‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 5 sur 207 · INSUFFISANCE DE CETTE CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE CETTE CLASSIFICATION

noms qui s'y rattachent (Esquirol, Pinel, Falret, Delasiauve, etc.). Mais c'est une classification artificielle, qui serait tout à fait insuffisante pour arriver au diagnostic des maladies mentales. Et d'abord, en effet, elle n'est relative qu'à un groupe d'éléments propres à éclairer le diagnostic; elle n'est relative qu'aux symptômes psychiques; par conséquent, elle ne peut pas suffire à elle seule, et le praticien aurait grand tort de négliger la seconde source de renseignements que lui fournit l'état somatique, pour ne s'attacher qu'à l'étude des phénomènes psychiques; en second lieu, même pour l'étude des phénomènes psychiques, la classification d'Esquirol est passible de certaines critiques; ce qui provient de ce que les phénomènes psychiques sont trop complexes, trop solidaires les uns des autres, pour qu'on puisse les faire facilement rentrer dans une classification irréprochable.

Nous allons d'ailleurs vous démontrer, en vous faisant voir quelques malades, combien cette classification symptomatique est artificielle, et combien elle est incapable de vous mener à poser un diagnostic : Voici une femme atteinte de stupeur mélancolique; sa maladie remonte à deux mois ; elle a débuté à la suite d'un coup de soleil. Avant d'être ainsi mélancolique, cette femme a été très excitée, ses sentiments affectifs étaient pervertis, elle se disputait avec son mari et ses voisins. Dans huit jours, elle sera peut-être atteinte de cette forme de délire qu'Esquirol appelait la monomanie ambitieuse ; elle se croira peut-être riche à millions, puissante, reine et mère de Dieu. Dans quinze jours, elle aura peut-être du délire hypocondriaque, se hgurant par exemple que son estomac est bouché et que ses entrailles sont pourries. Que voulez-vous conclure de ces délires si mobiles? Si votre attention est exclusivement arrêtée sur les troubles psychiques, si vous négligez les quelques signes somatiques que présente cette malade, et qui ont besoin d'être soigneusement recherchés pour être découverts, vous risquerez fort de vous égarer dans votre diagnostic, et, par suite, dans votre pronostic et dans votre traitement ; vous pourrez ainsi arriver à méconnaître la paralysie générale jusqu'au jour où peut-être une attaque apoplectiforme imprévue viendra vous annoncer hautement votre erreur.

Voici, par contre, une mélancolique qui ne parle pas, et sur

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