‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 185 sur 207 · OBSERVATIONS. — RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS. — RÉSUMÉ

le siège de Paris. Début de la maladie par des hallucinations injurieuses de l'ouïe en décembre 1870, puis hallucinations de la sensibilité générale. Idées de persécution; elle se croit reine de France nommée par le peuple; « on n'a pas le droit de tenir enfermée une puissance. » Traitement pendant deux ans et demi; dose maximum, 40 centigrammes par jour. Aucun résultat.

Obs. XL. — Folie Itjpémaniaque systématisée avec des idées de richesse ; hallucinations ; extravagances ; incohérence: traitement infructueux par la morphine.

D..., soixante-cinq ans, dit avoir un héritage de 6 millions, dont ou l'a frustrée. Elle a fait à pied la route de Bayoïuie à Paris pour réclamer auprès de M. Thiers. Elle entend sous terre les francs-maçons qui bataillent. Traitement par la morphine ; dose maximum, 34-8 milligrammes. Aucun résultat.

Obs. XLI. — Folie lypémaniaque de cause morale; hallucinations ; idées et tentatives de suicide; insuccès de la médication morphinique.

D..., trente-trois ans. Chagrins de cœur. Début, il y a quelques mois, par des hallucinations injurieuses de l'ouïe. Idées de suicide. Agitation excessive ; vue d'animaux. Frayeurs. Traitement par la morphine ; dose maximum, 339 milligrammes. Aucun résultat.

Obs. XLII. — Folie lypémaniaque ; idées mystiques; hallucinations ; état cachectique ; insuccès de la médication morphinique.

T..., trente-sept ans. Hérédité maternelle. Début, il y a un an. Idées mystiques. Entend des voies injurieuses qui l'accusent de faire du mal à son pays. Traitement pendant six mois, dose maximum, 390 milligrammes, maintenue pendant trois mois sans aucun phénomène physiologique morphinique.

Obs. XLIII. — Folie lypémaniaque ; stupeur ; mutisme: état cachectique ; insuccès du traitement par la morphine.

R..., quarante-six ans. Début de la maladie en 1S70, par suite de la guerre. Hallucinations. Craintes d'être emprisonnée; dose maxinuun, 29 centigrammes, continuée pendant quatre mois sans aucun elfet physiologique morphinique.

§ 4. — Résumé des observations.

En 1874, j'avais déjà ti-aité 43 malades eL j'avais obtenu les résultats suivants :

25 malades guéris, 11 malades améliorés, 5 insttccès.

Depuis 1874 j'ai persévéré dans la môme voie thérapeutique. Je répartirai les observations nouvelles en huit catégories d'api^ès la foi^me de la folie.

I. Les cas les plus nombreux que j'ai eus à traiter ont été des cas

700 nr TRAITEMENT DE I.A FOLIE PAR LE CHORHYDRATE DE MORPHINE.

de folie lypémanique avec hallucinations (première catégorie) ; ce sont ceux qui m'ont donné les résultats les plus satisfaisants. Les conséquences de cette facilité relative à atténuer et à guérir les hallucinations peuvent devenir considérables, car il est bien peu d'aliénés qui n'aient pas d'hallucinations, et il en est peu aussi dont la maladie ne soit provoquée et entretenue par l'hallucination.

La guérison de ce phénomène est le plus souvent rapidement obteiuie, dans des cas récents, avec des doses faibles, mais il est nécessaire d'employer parfois des doses très élevées, lorsqu'il est d'ancienne date.

La résistance à l'action physiologique et thérapeutique du chlorhydrate de morphine est quelquefois alors surprenante; ainsi j'ni donné jusqu'à 70 centigrammes du médicament, par jour, sans produire aucun effet, alors même que les aliénés chroniques étaient chélifs et maigres.

Cette résistance est telle, que j'ai fait maintenant 'entrer dans ma pratique le principe de pratiquer la transfusion du sang à ces malades, avant d'instituer le traitement morphinique, et c'est seulement lorsque leur santé physique est amendée que la morphine détermine des effets thérapeutiques ; avant cela, l'insuccès est la règle.

J'ai noté qu'au lieu de présenter de la résistance à l'action physiologique du médicament, certains malades offraient, au contraire, une intolérance extrême qui se manifeste par des vomissements incoercibles, une inappétence absolue, une faiblesse considérable et de l'amaigrissement. J'ai eu beau suspendre, ou diminuer la médication et la reprendre en n'employant que de faibles doses de 1 centigramme par jour, et même de '2 milligrammes en deux fois; l'intolérance a persisté, malgré que les malades fussent atteints entre autres de névralgies intenses, cause de conceptions délirantes.

Je crois maintenant pouvoii' expliquer ces faits d'intolérance !^en disant que j'avais affaire à des vésanies et à des névralgies de nature congestive. En effet, ainsi que je vous l'ai dit précédemment, l'état congestif est une contre-indication absolue k l'emploi des opiacés, et malheureusement il est difficile de reconnaître une méningoencéphalite à sa période prodromique et quelquefois même à la

première période. La difficulté est quelquefois insurmontable.

L'action négative de la morphine m'a servi plusieurs fois de pierre de touche pour le diagnostic et m'a fourni l'explication de l'intolérance de certains malades pour la morphine.

Je croirais donc volontiers que toute vésanie qui résiste à l'opium est de nature congestive et que, dans les cas où l'on pense que la congestion n'est que secondaire, qu'elle est, par exemple, la suite d'une excitation cérébrale intense, il est d'une bonne thérapeutique d'employer un traitement anticongestif avant de combattre l'état nerveux par des préparations morphiniques.

IL La deuxième catégorie comprend des aliénés dont la folie était compliquée de démence, d'amnésie, et qui ont guéri. Il m'a paru très satisfaisant d'obtenir ce résultat alors que la perte de mémoire est considérée, à bon droit, comme un des plus fâcheux signes pi'onostiques. Les photographies de la malade Bell... (obs. XVII) montrent les transformations que peut subir la physionomie d'une aliénée parle fait de son affection. (Voy. photographie, tig. 8 et -\.)

Une de ces malades a même guéri malgré son délire de richesses et de satisfaction. ]

III. Je me suis bien trouvé dans ces cas et dans ceux de folie générale {troisième catégorie)^ d'employer, dès le début du traitement, des vésicatoires à l'occiput et à la nuque préalablement rasés, afin de faire disparaître toute trace de congestion primitive ou consécutive à la névrose. Je me suis assuré d'ailleurs par des coupes fines de l'occipital et par l'examen des méninges cérébrales que les vésicatoires appliqués dans cette région font un appel important de sang à la périphérie du crâne, appel qui débarrasse la partie centrale atteinte.

IV. Il était intéressant de montrer, dans la quatrième catégorie, (jue les aliénés considérés comme les plus difficiles à guérir, les lypémaniaques gémisseurs, peuvent guérir par la morphine.

V. J'ai réuni, dans la cinquième catégorie, trois actes de fofie névropathique compliquée de dipsomanie qui ont très facilement cédé au médicament.

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