SOMNOLENCE HYSTÉRIQUE
passait un grand nombre d'heures du jour à dormir et était d'une originalité excessive dans la conduite de la vie.
Cette somnolence me rappelle ces observations de somnambulisme faites sur des hystériques. M. Moreau a remarquablement décrit ces états où les malades entièrement absorbés en eux-mêmes, sont plongés dans une rêvasserie dont rien ne peut les tirer. C'est, dit-il, l'état de rêvasserie d'un fébricitant, moins la fièvre. Ce n'est à aucun titre l'état de l'aliéné stupide chez lequel en réalité il existe une grande préoccupation d'idées et des terreurs profondes.
J'observe fréquemment, chez ces malades, une faiblesse générale qui les rend incapables de travailler, mais qui disparaît avec une rapidité qui étonne à la suite d'une injection de morphine, même à très faibles doses.
Le délire de la folie hystérique est aigu, subaigu ou chronique.
Les caractères propres à l'hystérie sont plus facilement perçus dans les états subaigus et chroniques ; mais même dans l'état aigu et au milieu de la mobilité incessante de ces malades, du dévergondage de leurs paroles et de leurs actes, qui est le cachet de cette forme, vous pourrez saisir par moments des caractères propres à l'hystérie : suffocations, constriction épigastrique et laryngée, respiration haletante, sanglots, douleurs épigastrique et al)dominale brusques; pleurs et rires sans motifs suffisants; troubles de la sensibilité générale, anesthésie, hyperesthésie.
C'est ainsi que s'est présentée à mon observation, il y a trois ans, dans le service de M. Baillarger que je remplaçais alors, une femme qui a joué un rôle bien fâcheux dans une affaire de séparation de corps d'un des plus fameux médecins de Paris.
Elle m'avait été amenée dans un état de manie complète présentant le dévergondage le plus éhonté de paroles, d'actes et une mobilité incessante, et, pendant quinze jours que dura cet état, elle porta à plusieurs reprises la main à son cou, à sa poitrine comme si elle étouffait ou y souffrait, elle se plaignait de douleurs à l'épigastre, elle pleurait et riait sans raison.
Revenue à la raison, elle raconta qu'elle était sujette, depuis de longues années, à de la sulTocation, à de la constriction à la gorge, h des douleurs épigastriques et à des pleurs sans motifs.
M. Moreau (de Tours) a cité l'observation d'une hystéro-épilep-
FOLIE ACQUISE
tique dont l'état psychique offrait une analogie frappante avec la mélancolie stupide de certains maniaques.
La perturbation mentale s'était définitivement substituée aux accidents convulsifs hystéro-épileptiques. De la névrose proprement dite, il n'était resté que des troubles partiels de la sensibilité générale. Elle tombait dans des accès d'obtusion intellectuelle accompagnés de plaintes, de larmes, de mots incohérents; et en môme temps, notez le bien, d'oppression.
Les accès duraient quelques minutes, après lesquelles la malade reprenait ses sens et répondait aux questions sans paraître se douter de l'état d'où elle sortait,
La folie hystérique n'existe pas seulement, ainsi que je vous l'ai dit, chez la femme adulte, j'en ai moi-même observé un cas chez une jeune fille de quatorze ans dans des circonstances assez intéressantes.
Un peu faible d'intelligence jusque-là, mais bien portante du reste, elle avait déjà eu trois à quatre fois ses règles, lorsque, quelques jours avant l'époque, elle éprouva, à la vue d'un homme qui tombait du cinquième étage, une forte peur, et elle fut prise, pendant près de douze heures, d'un tremblement continu. Quelques jours après, à la période menstruelle, elle fut atteinte brusquement de suffocation, hoquet, sanglots, agitation, bris d'objets à sa portée, et consécutivement il survint du délire pendant trois à quatre jours.
Cet état nécessita son placement dans mon service. Lorsque je la vis, son agitation était inouïe : elle allait, venait sans raison, sans but, gesticulait, ne répondait à peu près à aucune question, mais parlait toujours et prononçait des portions de phrases incompréhensibles, comme (f passez muscade ».
La voix était enrouée, ressemblant à celle d'un homme. Cet état apyrétique se reproduisit à plusieurs reprises, mais elle conserva dans les intervalles une faiblesse inouïe de mémoire, une nonchalance absolue; elle se refusa à toute espèce de travail. Elle errait sans but dans les cours; on ne pouvait rien lui donner à faire parce que au bout de quelques secondes elle avait oublié les recommandations qu'on lui avait faites.
Trois à quatre fois, elle présenta des phénomènes caractérisés par