daps la môme catégorie toutes les folies alcooliques, on arrive à rapprocher des hémorrhagies cérébrales et méningées, des dégénérescences graisseuses, des méningites chroniques.

La même difficulté se présente pour l'hypocondrie que l'on rencontre dans la folie simple et dans la paralysie générale. Il faut donc, à mon avis, rejeter toute classification fondée sur l'étiologie seule. Ainsi que pour toutes les branches de la médecine, le progrès en pathologie mentale n'est possible que par la participation de l'anatomie pathologique, et toute classification qui voudra être rationnelle devra être établie sur l'étiologie, la pathogénie, la clinique et l'anatomie pathologique.

Je suis d'autant plus convaincu que ce doit être dorénavant la base de toute étude en médecine mentale, que je ne crois pas avoir fait encore une autopsie d'aliéné sans trouver des lésions soit cérébrales, soit extra-cérébrales : les unes visibles à l'œil nu, fait déjà démontré par Parchappe; les autres appréciables seulement au microscope, et, du reste, c'est surtout par un examen microscopique que l'on constate des états pathologiques fondamentaux qui auraient échappé sans ce moyen d'investigation. C'est ainsi que l'on peut réaliser des progrès, c'est par l'emploi du microscope et l'étude de la physiologie expérimentale que la pathologie mentale participera aux progrès des autres parties de la médecine.

Sans examen microscopique, en effet, nous aurions pu considérer comme sains non seulement des cerveaux d'aliénés, mais encore des cerveaux d'idiots. Voici un encéphale d'idiote qui paraît sain à l'œil nu; ses circonvolutions ont une apparence normale, les méninges sont minces, nullement opalines ; eh bien ! au microscope, les lésions sont considérables, et l'on trouve un état graisseux très avancé de la plupart des capillaires cérébraux, des altérations granulo-graisseuses et pigmentaires des cellules cérébrales.

Chez les aliénés, les lésions que j'ai rencontrées sont de plusieurs ordres ;

1° Lésions intra-céréhrales. — Tantôt j'ai trouvé des produits de congestion cérébrale; mais, remarquez-le bien, et j'insiste suc ce point, je dis des produits de congestion et je ne dis pas de la congestion, car ce dernier état peut se produire au moment de la mort et constituer un phénomène essentiellement transitoire. Les

INFARCTUS CÉRÉBRAUX.

produits que j'ai observés étaient constitués, tantôt par des éléments du sang transsudés k travers les parois vasculaires, ou par des apoplexies capillaires, des épanchements dans les gaines, soit récents, soit transformés en hématine ou en hématosine, ou bien encore j'ai rencontré des altérations des capillaires consistant en dilatations ou en dégénérescence graisseuse que je considère comme étant liée, dans beaucoup de cas, à une suractivité fonctionnelle exagérée. C'est ainsi que, sur une femme jeune qui peut servir de type et qui était atteinte d'une mélancolie avec tendance au suicide, et qui avait succombé à des complications intercurrentes, les vaisseaux méningés étaient anormalement vascularisés; les méninges ellesmêmes présentaient de petites ecchymoses, sans cependant offrir d'adhérences à la substance cérébrale; la substance grise offrait en plusieurs points un pointillé très abondant et de petites taches noirâtres de la grosseur d'une tête d'épingle ; dans d'autres points (lobe postérieur gauche), la substance cérébrale était un peu molle et se dissociait sous le filet d'eau; plusieurs coupes montraient une vascularisation exagérée ; les veines des plexus choroïdes étaient gorgées de sang; l'examen microscopique des parties congestionnées m'a montré, ainsi qu'à mon élève Henry Liouville, des vaisseaux gorgés de globules, des épanchements d'hématosine, de riiématine, et dans les gaines lymphatiques un assez grand nombre de granulations brillantes, arrondies, réfractant fortement la lumière, soit isolées-, soit en amas, et se trouvant le plus souvent au niveau des bifurcations vasculaires.

On trouve aussi fréquemment des infarctus représentés par des grarmlations très petites et noires, et formés par les transformations successives des matières colorantes du sang. Tous ces produits indiquent qu'il s'est fait à une période plus ou moins avancée des épanchements globulaires, des arrêts circulatoires dans les petits vaisseaux. IjCs cellules cérébrales ne restent pas indemnes au milieu de tous ces troubles nutritifs : chez des individus jeunes, âgés de trente à trente-cinq ans, vous les trouvez plus ou moins pigmentées et contenant des granulations graisseuses qui masquent leur noyau; cette lésion qui, chez un sujet âgé, n'offrirait aucune inqiortance à cause de sa grande fréquence, prend chez le sujet jeune une signilication toute particulière.

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