‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 187 sur 207 · EFFETS THÉRAPEUTIQUES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

EFFETS THÉRAPEUTIQUES EN GÉNÉRAL

2" La morphine a une action remarquablement siire sur l'agitation des aliénés, que cette agitation soit l'expression d'un délire général, ou d'un délire partiel, ou d'hallucinations. Le calme se produit ordinairement deux à trois heures au plus après une injection suffisante.

J'ai observé que la dose de morphine capable de calmer les malades est très variable et ne peut être atteinte qu'après quelques jours de tâtonnements.

Je puis dire cependant qu'une agitation peu forte, liée à un délire partiel ou à des hallucinations, est ordinairement apaisée en très peu de jours , avec une dose de 5 à 6 centigrammes, tandis que la quantité de morphine doit être de 13 centigrammes au moins pour l'agitation intense.

La lypémanie avec hallucinations et stupeur des jeunes filles guérit le plus ordinairement avec la dose de 9 à 10 centigrammes par jour; la lypémanie simple avec 8 à 5 centigrammes.

La lypémanie avec gémissements demande de hautes doses (de 50 à 70 centigrammes) par jour;

La folie cn'culaire, de 40 à 60 centigrammes par jour.

Le calme obtenu, il s'agit de guérir l'aliéné; et c'est, dans la pluralité des cas, avec des doses élevées que l'on peut y arriver. La dose quotidienne de 13 centigrammes continuée pendant un certain temps suffit dans un certain nombre de cas, mais elle est insuffisante dans beaucoup d'autres ; il faut employer jusqu'à des doses quotidiennes de 20, 30, 40 centigrammes et même de 1 gramme. On arrive parfaitement à injecter en une fois 40 centigrammes, même chez des malades qui en ressentent des effets physiologiques.

La dose initiale doit toujours être très faible (1 à 3 milligram.). Je ne me départis jamais de ce mode. Il faut, en effet, avant tout, étudier la tolérance et la susceptibilité de chaque individu, variable suivant le sexe, l'âge, le tempérament et la race.

3° La manière dont le délire disparaît est aussi intéressante ; le déUre se désagrège, les conceptions délirantes, les hallucinations ne forment plus un corps dont les parties se tiennent; elles disparaissent les unes après les autres, de sorte qu'un jour le malade se trouve n'en avoir que le souvenir et ne conserve qu'un peu de

VOISIN. — Leçons cliniiiies. 40

tristesse, de vague et d'étonnement de l'esprit, comme si l'organe cérébral avait subi une commotion dont il est quelque temps à se remettre.

II aborde peu à peu le médecin d'une façon aimable, tandis que jusque-là il avait été muet, ou acariâtre, ou violent.

De méfiant envers lui, il devient confiant ; d'insubordonné, il est soumis , régulier.

Il m'a paru plusieurs fois que les symptômes de la folie disparaissaient suivant nn ordre inverse de Tordre d'apparition. Ainsi , les malades qui ont eu des hallucinations et consécutivement des conceptions délirantes, commencent par être guéris de ces dernières avant de cesser d'avoir les premières. Ils continuent pendant quelques jours encore à avoir des hallucinations, mais ils n'y croient plus.

J'ai noté chez un certain nombre de malades un fait psychologique très intéressant : c'est le retour de la mémoire, qu'ils avaient perdue ou qui était devenue obtuse.

4° Les hallucinations de l'ouïe disparaissent ordinairement les dernières. Les voix, les paroles prononcées deviennent de moins en moins articulées; elles se résolvent en bruits, en bourdonnements, en murmures comme celui que laisse entendre un coquillage placé à l'oreille.

5" L'âge des malades ne me paraît pas exercer une notable influence sur la curabilité par ce traitement, (l'est ainsi que parmi les guéris, 26 avaient de vingt à trente ans, 21 de trente à quarante, 16 de quarante à cinquante, 13 de cinquante à soixante.

6" Je trouve dans une série de 101 de mes malades guéries que 49 étaient mariées et que 52 ne l'étaient pas.

§ 6. — indications de l'emploi de la morphine.

A. La médication morphinique guérit le plus souvent la folie lypémaniaque, qu'elle soit exempte d'hallucinations, ou qu'elle en soit acconîpagnéc. L'état dépressif avec anémie est un de ceux qui cèdent le mieux à la morphine, probablement par suite de cette action excitante primitive indiquée par Cl. Bernard.

B. Les phénomènes mélancolie, stupeur, extase, idées de

Page 1