‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 40 sur 207 · CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CINQUIÈME

LEÇON

Lésions de la cellule cérébrale dans la folie simple; trois degrés: altérations des capillaires cérébraux ; localisation primitive des lésions dans les circonvolutions pariétales; concordance de ces altérations avec les résultats tliermométriques obtenus par Schifl'.

Messieurs,

Je commence cette nouvelle série de leçons avec la conviction de plus en plus grande que la folie est surtout une maladie somatique. J'ai fait, depuis 1870, un certain nombre d'autopsies qui ont été démonstratives sur ce point, et j'ai remarqué de plus en plus qu'un traitement purement moral est complètement insuffisant à améliorer et à guérir la folie. Je rechercherai avec vous, dans cette première leçon, quelles sont les altérations qui se produisent dans l'intimité de la substance cérébrale, et j'espère ainsi vous faire entrevoir de nouveaux horizons pour la thérapeutique de l'aliénation mentale.

Déjà, en 1868, je vous avais signalé quelques lésions de la trame cérébrale, et j'avais insisté sur des altérations congestives consistant en apoplexies, en épanchements d'hématosine et d'hématine dans les gaines lymphatiques, et sur des dilatations des capillaires et la nécrose des vaisseaux; des infarctus, de l'athérome; sur la diminution de la quantité du phosphore, et j'avais fait passer sous vos yeux des préparations microscopiques qui vous ont montré des lésions vasculaires encore inconnues des auteurs modernes (1).

L'état athéromateux, les amas d'hématine et d'hématosine sont les lésions les plus fréquentes.

L'état athéromateux ne se voit, le plus ordinairement, qu'au microscope; cependant il y a des aliénés chez lesquels la lésion vasculaire est généralisée à tout l'arbre artériel et se voit à l'œil nu.

(1) Voyez mes leçons dans l'Union médicale, i8ë9 et 1872, les Annales médico-psijcfwlogiques de mars 1870, et ma communication au Congrès de Bordeaux, 1872.

LÉSIONS CÉRÉBRALES

L'étal athéromateux est surtout abondant aux bifurcations; il occupe rarement toute l'étendue d'un capillaire; cependant certains capillaires sont altérés dans toute leur longueur; les dépôts athéromateux obstruent plus ou moins le canal vasculaire et débordent d'une façon variable la paroi. (Pl. II, fig. 1,2, et pl. III, fig. 2, 3.)

Les lésions athéromateuses sont la cause du troisième genre de lésions, à savoir, des dilatations ampullaircs; on voit très nettement, sur certains vaisseaux, toute la série des modifications de forme et d'altérations que subit le capillaire pour céder sur un point, et présenter la dilatation en ampoule.

Cette dilatation ampullaire est elle-même suivie du quatrième genre de lésions, de la disposition anévrysmale que j'ai rencontrée dans plusieurs cas. (Pl. III, fig. 1.)

Le cinquième genre de lésions vasculaires que j'ai rencontrées consiste en obstructions par une matière granuleuse, pigmentaire, qui cache entièrement la lumière du vaisseau, qui lui fait une sorte de manchon, le déborde et se répand dans la substance environnante. (Pl. I, fig. 4.)

Le sixième genre est caractérisé par des infarctus (voy. fig. 3, p. 64.)

Le septième et le huitième genre, que je n'ai observés que chez des individus aliénés depuis vingt-six ans et plus, sont les conséquences des obstructions vasculaires.

Les vaisseaux, ne recevant plus de sang, meurent nécessairement et arrivent à se fragmenter. On voit alors sous le microscope des morceaux de vaisseaux d'un brun noirâtre, d'autres de couleur fumée très légère, sans lien les uns avec les autres, dont le contour est irrégulier, et dont les extrémités sont déchiquetées. Ces fragments sont peu transparents ; mais le peu de transparence n'empêche pas de voir dans les parois de très petits points noirs. (Pl. I, fig. 5.)

Je n'ai pas encore fait une autopsie d'aliéné atteint de folie simple sans rencontrer une des lésions que je viens d'énumérer, du moment que la maladie datait de deux mois.

Quant aux aliénés atteints de folie simple, qui succombent en un petit nombre de jours à la manie aiguë, la substance corticale cérébrale présente, chez eux, une hyperhéraie intense et une injection très marquée des capillaires les plus fins.

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