DIAGNOSTIC
Lorsque le médecin apprend que les ascendants n'ont jamais été atteints d'affection de nature tuberculeuse, scrofuleuse, syphilitique, que la maladie a suivi une grande émotion, une peur, qu'elle n'a pas été consécutive à une affection aiguë quelconque ayant retenti d'une façon intense sur les centres nerveux, que le malade a toujours été d'une grande impressionnabilité, que les phénomènes morbides se manifestent très franchement sous forme d'absences, de vertiges, d'accès ou d'atta([ues, il peut être à peu près certain que l'épilepsie est idiopathique et n'est qu'une névrose; je dirai encore qu'on ne doit pas s'appuyer sur l'existence de convulsions unilatérales ou limitées à un membre, pour soutenir que l'épilepsie n'est pas dans ces conditions une simple névrose.
Si, au contraire, le médecin apprend que des ascendants sont tuberculeux, scrofuleux, que la maladie a été consécutive à une affection aiguë ou à un traumatisme du cerveau qui a porté atteinte aux centres nerveux, arrêté ou altéré l'intelligence, amené une parésie d'un membre, d'une moitié ou d'une partie de la face, d'un sens, il peut être certain qu'il a aiïaire à une épilepsie symptomatique.
La possibilité de lésions cancéreuses, syphilitiques, tuberculeuses du cerveau, doit toujours être présente à l'esprit; aussi l'examen de tous les organes ne devra jamais être négligé, car il est rare que dans ces cas on ne découvre pas une céphalalgie fixe, bien localisée, ou des lésions des sens, de la motilité, etc.
De même que cela s'observe pour les attaques convulsives qui sont symptomatiques d'un ramollissement cérébral partiel, il existe quelquefois une aura dans le côté du corps opposé à la lésion, et en particulier le plus souvent à l'épaule opposée.
Selon MM. Gros et Lancereaux (1), le malade atteint d'épilepsie syphilitique accuse toujours des antécédents syphilitiques, chancres, bubons indurés, accidents secondaires. Au lieu de débuter d'emblée, l'épilepsie est presque toujours précédée de malaise, de céphalée nocturne avec ou sans exostoses, d'alopécie, d'ecthyma, etc. L'absence de l'hérédité, le développement tardif delà maladie qui n'éclate jamais avant trente ans, enfin sa curabilité sous l'influence de la médication spécifique, sont aussi des signes précieux.
(1) Gros et Lancereaux, Affections nerveuses syphilitiques. Paris, 1861.
DE L'ÉPILEPSIE
Pour ce qui concerne les épilepsies alcoolique, absinthique, saturnine, mercurielle, leur diagnostic découle en partie de la connaissance des antécédents, de l'habitus extérieur, de l'examen de l'haleine, des gencives et des ongles.
L'épilepsie produite par l'alcool, le vin, le cidre, se caractérise le plus ordinairement par des accès isolés survenant à longs intervalles; l'épilepsie absinthique par des accès qui se reproduisent en très grnnd nombre dans un très court espace de temps : ainsi j'ai signalé à la Société anatomique des cas d'épilepsie absinthique avec 150 à 200 accès en vingt-quatre heures ; depuis, Marcé etM. Magnan ont observé les mêmes faits.
L'épilepsie saturnine se reconnaît principalement par les antécédents, la connaissance de la profession, des habitudes du malade, le liséré gris des gencives, la teinte spéciale de la face, l'existence de coliques, de constipation, de parésie des extenseurs, des mains; quant aux accidents convulsifs eux-mêmes, ils ressemblent à ceux de l'épilepsie ordinaire : il y a des vertiges, de grands accès et des accès de manie.
Il en est de même dans l'intoxication mercurielle : j'ai vu un doreur sur glaces qui éprouve depuis plusieurs mois, en même temps que le tremblement, des vertiges caractérisés par une sensation "de tournoiement, une perte de comiaissance instantanée qui amène quelquefois la chute à terre, un mouvement d'inclinaison du tronc de droite à gauche et d'avant en arrière.
Dans ces cas, la connaissance des antécédents et les autres symptômes donnent la clef du diagnostic.
L'épilepsie sympathique est, si l'on accepte celle qui est liée à la présence de vers dans l'intestin, d'un diagnostic très difiicile.
Son allure est, en effet, en tous points semblable à celle de l'épilepsie idiopathique, et l'examen le plus approfondi ne permet pas de découvrir une action périphérique excitante.
On ne saurait trop se garder de croire que là où est l'aura, là est aussi la cause de la maladie; l'aura n'est, dans la très grande majorité des cas, qu'une sensation périphérique dont la cause est centrale.
Quant à l'épilepsie vermineuse^ comme elle est assez fréquente chez les enfants, il faut examiner les pupilles, demander s'il existe des démangeaisons nasales, anales, se faire montrer les selles et
Kl'lLEl'SlE SIMULÉE.
employer une inédicatioii appropriée qui lèvera souvent les duiiles (jue l'on aurait pu avoir.
Epilepsie si.MUEÉE. ■ — L'épilepsie est une des maladies ijui ont été le plus fréquemment simulées, parce qu'elle ne demande qu'une représentation momentanée, et qu'il est possible d'être bien portant dès que l'accès est passé (Tissot).
Pour ce qui concerne l'épilepsie all<''iiiir(\ on sait que l'on peut, même si l'on ne voit pas des attaques, soupçonner l'épilepsie à certains signes que le simulateur n'imite pas ordinairement, ne peut pas imiter ou imite mal : ainsi la morsure de la, langue, le piqueté de la face, les cicatrices sur les parties saillantes de la face, surtout au front, au menton, aux pommettes.
Les difficultés du diagnostic ne sont pas moindres pour ce qui regarde l'épilepsie simulée. On peut imiter la chute à terre, les convulsions, la rougeur de la peau, l'écume à la bouche en mâchonnant du savon, l'urination; il est vrai qu'on ne peut pas reproduire la pâleur de la face, la dilatation et l'immobilité de la pupille, non plus que l'insensibilité de la peau et des nuiqueuses; mais la pâleur de la face est un signe tellement fugace et rapide, qu'on ne peut compter sur lui, et des simulateurs peuvent, ainsi que je m'en suis assuré, porter les yeux tellement haut en arrière des paupières, qu'il est difficile de rien voir de précis du côté des pupilles; d'ailleurs l'insensibilité des pupilles et de la muqueuse oculo-palpébrale n'existe que dans les périodes tonique etclonique. J'ai aussi observé plusieurs cas d'épilepsie vraie où les pupilles ne se dilataient pas et n'étaient pas immobiles ; enfin j'ai vu des individus tellement peu sensibles ou tellement maîtres d'eux-mêmes, qu'à moins de les brûler, ils ne se seraient pas trahis.
Voici les princi})aux points sur lesquels je crois qu'on peut se fonder pour établir la réalité de l'épilepsie.
L'épileptique tombe partout indistinctement et le plus souvent en avant ; la face est p;ile ; les convulsions sont bornées à un côté ou » prédominantes de ce côté; les pupilles le plus souvent dilatées et presque toujours insensibles à la lumière; In sensibilité abolie; après l'attaque, l'individu l'este hébété, obtus et |)orle paiMbi^ de petites taches ecchymotiqiies sur la face et en (nirticuliiM au |uiiii tour des yeux.
VOISIN. — Leçons cliniques. 'i'd
DE L'ÉPiLEPSlE.
Le pouls enfin présente les caractères sphygmographiques les plus importants qu'il est impossible de simuler, et que je considère comme tranchant seuls la question de diagnostic dans certains cas difficiles.
Deux ou trois secondes avant que l'attaque commence, les courbes sphygmographiques sont moins hautes, plus arrondies et plus rapprochées. L'attaque survenue, on voit cinq à six petites ondulations successives et disposées suivant une ligne ascendante, puis une série de courbes très peu élevées ; ces courbes se prononcent davantage, présentent une convexité supérieure très accusée, donnant presque la forme d'une moitié de sphère; puis, au bout de quelques minutes, les lignes s'élèvent presque perpendiculairement à une hauteur trois ou quatre fois plus grande qu'avant l'attaque; elles présentent au sommet un angle plus ou moins aigu, puis redescendent en présentant les caractères les plus accusés du dicrotisme.
La durée de cette forme de pouls varie d'une demi-heure à une heure et demie, elle a même duré quelquefois six heures après une attaque.
Ces modifications du pouls ne sont pas propres àla grande attaque seule ; je les ai observées aussi dans le vertige (fig. 26 et 27).
FiG. 28. — Debierne : Tracé pris aussitôt après une course rapide.
Fig. 29. — Chevreau : Tracé pris après une course.
Fig. 30. — Tracé pris sur moi après une course rapide.
Lorsqu'on prend un tracé chez un homme sain ou un épileptique qui vient de se livrer à une course rapide ou k des efforts violents, on obtient des tracés qui n'ont rien de comparable avec les précédents (fig. 101, 102,103).