‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 4 sur 207 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

lîut de cet enseignement. — Classification des diverses formes de délire. — Insuffisance de cette classification pour arriver au diagnostic de diverses formes des maladies mentales.

Messieurs,

Le but de ces leçons est de vous faire connaîlre les principales Cormes de maladies mentales assez bien pour que vous puissiez donner devant les tribunaux des avis judicieux, dans les cas où vous aurez à intervenir comme médecins légistes, et surtout pour que vous puissiez, dans les l'amilles, soigner les malades atteints de folie, dès le début de la maladie et sans perdre de temps. C'est surtout au début des maladies mentales, en effet, que l'intervention du médecin peut être utile ; plus tard, lorsque les malades ont été gardés un ou deux mois à domicile sans recevoir de soins opportuns, il est bien plus difficile de les guérir; on y parvient encore cependant; mais lorsque les malades sont aliénés depuis deux ans et plus, ou bien leur délire a eu le temps de se systématiser, ou bien un degré plus ou moins prononcé d'afftiiblissement général de l'intelligence est survenu; il s'est produit dans le cerveau des lésions irréparables, et le rtjle du médecin est beaucoup moins étendu et beaucoup moins efficace que dans les cas précédents. C'est donc surtout les médecins qui voient les malades dans leurs familles qui peuvent rendre les plus grands services. Mais, pour cela, il faut d'abord bien

VOISIN. — Leçons cliniques. 1

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faire le diagnostic des maladies mentales à leur début, et la chose est loin d'être facile. Elle serait impossible aux médecins qui se contenteraient d'examiner, chez leurs malades, les troubles intellectuels. Elle devient possible, et quelquefois facile, pour les médecins qui étudient, en même temps que le délire, les diverses manifestations d'ordre somatique, pour ceux qui recherchent, dans les lésions organiques, les causes des troubles de l'intelligence qu'ils constatent; qui, en un mot, examinent l'aliéné, tout comme ils examineraient un malade ordinaire.

La seule constatation des troubles intellectuels est loin de suffire pour établir un diagnostic; vous le comprendrez facilement quand je vous aurai démontré que les diverses formes de délire signalées par les auteurs classiques peuvent se rencontrer dans diverses formes de la folie : c'est pourquoi nous insisterons avec un soin tout particulier sur les troubles somatiques, sur les modifications constatables par l'auscultation, par la percussion, par le thermomètre, par le sphygmographe, par l'examen méthodique des divers appareils, et aussi sur les lésions anatomiques appréciables à l'autopsie. L'étude des troubles intellectuels passera pour ainsi dire en seconde ligne. D'ailleurs, cette étude est extrêmement compliquée, et ce n'est pas en quinze ou vingt séances que je pourrais vous initier sur ce point.

CLASSIFICATION DES DIVERSES FORMES DE DÉLIRE

Pour étudier et pour grouper les divers troubles intellectuels, affectifs, instinctifs, etc., divers auteurs ont proposé des classifications ; celle qui me semble la meilleure est la suivante :

1" Délires partiels : Les malades partent d'un thème initial iaux; mais les déductions qu'ils en tirent sont logiques et leurs allures raisonnables : à ce groupe appartiennent la lypémanie, le délire des persécutions, l'hypocondrie, le délire religieux, etc. Dans d'autres délires partiels, ce sont les sentiments qui sont lésés : à ce groupe appartiennent les folies lucides, si bien étudiées par Trélat. Dans d'auti es délires partiels, enfin, ce sont les instincts qui sont plus spécialement atteints : à ce groupe appartiennent les folies homicide, incendiaire, suicide, la kleptomanie, l'érotisme, la dipsomanie, etc.

CLASSIFICATION DES DIVERSES FORMES DE DÉLIRE

Dans les délires généraux, il existe une perversion plus ou moins profonde de toutes les facultés psychiques; ces états sont représentés soit par des symptômes de dépression (stupeur, stupidité, mélancolie avec stupeur), soit par des signes d'exaltation de l'intelligence (manie, état maniaque).

3" Il y a lieu d'admettre le àéVire pseudo-mononianiaquc, très bien étudié par M. Delasiauve : la faculté syllogistique est conservée; mais il existe une mobilité extrême des idées.

A" Enfin, les délires mixtes sont caractérisés, entre toutes choses, par la dissociation des idées et par un certain degré d'abolition de l'intelligence : ils mènent immédiatement à la démence.

La démence, d'ailleurs, qui n'est autre chose que l'affaiblissement général des facultés intellectuelles et affectives, est l'état auifuel aboutissent à la longue les diverses sortes d'aliénation mentale.

Le délire est le plus souvent accompagné de la perte de conscience : ainsi, dans les délires géuéraux, mixtes, dans la démence, les malades n'ont pas conscience de leur état mental ; ils sont alors véritablement aliénés; mais, dans certains cas de délire partiel, les malades ont la conscience de leur état morbide ; on ne peut pas dire alors qu'ils soient véritablement aliénés. Je vais faire venir devant vous une femme, à peu près complètement guérie, qui m'a prié de la garder à l'Asile, parce qu'elle ne se « sentait pas assez sure d'elle-même ». Cette femme n'est plus, à proprement parler, une aliénée. Pour qu'il y ait aliénation, il faut qu'il y ait ou démence ou délire avec perte de conscience : c'est dans ces cas seulemcnl que la société a le droit de considérer comme des étrangers {alienus, étranger) ceux de ses membres qu'elle ne peut plus conserver sans péril. Cette distinction entre les malades atteints de délire avec ou sans perte de conscience, est importante au point de vue médicolégal ; mais elle est difficile à établir, et une très intéressante discussion, qui eut lieu en 1876 à ce sujet à la Société médico-psychologique, a bien montré combien ce point de doctrine est encore loin d'être élucidé suffisamment (1).

La classification des délires en délires partiels, généraux et mixtes, est bonne à conserver, ne serait-ce que pour le souvenir des

( I) Annales médico-psijcholoyiques, S» série, t. XV, 1870.

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