‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 57 sur 207 · LÉSIONS DES ORGANES EXTÉRIEURS DES SENS · texte numérisé non relu

LÉSIONS DES ORGANES EXTÉRIEURS DES SENS

puisse être cause d'hallucinations. Michéa (1) ne parle que de pression simple, d'irritation mécanique des organes des sens, de l'ébranlement de l'encéphale déterminé par un coup sur la tète, d'une impression trop vive exercée sur les sens par leurs excitants habituels.

Morel pense, comme M. Michéa, que les sens interviennent dans la production de l'hallucination, et il cite en particulier, à l'appui de cette opinion, le fait des hallucinations qu'il appelle dédoublées, et dans lesquelles on ne voit l'hallucination que d'un œil. Une personne observée par Donat, qui voyait toujours une araignée, des spectres et des tombeaux, n'avait l'hallucination que lorsqu'elle ouvrait l'œil gauche, le droit étant fermé. Aussi Morel a-t-il assigné à ces hallucinations la dénomination de sensorielles. C'est celle aussi que je crois la meilleure.

L'influence des lésions des organes extérieurs de la vue sur l'intelligence a été signalée par Dumont, médecin de l'hospice d'aveugles des Quinze- Vingts, dans un mémoire très intéressant sur la cécité. Sur ':2''20 individus atteints de cécité, acquise ou simple, 27 lui ont présenté des désordres intellectuels, variant depuis l'hypocondrie jusqu'à la manie, les hallucinations et la démence. Dumont n'a pas songé à tirer de ces faits un principe thérapeutique applicable aux hallucinés.

Dans le même ordre d'idées, Bouisson a publié l'observation d'un homme qui, atteint de cataracte double, présentait de l'amnésie, de l'incohérence d'idées, un défaut de spontanéité intellectuelle, et qui fut guéri de ces troubles mentaux, lorsque la vue fut rétablie par l'extraction des cristallins (2). Je vous rappellerai encore un cas d'hallucinations de la vue causées par un ulcère scrofuleux de la cornée, et une rétinite, rapporté par Guérin (3).

D'autre part, Griesinger se refuse à admettre que des hallucinations puissent être ce le résultat de l'irritation des épanouissements périphériques des nerfs des sens, parce que, d'un côté, les hallucinations s'observent même dans des sens dont la fonction périphérique est supprimée, et parce que toute irritation directe des nerfs

(1) Michc;i, Dex halliici)ialions, de leurs anaes el des maladies i^u elles 'caractérisent, l'uiis,

(2) Bouisson, Bullelin de l'Académie de médecine, t. XXVI, p. 6.

(3) Revue philo'iophiquc el religieuse, janvier 1859, p. 159.

FOLIE ACQUISE

peut bien, dans la rétine, déterminer des taches lumineuses, des images colorées, mais non des formes précises, compliquées; dans l'oreille, des bourdonnements, mais non des mots formés. »

Messieurs, la clinique vous montrera que ces derniers raisonnements ne sont pas exacts ; car certains faits disséminés dans la science, et d'autres qui me sont personnels (1), démontrent que la suppression d'une lésion des organes de l'ouïe, de la vue, amène la guérison d'hallucinations ; et, d'autre part, des malades que je vous montrerai ont cessé d'éprouver des hallucinations de la vue lorsque la cécité est devenue absolue.

En résumé, l'intervention des lésions des organes extérieurs des sens, dans la genèse de certaines hallucinations et de la folie, est rejetée, ou peu s'en faut, par les auteurs, et l'influence de la mémoire et de l'imagination est considérée jusqu'ici comme jouant le rôle dominant. Sans prétendre supprimer l'influence réelle et souvent unique de cette dernière cause dans nombre de cas, je crois qu'on ne doit pas l'exagérer et qu'il faut réserver une certaine part à l'altération des organes extérieurs des sens.

J'espère vous faire saisir toute l'importance thérapeutique de cet ordre d'idées, et l'avenir qui lui est réservé dans la pathologie mentale.

A. — Folie liée a des lésions irritatives et a l'hyperesthésie

DE l'œil.

1° Folie liée à des lésions irritatives de l'œil.

Les observations que j'ai faites portent presque toutes sur des malades de la Salpêtrière, et, pour toutes les lésions de l'œil, j'ai fait appel au savoir du docteur Galezowski, persuadé qu'une grande expérience en oculistique est nécessaire pour décider de la réalité de certaines lésions, et pour ne pas considérer comme morbides des états physiologiques; en oculistique surtout, ce genre d'erreur est des plus faciles et des plus communs.

Nous avons examiné 28 malades atteints d'hallucinations primitives de la vue, sans préjudice d'hallucinations secondaires. Parmi ces 28, 20 nous ont présenté des lésions des milieux de l'œil, et.

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