ÉPILEPSIE SIMULÉE
Depuis la publication de mon ménioire (4868), E. Boisseau a eu l'occasion d'appliquer ou de faire appliquer le sphyt^mographe chez plusieurs épileptiques à la fin d'attaques (i), et il a recueilli des tracés se rapprochant beaucoup des miens.
Cottardi a employé ce moyen avec succès chez un certain nombre de soldats italiens simulateurs. Les tracés qui accompagnent son mémoire sont absolument semblables à ceux que j'ai publiés (2).
J'ai pu essayer ce moyen de diagnostic chez des simulateurs et ac({uérir ainsi la conviction que le sphygmographe est appelé k donner les meilleurs résultats dans ces cas de simulation. Un indi vidu qui a fait le sujet de ces observations a abusé longtemps à l*aris de la crédulité publique et a échappé au service militaire. Placé d'abord comme épileptique à Bicêtre, il a été envoyé à l'asile de Glermont avec le même diagnostic. Là, après avoir passé l'âge de la conscription et après s'être assuré qu'il était exempt, il avoua au médecin qu'il simulait l'épilepsie. Depuis il a répété nombre de fois les attaques lorsqu'on le lui demandait. J'ai assisté à plusieurs d'entre elles et j'ai constaté que cet individu simulait à merveille l'épilepsie, mais que les caractères sphygmographiques du pouls différaient complètement de ceux que m'avaient offert des épileptiques (fig. 34,3-2, 33).
FiG. 31. — V... : Épileptique simulateur. Trace pris avant les attaques simulées, à jeun.
FiG. 32. — V.,. : Tracé pris quatre minutes après le début d'un petit accès simulé.
FiG 33. — V... : Quatre minutes après le début d'une attaque forte simulée.
Ces tracés me paraissent suffisamment démontrer combien les caractères du pouls que l'on constate après les vraies attaques d'épi-
(1) E. Boisseau, Des maladies simulées et des moyens de les reconnaître, Paris, 1870 in-8°.
(2) L. Cottardi, la Dtagnosi differenuale fra l'epilepsia vera e la simulata. Koma, 1879.
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lepsie diffèrent de ceux qu'on observe chez le simulateur; ces derniers nie semblent permettre dorénavant de découvrir la fraude avec une précision scientifique et avec une certitude d'autant plus grande, qu'il n'est pas nécessaire d'assister aux accès pour établir son diasnostic.
Lorsque vous serez, Messieurs, en présence d'un malade épileptiquc quel pronostic devez-vous porter? Le temps n'est plus où l'on pouvait imprimer à J'épilepsie le cachet de l'incurabilité, ainsi qu'on l'a fait jusqu'à ces derniers temps.
Une des premières questions que soulève l'étude du pronostic de l'épilepsie est celle de savoir si cette maladie peut guérir spontanément; quelques faits le prouvent, mais leur nombre est très peu considérable.
Je crois que l'épilepsie n'est que très exceptionnellement curable d'elle-même, et qu'il ne faut pas compter sur une chance aussi problématique.
La médecine d'action est, au contraire, arrivée aujourd'hui à des résultats très favorables.
. Un certain nombre de circonstances doivent être prises en considération dans le pronostic de cette maladie : l'hérédité, le sexe, la conformation, la complexion, l'âge, le tempérament, l'état mental, la moralité, les habitudes de l'épileptique, l'ancienneté de la maladie, la nature des accès (llerpin) (1), leur fréquence, leur retour de jour ou de nuit.
L'hérédité ne présente rien d'absolument fâcheux lorsqu'elle s'applique à la transmission de l'épilepsie. Ces cas, en effet, guérissent aussi bien que d'autres; mais il n'en est pas de même lorsque l'épilepsie héréditaire est liée à la transmission de la scrofule, de la syphilis et du tubercule. Elle est alors à peu près incurable.
Le sexe n'a aucune influence pronostique.
La conloiination du squelette doit être prise en considération; iiiusi,i| est l are qu'un individu qui présente une disposition vicieuse quelconipie du crâne guérisse, suiloul lorsque cette disposition porte sui- le diamètre antéro-postérieur de la tête. L'étroitesse de la
(Il HtTi'iii, Du iiruniisUc et du Irailemenl curulif de l'épilepsie. Paris, 1852, in-S".
PnONOSTlC DE L'ÉPILEI'SIE.
poitrine, sa forme dite en carène, sont aussi de mauvaises conditions.
L'âge a une influence pronostique des plus évidentes; l'épilepsie est très grave dans la première enfance jusqu'à dix ans, et dans la jeunesse, de vingt à trente ans.
Les tempéraments lymphatique, lymphatico-sanguin, sanguin, sont plus détavorables qne les autres, tandis que les épileptiques à tempérament nerveux simple guérissent ou s'améliorent facilement avec le bromure de potassium.
L'idiotie, la démence et la tendance au délire comitial, sont de mauvaises conditions, parce que ces phénomènes concomitants sont presque tous liés à des lésions cérébrales ou cérébro-méningées. Pourtant, lorsqu'un épileptique idiot on dément no présente pas de parésie ni de contracture, on peut le guérir de l'épilepsie et améliorer par la suite son intelligence.
La moralité de l'individu, ses habitudes, ont une grande influence; il suffit, en effet, d'un écart de régime, d'un excès do boissons, d'un abus de plaisirs vénériens, de l'onanisme, pour compromettre un traitement en bonne voie.
Le retour diurne ou nocturne des attaques est sans effet sur la curabilité de l'épilepsie, mais il en a un grand sur l'état de l'intelligence; il est, en effet, à noter que les attaques nocturnes altèrent beaucoup moins l'intelligence que les attaques diurnes. On peut se demander si cela ne tient pas à ce que l'épileptique qui est pris en dormant se repose, après la crise, dans un sommeil réparateur?
L'ancienneté de la maladie peut influer sur le pronostic. Ainsi, Herpin avait remarqué que les chances de succès étaient très grandes au-dessous de trois mois de durée.
La nature des crises a une valeur considérable : on no rencontre aucun cas rebelle chez les individus qui n'ont eu que dos vertiges, ou des accès, ou des attaques; mais le pronostic osl grave lorsqu'un épileptique présente réunies les attaques aux vertiges et aux absences.
Les climats froids paraissent avoir une mauvaiso innuciiro, si j'en juge pai" des observations prises à Moscou.
hlii/stero-épUepsit' est plus difficile à guérir que l'épih'psio ou l'hystérie isolées, et, si elle guérit, elle laisse toujours après elle
DE L'ÉPI LEPSIE.
quelque phénomène nerveux qui rappelle à la malade qu'elle a été sujette à des attaques, et qui doit inspirer au médecin la crainte constante de voir récidiver l'affection convulsive; lorsqu'elle ne guérit pas, elle affaiblit, moins que l'épilepsie pure, les facultés intellectuelles (Dunant) (d).
Il me reste. Messieurs, à vous parler du traitement de l'épilepsie ; ce sera l'objet d'une prochaine leçon.
(1) Dunant, Reclierrhex el observaliom .s)/r rinisléro-épilepsie, thèse inaugurale, Paris, 1863, p. 46.