VI. Dans la sixième catégorie, j'ai réuni
i° Une observation de folie hystérique suraiguë avec délire général et hallucinations que j'ai pu guérir en quatre jours ;
2° Une seconde observation de folie de longue date causée par une névralgie vulvaire et clitoridienne, considérée comme incurable;
3" Un cas de folie déterminée par des névralgies viscérales et ganglionnaires;
4" Un fait de folie hypochondriaque.
VII. La septième catégorie renferme deux observations de folie puerpérale dont l'une était compliquée de délire de grandeurs et de richesse. Les deux malades ont guéri. J'ai ajouté à cette série d'observations de malades guéris, le fait d'une femme âgée, dont la folie chronique consistait en incohérence, en actes déraisonnables (chifïbnnage, etc.), et qui a guéri avec des doses de 75 centigrammes et plus.
J'ai constaté un fait intéressant chez une dame que j'avais déjà guérie par la morphine. Elle a présenté, deux jours après, une émotion très grande, tous les signes d'un nouvel accès de mélancolie avec sthénie du pouls. La médication morphinique que j'ai employée aussitôt, à la dose de 5 centigrammes par jour, a déterminé un développement du pouls, une sueur abondante, de la rougeur intense de la face et a guéri la mélancolie le troisième jour.
Cette action de la morphine sur la circulation, que j'observe chez tous les aliénés qui guérissent, est intéressante à faire ressortir à propos d'un cas où la folie a été arrêtée dès le début.
La pratique que j'ai acquise m'a de plus en plus convaincu que la guérison de toute hallucination est possible lorsqu'elle ne remonte pas à un grand nombre d'années, et que d'ailleurs on peut toujours modérer les conséquences des hallucinations les plus anciennes, c'est-à-dire diminuer l'agitation, les gémissements, les cris, l'insomnie de ces malheureux malades.
Il faut ordinairement employer chez eux des doses de 40 centigrammes et plus atteintes progressivement.
Un dernier point intéressant est relatif à l'influence rapide du traitement sur la lypémanie accompagnée de cyanose. L'observation XV (p. 707) en est un exemple. C'est par son action sur la sthénie du système artériel que la morphine me paraît alors agir en facilitant la nutrition de la substance nerveuse, et en faisant disparaître ou diminuer l'anémie et la dyscrasie, conséquences de la sthénie.
VIII. La longue durco du traitement de quelques-uns de mes malades etlagrandequaiilitc de chlorhydrate de morphme employée m'ont suggéré à un certain moment la crainte que les globules du sang n'en fussent altérés ou diminués, et qu'il ne survînt, par consé- (juent, un état d'anémie qui serait préjudiciable à la santé physique de ces aliénés.
J'ai fait, dans l'intention de m'éclairer, un certain nombi'e d'examens de leur sang au moyen de l'hématimètre de Hayem et Nachet.
Voicile résumé d'observations pratiquées sur ceux de ces malades chez lesquels la durée du traitement a varié de huit mois à deux ans. J'y ai joint les doses miixima employées.
L'examen a été fait pendant l'usage de ces fortes doses. La numération des globules a été opérée d'après une moyenne de trois observations simultanées.
Ainsi que l'on peut en juger, mes craintes étaient vaines. LechiU'rc des hématies reste dans une bonne moyenne, alors que la dose du chlorhydrate de morphine est très élevée. Ce résultat est d'ailleurs conforme aux remarques que j'ai faites sur l'apparence extérieure de ces malades qui guérissent. Il est de règle que le teint s'éclaircit alors, que la face devient rose et claire, que le corps prend du poids et de l'embonpoint et que, chez la femme, les règles réapparaissent.
Le chlorhydrate de morphine ne produit donc aucun effet défavorable sur la crase du sang; l'état de folie chronique, au contraire, a une action destructive sur les hématies. Les examens que j'ai faits avec l'hématimètre m'ont en effet appris que la proportion des hématies diminuait notablement dans la folie chronique, et qu'il n'est pas rare de ne trouver dans cet état que 3200000 à 3500000 hématies par millimètre cube.
Quantité ilos globules roiiyes tlans 1 millim. culjc.
Ban Dose maximum pendant un an
Boi Dose maximum pendant deux ans ....
Hild .... Dose maximum pendant quinze mois..
Duf Dose maximum pendant six mois
Langl . . . Dose maximum pendant dix-huit mois
7Ûi DU TRAITEMENT DE LA FOLIE PAR LE CHLORHYDRATE DE MORPHINE.
i'' CATÉGORIE. — Folie lypémamafjiie avec hallucinations. — Les qr.inze observations (I à XV) suivantes montrent suffisamment à ({uel point le traitement par la morphine permet au médecin de se rendre maître des hallucinations. Je ne puis m'expliquer comment More! a pu poser en principe qu'il suspendait l'usage de l'opium lorsque des dispositions hallucinatoires se produisaient.
C'est, au contraire, une des particularités les plus intéressantes de ce traitement de pouvoir guérir ou toujours diminuer les hallucinations et les troubles secondaires qui en sont la conséquence.
Obs. I. — Folie lypéinaniaque chez une femme de cinquante-quatre ans ; état de cachexie intense; tentatives de suicide; guérison par la morphine.
La nommée R..., âgée de cinquante-quatre ans, pâtissière, est entrée dans mou service le 27 mars, atteinte de folie névropathique avec hallucinatious et troubles de la sensibilité, et est dans un état d'anémie chronique et de maigreur intense.
La guérison est complète eu février ; elle retourne dans sa famille, où elle continue de prendre 3 centigrammes par jour en une pilule. 188 '. Cessation du traitement. La guérison s'est maintenue.
Ocs. II. — Folie hjpémaniaque, tentative de suicide: guérison par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine.
La nommée B..., âgée de trente-quatre ans, blanchisseuse, est entrée dans mon service le 16 mars i874, dans un état de folie lypémaniaque caractérisée par des idées de persécution, stupeur, spasmes, douleurs générales et une tentative de suicide dans un puits.
28 octobre. — Cessation du traitement et le 31 la malade sort guérie; après m'avoir raconté les détails de sa maladie.
Je l'ai revue le 17 mai 1881, bien portante.
Obs. III. — Folie lypémaniaque, troubles de la sensibilité générale ; névralgies;
guérison -par la morphine.
La nommée G..., âgée de cinquante-cinq ans, cuisinière, est entrée dans mon service le 1"2 mars 1874., atteinte de folie lypémaniaque en rapport avec des troubles de la sensibilité générale.
21 août. — Cessation du traitement.
15 novembre 1874. — Elle sort guérie, retourne en Suisse.
J'ai su en juillet 1875 qu'elle allait bien.
Obs. IV. — Folie lypémaniaque datant d'un an; hallucinations; tentative de suicide: guérison par les injections sous-cutanées de morphine.
La nommée D..., âgée de cinquante- cinq ans, domestique, est entrée dans mon service le l i février 1875.
OBSERVATIONS. 705
22 août. — Son état est assez satisfaisant pour lui permettre de retourner dans son pays.
Elle reconnaît bien qu'elle était malade lorsqu'elle a tenté de se suicider.
Ors. V. — Folie lypémaniaque avec hallucinations de l'ouïe, de la vue, de l'odorat, fraijéurs; onanisme effréné; guérisoii par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine portées à la dose de lu^SO par jour.
M™' P..., âgée de ving-six ans, d'origine anglaise, est confiée à mes soins le 14 mars 1874.
La malade n'a commencé à ressentir quelques effets physiologiques morphiniques <|u'à la dose de IgfjSO injectée en deux fois (matin et soir).
I^a dose a été maintenue pendant quelques jours. Les hallucinations ont cessé rapidement. — La dose a été abaissée peu à peu.
21 décembre. — Guérison. Cessation du traitement.
7 janvier 1875. — La guérison s'est maintenue. .)'ai recommandé à son mari de faire faire à sa femme des injections sous-cutanées de morphine (de 1 centigramme) s'il observait de la mauvaise humeur.
Cette dame est morte en 1878 de phthisie pulmonaire.
L'intérêt de cette dernière observation tient en particulier à ce que les hallucinations n'ont cédé qu'à une dose de 1^'",50 de chlorhydrate de morphine en injections sous-cutanées et à ce que la malade a supporté cette énorme dose sans en être incommodée. Je me suis demandé si c'était son affection ou sa qualité d'Anglaise qui avait présenté la résistance aux effets du médicament. J'inclinerais à ciboire que c'est une question de race , car je sais que les médecins anglais portent très haut les doses de morphine données par la méthode hjpodermique.
Obs. VI. — Fol'ie Ujpémaniaque avec hallucinations de l'ouïe, de la vue et de l'odorat; f/uérison par le chlorhydrate de morphine.
J'ai commencé à donner des soins fin mai 1875, à M'" St..., âgée de trentedeux ans.
Des injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine sont faites deux fois par jour, à la dose maximum de 3 centigrammes.
Les hallucinations diminuent peu à peu, et disparaissent dans le mois d'octobre.
Le traitement est continué pendant deux autres mois à la dose de 1 centigramme par jour, sans que les hallucinations et le délire se soient reproduits. Le caractère est redevenu doux. Mai 1882. La guérison s'est maintenue.
Cette observation emprunte une certaine importance à cette circonstance, que la maladie a pu guérir malgré que je l'aie traitée
dans son domicile , et sans qu'aucune disposition intérieure de son appartement ait été changée.
Obs. vil — Folie mélancolique avec stupeur: guérison en sept jours par les injections sous-cutanées de morphine.
M""^ Hel..., âgée de vingt-cinq ans, esl confiée à mes soins le 7 mars 1875, dans un état de folie mélancoliiiue avec stupeur et mutisme. Dose, A centigrammes et demi trois fois par jour.
21 mars. — Guérison. La malade retourne dans la ville de province d'oii elle m'avait été amenée.
12 avril 1882. — La guérison ne s'est pas démentie.
Obs. VIII. — Folie lypémaniaque causée par des hallucinations de l'ouïe
guérison.
La nommée An..., soixante-trois ans, est entrée le 16 août 1875 dans mon service, avec du délire de persécution, des hallucinations de l'ouïe et de l'odorat, des tendances hypochondriaques.
25 octobre. — Guérison. Suspension du médicament.
18 novembre. — La malade sort guérie.
Obs. IX. — Folie lypémaniaque avec hallucinations, idées mystiques; guérison par la morphine.
La nommée Fie..., âgée de trente-huit ans, cuisinière, est entrée dans mon service le 30 août 1873, atteinte de folie simple avec idées mystiques et stupeur.
13 janvier. — Cessation du traitement.
Le 2 mars suivant, elle sort guérie après m'avoir raconté tous les détails de sa maladie.
Elle a la conscience très nette du trouble mental dans lequel elle était.
Obs. X. — Folie lypémaniaque avec hallucinations ; guérison par les injections sous-cutanées de morphine.
La nommée Pic..., âgée de cinquante et un ans, est entrée dans mon service le 3 février 1875.
1" juin. — Elle sort dans un état de guérison, reconnaissant bien qu'elle a eu la tête troublée, disant qu'elle a eu des hallucinations de l'ouïe et des craintes qu'on ne lui fit du mal.
23 décembre 1880. — Elle vient me voir; va très bien.
Obs. XI. — Folie lypémaniaque avec hallucinations : traitement par la morphine;
guérison.
La nommée Thi,.., âgée de cinquante-six ans, marchande d'habits, est entrée dans mon service le 8 janvier 1871, dans état de folie lypémaniaque avec hallucinations. 30 mars. — Cessation du traitement.
13 avril. — Elle sort guérie de mon service.
OBSERVATIONS. 707
Je l'ai revue en juillet 1875 et en février 1879, elle était bien portante et m'amenait pour les traiter deux femmes atteintes d'hallucinations.
Obs. Xll. — Folie lijpémaniaque avec hallucinations: guérison par la morphine.
La nommée L..., âgée de quarante-neuf ans, domestique, est entrée dans mon service le 12 janvier 1874, atteinte de folie lypémaniaque liée à de l'hystérie, et caracté, risée par des idées de persécution et des hallucinations.
15 avril. — Cessation des injections. Son état est satisfaisant.
Elle continue à prendre 2 centigrammes de morphine en pilule, et sort guérie le 29 avril 1874..
Je l'ai revue en juin 1881, bien portante.
Obs. XIII.— Folie lypémaniaqne; idées de persécution ; névralgies: hallucinations de l'ouïe: guérison par la morphine.
La nommée L..., âgée de trente-sept ans, cuisinière, est entrée dans mon service le 14 janvier 1874, atteinte de folie névropathique avec troubles de la sensibilité générale et idées de persécution.
Le 4 mai, elle sort guérie.
Je l'ai revue en octobre 1875, bien portante.
Obs. XIV. — Folie Igpénianiai/ue avec hallucinations; guérison par la morphine.
La nommée Guy..., âgée de quarante et un ans, domestique, est entrée dans mon service le 27 avril 1874.
12 août. — Cessation du traitement. '
13 août. — La malade sort guérie.
Obs. XV. — Folie mélancolique avec cyanose : œdème des extrémités; mutisme; stupeur et hallucinations.
M"'= U..., âgée de seize ans, fut confiée à mes soins le 30 octobre 1875. La maladie a été causée par un chagrin d'amour, et a débuté le 7 septembre par de la stupeur, du mutisme, suivis d'agitation et d'incohérence de paroles et d'actes. 24 janvier 1876. — Guérison.
Mai 1882. — Elle s'est mariée, a deux enfants.
2' CATÉGORIE. — Les quati^e cas de guérison suivants vous pai^aîtront paiiiculièrement intéressants, parce que la folie s'était compliquée de diminution de la mémoire, d'un certain degré de démence, et parce que dans plusieurs d'entre eux la maladie a présenté deux phases bien distinctes, où la thérapeutique a dû être complètement différente.
La seizième obsei^ation indique la possibilité de guérir les aliénés atteints d'amnésie , de démence aiguë ; la connexité qui
existe entre la folie névropathique et la congestion cérébrale, el la nécessité de guérir l'état congestif avant de traiter l'état névropathique. Cette observation montre encore l'importance de faire le diagnostic anatomiqiie delà folie, diagnostic que l'on peut faire, quoi qu'en disent quelques auteurs.
Obs. XVL — Folie générale, hallncinations; délire de richesses, de satisfaction; caractère de la démence aiguë ; phénomènes congestifs compliijuant l'état névropathique : traitement primitif par les révulsifs et les antiphlogistiques : médication secondaire par la morphine; guérison. Dose maximum, 24 centigrammes par jour.
La nommée Rou..., âgée de vingt ans, journalière, est entrée le 10 avril 1874 dans mon service, dans un état de manie aiguë.
9 novembre. — A partir du mois de décembre, la malade n'a pas cessé d'être bien. La dose de morphine quotidienne est de 12 centigramme (deux fois par jour) et esf maintenue pendant quatre mois. La malade sort en juin 1875. Elle se rappelle précisément tout ce qui s'est passé, a conscience de son état de maladie grave, "elle travaille régulièrement.
Elle me remercie de l'avoir guérie. Novembre 1881. La guérison s'est maintenue.
En résumé, j'ai ti\aité d'abord cette jeune fille au moyen de révulsifs et d'antiphlogistiques , pendant la durée des ti^oubles mentaux de nature congestive ; puis, avec la morphine, lorsque l'état névropathiqnc m'a paini seul persister, et la guérison a pu être obtenue malgré un délire de richesses , une diminution considérable de mémoire, et de l'enfantillage, qui m'ont fait penser que j'avais affaire à de la démence aiguë, compliquant la maladie principale.
L'observation dix-septième est encore un exemple de folie comphquée de perte à peu près complète de la mémoire et de cachexie intense.
Obs. XVIL — Folie lijpémaniaque ; gémissements ; amaigrisseinent considérable ; amnésie; guérison par la morphine (voy. la photographie, pl. VI, iig. 3). Dose maximum,, 20 centigrammes par jour.
La nommée Bell..., âgée de vingt-cinq ans, est entrée, dans mon service le 12 août 1874, atteinte de folie lypémaniaque avec idées de persécutions et hallucinations de l'ouïe, perte presque complète de la mémoire, maigreur et teint jaunâtre.
13 mai. — Son état eSt toutâ fait satisfaisant.
OBSERVATIONS
9 juin. — Cessation du traitement; ses règles, ([ui avaient disparu durant sa maladie, sont revenues. Elle sort guérie. (Pholograpliie, pl. VI. lig. i.)
Je l'ai revue en novembre 1880, en bonne santé.
L'observation dix-huitième se rappoi^te à un cas de folie lypémaniaque, avec stiipcu(% qui était compliquée de perte de la mémoire et qui a guéri.
Obs. XVIII. — La nommée P..., âgée de vingt-deux ans, est entrée dans mon service le 18 avril 187i, à la suite du certificat suivant du docteur Lasègue : État de stupeur, réponses indécises, perte de mémoire. Arrêtée pour vagabondage.
La dose est diminuée progressivement et sans qu'il y ait eu de récidive ; la malade sort, après un an de séjour, parfaitement raisonnable. Je l'ai gardée dans mon service six mois après sa guérison. En résumé, cette femme, malade depuis deux ans et atteinte de lypémanie compliquée de perte de la mémoire, a guéri après l'emploi de doses de 75 centigrammes de chlorhydrate de morphine.
J'ai pu encore guérir par les injections sous-cutanées de morphine une jeune lille atteinte de folie hystérique avec hallucinations et tendance à la démence, habitudes de chiiTonnage, datant de huit mois.
Obs. MX. — La nommée P«ab..., âgée de dix-neuf ans, est entrée le 9 juillet )87'i dans mon service, à la suite du certificat suivant, délivi'é par M. Lasègue : « Etat mania- (jue, tendance à la démence. Délire datant de huit mois; incohérence et loquacité. I^rédominance d'idées politiques. Mère morte de tubercules pulmonaires ; a toujours en un caractère indifférent, et n'a jamais rien fait avec suite. »
10 septembre. — Des |)hénomènes physiologi([Mes intenses (somnolence continue, rougeur très forte des joues, du front) sont obtenus à la dose de 40 centigrammes; et c'est à partir de ce moment que les hallucinations, qui avait considérablement dimi- . nué, cessent tout à fait.
Jja malade devient en effet calme, posée.
La dose a élé maintenue deux mois, j)nis graduellement supprimée. Elle est sortie guérie.
Je l'ai revue depuis, en décembre 1875 et en 1881, dans un état entièrement normal. Elle s'est mariée, a un enfant.
3" CATÉGORIE. — Les quatre observations qui suivent, ont pour but de montrer qu'il est utile, dans certains cas de folie, avec délire général et avec agitation, d'appliquer avant tout un traitement révulsif, lorsqu'on a reconnu qu'un état congestif , fébrile ou non , est venu se surajouter aux troubles nerveux.
Obs. XX. — La nommée Aub.. ., âgée de quarante ans, lingère, est entrée dans mon service le 30 avril 1874. Traitement morpliinique.
6 juin. — Son état mental est très satisfaisant, la dose est progressivement abaissée jusqu'au 6 juillet suivant, oiij'ai cessé le traitement.
18 juillet. — La malade est sortie dans un état de guérison complète, après m'avoir rendu compte de tous les délails de sa maladie. Décembre 1881. — Elle va bien.
Obs. XXI. — Folie avec délire général, idées religieuses; guérison par la morphine.
La nommée Du..., âgée de trente-trois ans, est entrée dans mon service le 15 mai 1875, dans un état de manie aigué, survenue sans cause connue. Il y quinze ans, accès de folie semblable.
7 août. — Les injections déterminent de l'assoupissement, et ont amené un calme «omplet.
iO août. — N'a plus d'hallucinations; peut être considérée comme guérie.
La dose est abaissée peu à peu à partir du 8 septembre, et la malade sort le 20 octobre, reconnaissant bien qu'elle a été malade, et racontant toutes les particularités de son délire.
Elle nous remercie de nos soins, elle sort le 24 octobre.
Décembre 1881. — Va bien.
Obs. XXII. — Folie aiguë générale, causée par des hallucinations ; traitement par la morphine; guérison.
La nommée D..., âgée de quarante-quatre ans, coloriste, est entrée le 4 juin 1875 dans mon service de la Salpêtrière dans un état de « manie chronique avec tendance à la démence, préoccupations hypochondriaques » (certificats d'entrée des médecins). Malade depuis six mois, à la suite d'un grand chagrin. L'alTection a été caractérisée, par de la mélancolie, du refus de manger, de l'insomnie, par des hallucinations, des invocations à Dieu, à la Vierge.
Le 5 juillet. — L'état mental est tout à fait normal ; elle n'a plus d'hallucinations depuis huit jours.
Elle se plaint seulement de fatigue ; elle a vu ses parents et ses enfants. La médication est suspendue.
Sortie de mon service le 13, elle vient me voir le 20 octobre. Elle va très bien. Je l'ai revue, le 4 février 1876 et en 1880, en bon état.
En résumé, cette femme était entrée dans mes salles dans un état d'agitation excessive, ayant de la fièvre; après qu'un vésicatoire placé à l'occiput eut enlevé la fièvre, j'ai employé les injections sous-cutanées de morphine, qui ont fait cesser rapidement les hallucinations.
La sensibilité de la malade au médicament a été très accentuée. La dose maximum a été 72 milligrammes.
OBSERVATIONS
Obs. XXI II. — Folie d'origine rhiunatisimle; Iraitement par les révulsifs, [mis par les injections sous-cUtanées de morphine ; guérison.
La nommée Ro. .., âgée de quarante et un ans, couturière, est entrée dans mon service le !25 avril 1874..
A août. — Cessation du traitement.
13 août. — Elle sort parfaitement guérie.
Mai 188-2. — Elle va bien.
¥ CATÉGORIE. ■ — Les observatioiis suivantes sont celles d'aliénés gémisseurs.
Obs. XXIV. — Folie lypémaniaque; état de maigreur exti'éme ; gémissement et pleurs continuels; traitement par la morphine; guérison.
La nommée Lecli, âgée de vingt-six ans, re[iasseuse, est entrée dans mon service le .3 février 1875, dans un état de folie lypémaniaque avec hallucinations. 4 novembre. — Elle sort entièrement guérie.
Elle m'a raconté que pendant sa maladie elle voyait son père et sa mère, qui sont morts, qu'elle les entendait ; que, dans le début, elle a eu des hallucinations de l'ouïe, de la céphalalgie; que, ayant été emmenée par des sergents de ville, elle s'est souvent demandé ce qu'elle avait fait pour être arrêtée, et qu'elle croyait être dans une maison de punition. Elle se souvient avoir voulu se brûler et s'être coupé le pied.
Les injections sous-cutanées lui donnaient une sensation de chaleur générale agréable, et faisaient monter le sang à la tète.
Elle me remercie des soins que je lui ai donnés.
Un mois après sa sortie, elle est venue me rendre visite à l'hôpital. Je l'ai revue plusieurs fois depuis, entre autres en mai i88'2.
Obs. XXV. — Folie lypémaniaque à forme gémissante; guérison parles injections sous-cutanées de chlorlujdrate de morphine, à la dose maximum de 70 centigrammes.
La nommée R..., âgée de vingt-sept ans, couturière, est entrée dans mon service le 26 novembre 1873, dans un état de folie lypémaniaque, avec idées hypochondriaques et de persécution; tentative de suicide.
6 juillet. — Cessation du traitement, et le 18 elle sort guérie,
Je l'ai revue, en décembre 1875, parfaitement guérie.
5° CATÉGORiii. — Les trois observations suivantes ont trait à des cas de folie compliquée de dipsomanie.
Obs. XXVI. — Folie hystérique; dipsomanie et hallucinations; guérison pay la morphine.
La nommée Leb..., quarante-trois ans, est entrée dans mon service le 16 janvier 1874, atteinte de folie hystérique, compliquée de dipsomanie et d'hallucinations de l'ouïe.
4 avril. - - Cessation du traitement. 4 mai. — La malade sort guérie.
Mai 1882. — Elle va bien.
Obs. XXVII. — Folie névropathiqne, hallucinations, dipsomanie ; traitement \par les injections sous-cutanées de morphine; guérison.
La nommée Por..., âgée de cinquante-trois ans, journalière, est entrée dans mon service le 13 février 1875.
14 mars.- — Les hallucinations ont entièrement disparu, et la dose est alors progressivement abaissée jusqu'au 8 mai, où elle sort guérie. Avant son départ, elle nie rend compte de toutes ses hallucinations, a conscience de son état de maladie passé.
Obs. XXVI il — Folie mélancolique avec hallucinations; dipsomanie; guérison par les injections sous-cutanées de morphine.
La nommée L..., âgée de quaranle-cinq ans, blanchisseuse, est entrée dans mon service le 17 février 1872.
Injections morpliiniques. La dose est portée à 17 centigrammes.
4 mars. — L'amélioration se prononçant, la dose est diminuée de G milligrammes par jour en moyenne jusqu'au 22. Suppression du traitement le 1" avril.
La malade est sortie le 14 mai 1873, bien guérie.
Çf" CATÉGORIE. — Les quatre autres observations sont des exemples de folie hystérique, guérie en quelques jours, de folie causée par de l'hyperesthésie clitoridienne et vulvaire, de folie accompagnée de troubles viscéraux et ganglionnaires, et de folie hypocondriaque.
Il me paraît important d'insister sur ce dernier cas, parce que je considérais jusqu'ici la folie hypocondriaque comme rebelle à ce mode de traitement.
Obs. XXIX. — Folie hystérique, avec hallucinations ; manie ; guérison en quatre jours, consécutivement à une action très intense du chlorhydrate de morphine.
M"" Tli .., artiste, est confiée à mes soins le 24 août ISIi.
OBSERVATIONS
L'état s'améliore rapidemeut, et sans qu'il y eût de nouvelles hallucinations, la guérison est définitive le 25 août.
Cessation du traitement le 20 septembre. La dose maximum a été 300.
Obs. XXX. — Folie néoropatliiqiie ; troubles de la sensibilité générale ; hyperesthésie clitoridienne et vulvaire ; incohérence d'actes; guérison de la folie par les injections sous-cutanées de morphine, atténuation des névralgies.
M"' K..., âgée de vingt-neuf ans, est confiée à mes soins en septembre 1874.
Après cinq mois de traitement, à des doses de 68 à 70 centigrammes par jour, en trois fois, l'amélioration de la malade était évidente ; elle n'avait plus les allures d'une aliénée; la physionomie était bonne et tranquille ; elle souffrait encore par moments» mais les injections niorphiniques sous-cutanées amenaient un calme qui durait trois à quatre heures.
La dose a été continuée.
En mars 1875, l'amélioration a persisté ; la malade s'habille dès le matin, et s'occupe dans le ménage. Même dose.
5 avril. — Elle vient elle-même m'ouvrir la porte, elle a une tenue très convenable; elle est sortie deux fois hier de chez elle, ce qu'elle n'a pas fait depuis vingt-deux mois.
Elle souffre encore un peu, mais elle n'est plus aliénée.
Elle a ses règles le 5 juin.
Mai 1882. — La guérison se maintient. (Cette malade avait été traitée sans succès à jdusieurs reprises par la dilatation forcée du vagin.)
Obs. XXXI. — Névralgies multiples; névralgie stomacale, boulimie, névralgie vésicule, état de mélancolie ; guérison par les injections sous'-cutaneés de morphine.
M'"° C..., âgée de quarante-huit ans, est confiée à mes soins le 20 novembre 1874..
I;a guérison a été obtenue en deux mois par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine à la dose maximum de 40 centigrammes, donnés en quatre fois.
Mai 1882. — La guérison s'est maintenue.
Obs. XXXII. — Folie hypocondriaque ; douleurs variées ; hallucinations de Voiiie et de la vue ; guérison par les injections sous-cutanées de morphine.
La nonnnée Et..., vingt-six ans, cuisinière, est entrée dans mon service le 30 avril
18 avril 1875. — Elle sort de mon service dans un état très satisfaisant.
V*" CATÉGORIE. — L'une des deux observations suivantes de folie puerpéi\'ile emprunte son intérêt à cette circonstance que l'aliénation était compliquée, dans le début, de délire de grandeurs et de ricliesses et de lièvre ; aussi, je n'ai employé la morphine qu'après avoir fait cesser l'état congestif et la fièvre. La succession de ces deux moyens de traitement à déterminé une guérison radicale.
Obs. XXXIIL — Folie pnerpérak ; délire de grandeurs, de richesses, avec fièvre . délire consécutif lijpénmniaqae avec pleurs incessants, flux de salive; traitement par des vésicatoires, puis par la morphine ; guérison.
H..., vingt et un ans, est entrée dans mon service le 24 mai 1875, dans un état de manie aiguë puerpérale.
Sortie fin octobre. Je l'ai revue en janvier 1882, bien portante.
En résumé, la folie puerpérale de cette malade se caractérisait par du délire de richesses, de grandeurs, par la fièvre, une salivation très intense, et enfin par un délire lypémaniaque, des pleurs incessants.
Après qu'un vésicatoire, appliqué à l'occiput, eut supprimé l'élément fièvre, j'ai fait faire des injections sous-cutanées de morphine, qui ont amené la guérison en trois mois.
Obs. XXXIV. — Folie puerpérale avec délire général et hallucinations : guérison
par la morphine.
La nommée Pon..., âgée de vingt-trois ans, journalière, est entrée dans mon service le 2 mars 187-4.
i août. — Cessation du'traitement.
3 octobre suivant, elle sort tout à fait guérie.
8" CATÉGORIE. — L'observation suivante a trait à une femme âgée, aliénée depuis neuf ans, qui avait été envoyée dans mon service comme incurable. — Elle était de plus incohérente, chiffonnait, ramassait des cailloux, des feuilles dont elle s'affublait.
La morphine a été employée à doses élevées (75 centigrammes) et la malade a bien guéri.
Obs. XXXV. — Manie chronique ; incohérence; habitudes de chiffonnage ; guérison
par la morphine.
La nommée Thop..., cinquante-cinq ans, est entrée dans mon service, à la suite de certificats portant qu'elle est atteinte de manie chronique, d'incohérence, d'idées de suicide, d'insomnie, d'érotisme.
La guérison a demandé un an; la malade est sortie après ce temps, reconnaissant bien qu'elle avait été aliénée.
OBSERVATIONS
Voici encore, Messieurs, quelques observations d'aliénés que j'ai traités récemment à l'hôpital ou dans des établissements d'aliénés,
Obs. XXXVI. — Folie lypémaiiiaqnc avec hallucinations île l'ouïe et de la vue; idées terrifiantes et tentatives de suicide ; onanisme; guérison en deux mois et demi : dose maximum, 9 centigrammes.
Nol)..., vingt ans, fille d'un marchand de graines en détail, est confiée à mes soins le 25 mai 1880. Pas d'hérédité. La folie date de six mois. Onanisme incessant.
Traitement. — Application de six sangsues à la région ilia([ue droite. Enveloppement quotidien dans un drap mouillé d'eau à 20 degrés, pendant une heure. Injections souscutanées de chlorhydrate de morphine. Dose initiale : i milligramme. Applications d'un aimant (pouvant soulever 12 kilogrammes) sur le bas-ventre, pendant douze heures de suite chaque jour.
Le 3 juin, la physionomie est un peu moins inquiète. Les attouchements ont paru cesser sous l'influence des applications d'aimant. Il n'est plus nécessaire de lui attacher, la nuit, les mains.
Le ventre esta peine sensible. La malade mange seule.
La dose de morphine est de 1 centigramme, donnée en deux fois ; elle sera élevée de 2 centigrammes en six jours.
Le 12, la dose est de 2 centigrammes. Pas de phénomènes physiologiques morphiniques.* Elever la dose de 2 milligrammes par jour.
Le 28, menstruation. Le lendemain, agitation, cris, grimaces; apparences de douleurs abdominales. Cataplasmes sur le ventre. Suppositoires opiacés.
Le 2 juillet, hallucinations évidentes. Elle parle bas, et paraît répondre à une voix. Pas d'onanisme.
La dose de morphine (injections sous-cutanées) est de 4 centigrammes. Le .30, amélioration évidente.
La dose est de 6 centigrammes par jour en deux injections.
La guérison est devenue définitive versle 15 août avec la dose de 9 centigrammes. En deux à trois jours, le regard s'est éveillé et la jeune malade a repris son allure ordinaire.
La dose de morphine a été diminuée progressivement à partir du 30 août, jour des règles, et supprimée le 15 septembre.
Je la revis en octobre et en décembre. La santé était parfaite. Mai 1882. Elle va très bien.
Obs. XXXVII. — Folie lypémaniaque ; idées de persécution et hallucinations de l'ouïe; idées de suicide; guérison : dose maximum, 12 centigrammes.
La nommée Mol..., âgée de trente-six ans, est entrée dans mon service le 11 novembre 1876. La folie date de trois ans.
Injections de chlorhydrate de morphine, à la dose initiale de 3 milligrammes. En décembre, les hallucinations sont beaucoup moins fréquentes ; mais elle est toujours effrayée, et n'a pas encore conscience de son état de maladie. La dose est de 12 milligrammes. Elle est portée successivement à 6 centigrammes, matin et soir, et maintenue pendant les mois de février et mars. L'amélioration s'est accentuée ; les hallucinations
ont disparu, la malade se rend compte de son état de maladie. Les doses sont abaissées pendant le mois de mars et, le 31, elle sort guérie.
Mai 188-2. — La guérison ne s'est pas démentie. M"^ Mol..., vient me voir de temps en temps.
Obs. XXXVIII. — Folie Ii/pénianiaque caractérisée j)ar des hallucinations et des idées de persécution; guérison : dose maximum, 18 centigrammes.
La nommée Cou... est entrée dans mon service le 15 mai 1875. La folie date de quatre ans.
Commencement du traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, à la dose de 3 milligrammes, derrière l'oreille droite.
Le 10 juin, la sensation de picotements dans la tète a disparu ; l'injection faite à l'avant-bras est de 48 milligrammes jusqu'en juillet, où la dose est abaissée, par suite de non-tolérance, puis cessée tout à fait.
L'état de celte femme est un peu amélioré à cette époque, mais elle n'a pas encore conscience de sa maladie.
Au mois de septembre les hallucinations reparaissent ainsi que le délire. Je reprends les injections de morphine, qu'elle supporte bien, jusqu'à la dose de 9 centigrammes, matin et soir.
Le 8 décembre, elle n'éprouve plus de picotement dans la tète ; mais, en avril 1876, elle croit encore à la réalité de ses hallucinations passées. La dose est abaissée à 3 centigrammes.
Le 31 mai, elle sort guérie.
1882. — ]^a guérison ne s'est pas démentie. Cette femme vient me voir de temps en temps.
Obs. XXXIX. — Folie lypémaniaque : gémissements ; idées de persécution ; préoccupations religieuses ; guérison : dose maximum, 60 centigrammes. (Photographie, pl. VIII, fig. 1.)
La nommée Rau..., domestique, âgée de quarante et un ans, est entrée dans mon service de la Salpèlrière, le 4 janvier 1876, dans un état de folie caractérisée par de l'exaltation, des préoccupations religieuses, des idées de persécution et des menaces do suicide par immersion et pendaison, à cause de crimes imaginaires. La folie date de dix-huit mois.
Commencement du traitement pai' les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine et bains de Barèges. Dose initiale de morphine, 3 milligrammes.
La dose est élevée progressivement jusqu'à 60 centigrammes par jour en deux fois. A cette dose, toute trace de délire cesse.
La malade la supporte bien, quoiqu'elle commence à éprouver des nausées. La dose est maintenue quinze jours, puis abaissée progressivement jusqu'au 20 mai 1877.
Le 1"^' juin, la médication est suspendue. La malade va bien; elle reconnaît avoit été malade, et nous raconte toutes les idées délirantes qu'elle a eues et les sensations qu'elle a éprouvées.
; Elle sort le j5juin 1877. (Voy. photographie, pl. VlU. fig. 2.)
Juillet 1880. Depuis sa sortie la guérison ne s'est pas démentie; elle est venue me voir plusieurs fois à la Salpêtrière. Elle s'est mariée il y a un an.
Mai 1882. La guérison se maintient.
OBSERVATIONS
Obs. XL. — Folie lijpémaniaque avec kalliiciiiations ; tcntiitiro de suicide ; dypsomnnie : gnérison : dose maximum, 30 milligrammes. — Durée du traitement, quatre mois.
La nommée Peig..., âgée de cinquante-quatre ans, est entrée dans mon service le 5 février 1878. La folie dale de deux mois.
Injections sous-cutanées de ciilorhydrate de morpiiine. La dose de 15 milligrammes, matin et soir, n'a pas été dépassée, et le traitemeni a duré trois mois. Les liallucinations ont disparu bien vite, mais la croyance à la réalité a persisté plus longtemps; elle se rappelle tous ses actes dont elle me donne l'explication.
Elle sort guérie, le 11 juillet, ayant pleine conscience de sa maladie passée.
Mai 1882. — La guérison s'esl maintenue.
Obs. XLL — Folie hi/stérirjiie de forme lypémanioque ; idées d'empoisonnement, liées à des sensations morbides : douleur iliaque bilatérale; guérison : dose 'maximum, 12 centigrammes.
La nommée W..., âgée de trente-six ans, demoiselle de magasin, est entrée le 23 mai 1879 dans mon service de la Salpêtrière, dans un état de folie caractérisé par une grande exubérance de paroles incoliérentes, des craintifs d'empoisonnement, des hallucinations de la vue et de l'ouïe. La folie date de trois mois.
Le 26 mai, je la soumets à un traitement comprenant : 1° des injections sous-culanées de chlorhydrate de morphine, à la dose de 3 milligrammes devant èlre progressivement augmentée; 2" bromure de potassium à la dose de 4 grammes chaque soir; 3° une immersion quotidienne d'une minute de durée dans un bain à 20 degrés. Mais je suis obligé, à cause de sa résistance, de remplacer cette immersion par l'enveloppement dans le drap mouillé.
Le 25 juin, la dose de morphine est de 4.5 milligrammes, matin et soir.
Son état s'améliore jusqu'au 3 juillet. Même dose de morphine.
L'amélioration continue; elle commnece à reprendre conscience d'elle-même, mais conserve de la tristesse et de la tendance à pleurer. La dose de morphine qui n'est plus que de 3 centigrammes matin et soir est progressivement abaissée.
Le 6 janvier suivant, la malade sort dans un très bon état de santé, avec pleine connaissance des différentes phases de sa maladie. Elle vient me voir deux fois par semaine, et prend 3 milligrammes de morphine chaque fois.
Mai 1882. Son état se maintient.
Obs. XLll. — Folie religieuse; hallucinations de l'ouïe; traitement par les injections sous-cutanées de morphine ; guérison : doses maxima, 70 centigrammes.
La nommée Pa. . ., âgée de trente-deux ans, est entrée dans mon service de la Salpêtrière le 9 juillet 1877.
.Je commence le traitement morphinique le 14 septembre, à la dose initiale de 30 milligrammes, et l'élève progressivement jusqu'à 35 milligrammes matin et soir. Sous cette influence, la malade se calme, devient raisonnable, travaille : l'amélioration continuant, les doses sont diminuées; et le traitement cesse le 15 novembre. Elle n'a plus d'hallucinations, et son état continue à être satisfaisant.
Depuis, il lui esl arrivé deux fois de sentir des préludes d'accès, et chaque fois quelques injections de morphine ont empêché le développement des phénomènes.
Obs. XLIll. — Folie névi opathique avec hallucinations ; guérison par le traitement morphiniqite : dose maximum, dO centigrammes.
La nommée R..., âgée de cinquante et un ans, ouvrière en dentelles, est entrée dans mon service de la Salpêtrière le 3 décembre 1877. La folie date de six mois.
Injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine pendant deux mois. La dose n'a pas dépassé 1 centigramme et demi matin et soir. En février 1878, elle n'a plus d'hallucinations, dort bien, a conscience de sa maladie. Elle ne se figure plus qu'on la regarde.
L'amélioration continue et, le 10 mars, la malade sort guérie.
Ocs. XLIV. — Folie hystérique: chloro-anémie ; hallucinations ; guérison par le traitement morphinique : dose maximum, 10 centigrammes.
La nommée Mar..., âgée de vingt ans, domestique, est entrée dans mon service le t% novembre 1876, venant de l'hôpital Reaujon, où elle avait eu des attaques d'hystérie avec agitation.
Injections de chlorhydrate de morphine, pilules de fer, bains de Barège; lavements d'assa fœlida, :2 grammes.
Pendant son séjour à l'hôpital, elle est très émotive. Un jour on lui entend dire, en montrant son bras : « Voyez cette vilaine femme, comme elle me serre. » Elle était pâle et tremblait. Elle prend parfois des attitudes lascives. La dose de morphine est portée progressivement à 5 centigrammes matin et soir.
A la fin de mars l'état d'impressionnabilité a disparu ; le calme est complet. Elle sorl guérie.
Obs. XLV. — Folie hystérique; hallucinations ; excitation : guérison par le traitement^morphinique : dose maximum, 5 centigrammes.
La nommée Magnad..., coloriste, âgée de vingt-deux ans, entre dans mon service de la Salpêtrière le 2 février 1877, dans un état d'excitation telle, qu'il est à peu près impossible d'obtenir d'elle une réponse aux questions posées. La folie date de deux ans.
Commencement du traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine : dose initiale, 1 milligramme et demi.
La dose est progressivement élevée jusqu'à 18 centigrammes sans produire d'effets physiologiques dans une période d'un mois; puis jusqu'à 26 centigrammes matin et soir. Elle est alors très améliorée ; se souvient de sa maladie, me raconte ses hallucinations. Je la laisse sous cette influence jusqu'en juin, en ajoutant au traitement des prises de bromure et l'hydrothérapie. La dose de morphine est progressivement abaissée, et à la fin de juillet elle sort guérie.
Mai 1882. La guérison s'est maintenue.
Obs. XLVI. — Folie hystérique; hyperesthésie ; halhicinations; guérison pur le chlorhydrate de morphine : dose maximum, 5 centigrammes.
La nommée Gui..., âgée de trente ans, est entrée dans mon service de la Salpê-
OBSERVATIONS
trière le 15 décembre 1877, dans un état de folie caractérisée par des hallucinations, des frayeurs, des paroles décousues et incessantes, des accès convulsifs et de l'hyperestliésie s|)inale. La folie date de trois ans.
Injections sous-cutanées de chlorhydrate de morpliine à la dose initiale de 3 millig-rammes. Drap mouillé.
Le 19 janvier 1878, la dose est de 21 milligrammes matin et soir, l'amélioration commence.
En février, elle n'a plus d'accès, mais par moments elle crie et s'agite; en général parle peu.
A la fin de février, la physionomie est bonne, l'intelligence normale. Elle se rend compte de son état, et me fait le récit de sa maladie. Peu à peu, dit-elle, elle s'est sentie arrêtée dans l'expression de sa pensée, à la suite de chagrins, elle perdait la mémoire des mots et des noms, et la conversation lui devenait impossible. La force venant à lui manquer, elle n'osait plus sortir seule ; et les "attaques qu'elle n'avait auparavant qu'aux époques menstruelles étaient devenues très fréquentes.
Les doses sont progressivement abaissées. Elle sort guérie en mars.
Obs. XLVII. — Folie hijstérique avec hallucinations de rouie : mutisme : traitement par les injections sous-cutanées de chlorhi/drate de morpliine: f/urrison : dose maximum, 8 centigramvies.
La nommée Cal..., âgée de trente-huit ans, est entrée dans mon service le 10 novembre 1877. La folie date de quatre mois.
Le 20 novembre, commencement du traitement par les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine à la dose de 1 milligramme et demi. Drap mouillé.
Depuis ce moment jusqu'au 24 janvier, il se fait une amélioration, légère d'abord, puis accentuée davantage ; elle répond aux questions qu'on lui fait et travaille à la couture, mais n'a point souvenance de ce qui s'est passé pendant sa maladie. La dose de morphine est alors de 3 centigrammes matin et soir.
Le 25 janvier, l'amélioration continuant, les doses sont abaissées progressivement. Le 10 février, 15 milligrammes; elle parle raisonnablement; a fait deux sorties chez elle, s'est occupée de son enfant et de son ménage.
Le traitement prend fin en mars, où la malade sort guérie.
Obs. XLVIII. — Folie lypémaniaque ; guérison par le chlorhydrate de morphine (Piiotograpliie, pl. VIII, fig. 4 et 5.)
La nommée Gog..., est entrée le 19 janvier 1880, dans mon service de la Salpêtrière Grand'mère maternelle morte aliénée à soixante-cinq ans.
La malade s'est mariée à dix -huit ans et devint veuve dix-huit mois après. Est remariée depuis trois ans .
N'a jamais eu ni enfants, ni fausses-couches.
Début de la maladie, il y a deux ans. Idées tristes. Paroles ordurières. Hallucinations effrayantes.
Etat à son entrée. — Oreilles symétriques et bien faites. Traits réguliers. Marmotte continuellement des prières. État cachectique. La peau de la face et des mains est très pâle (voy. photographie, pi. VIII. fig. 4). Maigreur générale. Parole nette. En avant de la partie interne de la fosse sus-claviculaire, submatité notable. Temp. axill. 37 degrés.
N'a pas ses règles pour le moment.
720 nu TRAITEMENT DE LA FOLIE PAR LE CHLORHYDRATE DE MORPHINE.
La pression sur les côtés du ventre et de la poitrine est douloureuse. Le Iracé sphygmographique est impossible à prendre à cause de la mobilité de la malade.
,\ notre demande pourquoi elle est triste, elle répond qu'on veut la guillotiner. Elle nous montre une autre malade qu'on veut aussi guillotiner. Elle a entendu dire que trois têtes devaient tomber.
Traitement par le chlorhydrate de morphine en injections sous-cutanées. Dose initiale, 2 milligrammes augmentée chaque jour de 2 milligrammes.
17 mars 1880. — La malade a une apparence raisonnable, travaille, demande à sortir.
Croit qu'il y a la guerre, sent la poudre et dit toujours qu'on veut la guillotiner ou la brûler.
Elle répond aux questions qu'on lui pose. A de lu mémoire, s'exprime bien.
20 mars. — Entend toujours le canon, le pistolet.
21 mars. — Travaille un peu. Physionomie toujours préoccupée. II existe de la subtile dans la région supérieure de la poitrine à gauche ; un peu de rudesse respiratoire.
25 mars. — Terme raisonnable. Dit ne plus entendre le canon depuis deux ou trois jours. Travaille à la couture.
L'ouïe n'est pas diminuée et elle n'a plus de bourdonnements d'oreille.
La dose de morphine est de 6 centigrammes par jour en deux fois.
2 avril. — Engraisse. Va bien, dit qu'elle entendait le canon parce qu'elle avait le cerveau faible.
Ce qui l'a rendue malade, c'était que son beau-frère manquait d'ouvrage depuis longtemps.
C'étaient des idées de malade de dire que l'on voulait me guillotiner, dit-elle. Sortie. (Voy. pholograpliie, pl. VIII, lig. 5.) La photographie montre bien le retour à la santéj. — La dose de morphine a été abaissée progressivement, puis supprimée. Mai 1882. — La guérison s'est maintenue.
§ 5. — Effets thérapeutiques en général. Posologie. Marche de la guérison ou de l'amélioration.
De l'étude de ces observations, je crois, Messieurs, pouvoir dégager les remarques générales suivantes :
4" Pour peu que la maladie ne date pas de trop longtemps (pas plus de six ans, sauf exception) et qu'elle ne soit pas compliquée de séries de délires, la médication, lorsqu'elle ne guérit pas la maladie, la inaintient dans l'état où elle était au moment du traitement ou bien dans sa simplicité ; elle empêche la formation de délitées secondaires, tertiaires, etc., de sorte que l'on ne voit pas le plus ordinairement se former la série qui aboutit fatalement à la folie systématisée, à l'incohérence et à la démence.