‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 24 sur 207 · SURACTIVITÉ INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

SURACTIVITÉ INTELLECTUELLE

faculté. Lorsque cette suractivité est encouragée par les parents et par les proches, il peut se produire des affections nerveuses telles que l'hystérie, l'épilepsie, lacliorée, le somnambulisme et de l'aliénation mentale.

J'ai observé plusieurs cas de maladies nées dans ces conditions chez des jeunes gens de quinze à dix-huit ans. Il est à noter que la plupart s'étaient pi'éparés à des examens demandant une étude approfondie des mathématiques. J'ai remarqué encore que chez ces jeunes gens, les maladies nerveuses revêtent des formes extraordinaires que l'on peut difficilement classer : chez deux entre autres, il y avait mélange d'un état méningitique et de nervosisme avec hyperesthésie des sens.

Voici quatre observations intéressantes à plus d'un titre :

Obs. m. — Jeune filJe de vingt-deux ans, dont l'intelligence a été si précoce qu'elle a appris l'alphabet en une heure, et que placée à l'âge de sept ans dans une école, elle a pu en six mois passer à la première classe, et à l'âge de dix ans être la plus forte; à onze ans et demi, elle a remporté le prix d'honneur et les premiers prix dans toutes les facultés contre des camarades ayant quinze ans.

Depuis l'âge de quinze ans, cetle jeune fille s'est mise à rêver de choses incompatibles avec sa position sociale et à parler de mariage.

Enfin, à l'âge de vingt ans, aile a commencé à présenter des signes d'aliénation mentale de nature hystérique, dont elle a guéri par la morphine en injections souscutanées.

Obs. IV. — Un jeune garçon, fils d'un père asthmatique et d'une mère bizarre, avait été entraîné au travail d'une façon excessive.

Vers l'âge de treize ans, cet enfant devint rêveur et fut pris de temps en temps d'états de somnolence qui duraient quinze jours, et pendant lesquels il se promenait, mangeait de la viande qu'on lui coupait. 11 avait, pendant ces périodes, une expression imbécile; et il ne se souvenait pas de ce qui s'était passé pendant ces quinze jours. De plus, en l'élat ordinaire, il était excessivement grossier, il se moquait de tout; il poussait à bout les plus patients.

Il était exceptionnellement bon pianiste et très habile â tourner.

Du reste pas de mauvais instincts.

ii'instituteur spécial à qui il a été confié est arrivé à le guérir de ces états de somnolence en le secouant et en l'occupant â des travaux manuels dès le début de ces périodes de somnolence.

Obs. V. — J'ai donné tout récemment des soins à M. D..., jeune homme de dix-sept ans, dont les ascendants sont bien portants, qui est lui-même grand, fort et intelligent et qui, à la suite de travaux inlellecluels exagérés de mathématiques, pour arriver â l'Ecole centrale, a été pris de fatigue excessive, puis d'hyperesthésie de la peau telle qu'on ne pouvait le toucher, qu'il ne pouvait même se laver, prendre des bains, mettre la main sur du marbre sans éprouver une sensation d'électricité. Après une quinzaiiu' de jours, ce jeune homme fut frappé d'une première attaque épileplique

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(grand mal) et atteint de photophobie très intense, et d'hallucinations consistant en vue de flammes, de visages menaçants et de choses effrayantes.

Les attaques étaient effrayantes, accompagnées de cris sauvages et de gestes très impressionnants.

Ce jeune homme a guéri en six mois de temps par le bromure de potassium à haute dose et par le drap mouillé.

Il fait aujourd'hui son volontariat.

Obs. VL — J'ai donnédes soins àM. L..., jeune homme de dix-huit ans, qui, à la suite de travaux intellectuels des plus excessifs, est tombé dans une mélancolie des plus profondes, accompagnée de refus de manger, de parler, d'un amaigrissement considérable, d'abaissement de la température et d'absence de pouls radial, — 36 pulsations temporales.

J'ai soumis ce jeune homme au traitement par les injections sous-cutanées de morphine et j'ai été assez heureux pour le guérir après six semaines de traitement.

Le prédisposé n'a pas ou presque pas de jugement, de sens commun; il est utopiste, excentrique, original, raisonneur, il contredit sur tout, manque d'esprit de suite, de stabilité, de règle dans l'emploi du temps, et d'ordre dans son travail.

Il a beaucoup trop d'imagination, il s enthousiasme à l'excès pour la poésie, la musique et d'autres arts.

Obs. vil — J'ai vu récemment un jeune homme qui est sur la pente de la folie, et qui est tellement passionné pour la musique qu'il joue du piano toute la journée, déchiffre des morceaux, compose, et qu'il s'est fait acheter un violon sur lequel il s'est essayé pendant des heures entières; et il est à noter que son père lui passait toutes ses fantaisies musicales, avant que je l'eussse averti du danger que pouvait faire craindre une contention d'esprit excessive sur un même sujet d'études.

Un acte récent du fils a enfin éclairé le père ; le jeune homme est monté, un soir, à cheval, les pieds et les jambes nues, et il s'est promené ainsi dans le pays oîison père a sa maison de campagne.

La mémoire est quelquefois exaltée dans sa totalité, mais on observe plus fréquemment de l'exaltation de certaines parties de la mémoire.

Les renseignements que l'on obtient sur les antécédents apprennent quelquefois que l'individu n'a commencé à parler que tard, et que la lecture, l'écriture, ne se sont formées que lentement.

B. Etude des facultés morales. — Les facultés morales sont souvent les seules qui soient atteintes. Nous allons les passer en revue.

i" Amour de l'approbation. — Même dans l'enfance, on peut noter un amour excessif de l'approbation, de la vanité, de la coquet-

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terie ; et chez la femme, il se produit fréquemment, aux périodes menstruelles, des actes destinés à satisfaire sa coquetterie et son désir de plaire.

La femme commet alors des délits de vol, principalement à l'étalage, qui la font incarcérer et la conduisent en justice.

5° Estime de soi. — L'estime de soi est poussée quelquefois à un degré excessif; aussi on voit quelques-uns de ces individus orgueilleux, vantards.

J'ai été consulté pour un jeune homme dont l'intelligence a présenté plusieurs caractères qui indiquent la pente à la folie : mobilité d'opinion, disparition de l'attention, difficulté de fixer son esprit, disposition aux extrêmes et à l'enthousiasme irréfléchi ; son orgueil n'avait pas d'égal; il parlait de ses talents avec une expression de contentement dont on a difficilement idée.

Lorsque l'on contrarie le moindrement ces individus, ils deviennent boudeurs, et la bouderie est portée à un point qui énerve et agace les parents, les instituteurs, les serviteurs les plus patients.

3" Le sentiment du juste, de l'injuste et du bien est souvent peu développé; aussi ces individus ont un égoïsme révoltant; ils sont personnels au plus haut point.

4" La bienveillance peut leur faire défaut et l'on observe alors chez eux des sentiments d'animosité pour leur prochain et de cruauté envers les animaux domestiques.

Beaucoup de ces individus n'ont jamais eu de respect, d'amour pour leurs parents; ils sont au contraire haineux, tracassiers.

J'ai soigné un de ces prédisposés qui, en public même, était d'une impolitesse inconvenante avec son père et avec sa mère, à la moindre observation sur son caractère et sur son peu de travail.

11 vous intéressera, j'en suis sùr, de connaître, en quelques mots, l'histoire de ce malade :

Uns. VIIL — C'était un jeune homme de quinze ans, très intelligent, niais sujet à des manies; son père avait épousé sa nièce. La femme était intelligente mais lymphatique et très impressionnable.

nés l'âge de un an, leur fils avait des tics de la face. On s'aperçut dans sa seconde enfance qu'il était très taquin, (ju'il avait comme des besoins de casser, qu'il se jetait sur ses parents, qu'il les étreignait sans raison et pendant un temps excessif; (ju'il avait des emportements avec son père, que son caractère était sauvage.

A quinze ans, son esprit de contradiction, d'opposition et de révolte contre toute

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personne ayant [sur lui de l'autorité s'accrut; il parlait mal de ses parents, ou bien il était trop familier avec eux et il les interrompait à tout instant lorsqu'ils parlaient.

Il était devenu excessivement vantard, menteur, chipeur, volear même, parlant de choses inconvenantes et ordurières. Dans d'autres moments, il avait des théories singulières sur le travail, sur les ciiances que l'on peut avoir dans les examens.

Il se livrait à des actes inouïs de singularité : c'est ainsi qu'il essayait les bottines de sa mère et qu'il les cachait ensuite, qu'il prenait toutes les bottines de femmes qu'il trouvait à sa portée ; c'est ainsi qu'il liait les mains et les jambes d'une domestique pour abuser d'elle.

11 devint épileptique; j'ai pu l'en guérir au moyen du bromure de potassium, et par les soins d'une éducation appropriée et par les soins d'un instituteur spécial, je suis pai'venu à améliorer considérablement certains côtés de son caractère et à guérir plusieurs de ses défectuosités.

11 fait aujourd'hui son droit.

5° La faculté de la persévérance peut être exaltée et transformée en entêtement, ou bien déprimée, et l'individu est alors insouciant.

6° Ces individus sont gaù; ou bien tristes d V excès et sans raison ; ou tantôt gais et tantôt tristes sans plus de motifs. Ces alternatives de dépression et d'excitation s'observent chez beaucoup d'héréditaires; elles sont, du reste, souvent en rapport avec des troubles digestifs, avec des changements d'habitude et de régime, de saison et de temps, avec une nouvelle lune et avec la menstruation.

7° h' irascibilité y la colère sont des plus fréquentes; en outi^e, ces individus sont vétilleux, méticuleux. Je connais un de ces prédisposés qui s'occupe de lui-même d'une faç on exagérée, qui ne tolère pas une tache sur ses vêtements, et qui fait des scènes très vives à son valet de chambre à propos de rien.

On en voit qui déplacent les objets, les meubles, puis les rangent et les replacent encore ; d'autres qui passent un temps excessif à leur toilette.

Un jeune homme à qui je donne des soins s'est commandé pour quatre-vingt-dix francs d'eaux de toilette en trois semaines.

Un autre s'était mis cinq bagues aux doigts.

La taquinerie est portée quelquefois à un très haut degré dans leurs rapports avec leurs parents et leurs domestiques, et cela môme dès leur bas âge.

J'en ai observé qui avaient incessamment la crainte de devenir

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