‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 59 sur 207 · DIAGNOSTIC DE LA FOLIE SENSORIELLE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DE LA FOLIE SENSORIELLE

deux yeux au devant de la tête; leur corps était plus allongé et plus gros que celui d'une mouche ordinaire. Consécutivement elle a cru voir souvent, étant jeune, des ombres sur le mur, ombres mal définies, ayant un gros ventre. Les portraits, les tableaux, les dessins des papiers de tenture et des rideaux, prenaient la forme de figures le personnes.

Ainsi, voici des malades qui ont présenté, entre treize et quinze ans, des signes d'opacités cristallines. La dernière, en particulier, raconte avec précision un fait assez curieux; elle dit que dans son pays, en Bretagne, cette sensation de mouches noires est assez fréquente chez les individus^ qu'on appelle cela avoir des langoiix; et, ceci doit moins étonner qui connaît la Bretagne, elle ajoute que l'on fait des processions pour les éviter et les empêcher de grossir. Le symptôme serait donc fréquent.

L'existence de phénomènes semblables dans l'adolescence me paraît un fait très intéressant.

En tous cas, on comprend que les symptômes que je vous ai énon« cés doivent impressionner vivement des adolescents et des enfants.

Le diagnostic de la folie sensorielle est facilité par un signe qui permet de distinguer les hallucinations qui lui appartiennent, des hallucinations psycho-sensorielles et psychiques qui sont le propre d'autres formes de folie; elles cessent, en eiïet, lorsque les malades ont les yeux bandés ou sont dans une obscurité profonde. Les malades, au contraire, qui sont atteints d'hallucinations psycho-sensorielles ne cessent pas de les avoir lorsqu'un bandeau a été appliqué sur leurs yeux, et ceux qui en ont aussi de l'ouïe ne cessent pas de les avoir, les oreilles bouchées. A l'inverse de ce qui existe chez les autres, la rétine ne paraît donc jouer aucun rôle dans la pi'oduction des phénomènes. Ce moyen me paraît absolument propre à différencier les hallucinations sensorielles des psycho-sensorielles et psychiijues, et être un guide précieux pour le traitement.

La cessation de l'hallucination par le fait de l'obscurité complète ost, en somme, en concordance avec la suppression de l'hallucination sensoi'ielle par la cécité absolue. Ceci est évident pour ces deux malades, et est en désaccord avec l'opinion d'Esqnii'ol, qui se fondait sur l'existence d'hallucinations de la vue chez des aveuales pour affirmer la iion-pai'licipation des organes extérieurs des sens

FOLIE ACQUISE

à la production de ces phénomènes; mais d'abord, ainsi que l'a fait remarquer Foville père, rien ne démontre que, dans un œil cataracté, quelques fibres nerveuses ne persistent pas, qui puissent transmettre une irritation aux centres nerveux, et puis Esquirol a peut-être fait des observations sur des individus atteints d'hallucinations psychiques ou psycho-sensorielles devenus accidentellem en aveugles.

La pathogénie de la folie hée à ces hallucinations sensorielles me semble pouvoir être comprise de deux façons, qui, loin de s'exclure, se complètent au contraire. Ou bien l'incertitude de la vision, les Formes singulières, anormales des objets, les sensations fausses, la vue des mouches, araignées, etc., les illusions déterminent un état de crainte, de doute, de terreur même qui réagit sur le caractère, et plus tard sur l'intelligence et l'imagination; ou bien les lésions de l'œil amènent dans les épanouissements des nerfs optiques et dans les centres optiques un état d'irritation qui n'aboutit tout d'abord qu'à des sensations exagérées, fausses, multipliées, ou à des illusions confuses qui, persistant, prennent un caractère de réalisme. Ces hallucinations sont alors des perceptions déviées, mais réelles, que l'individu voit comme il vous voit. Ces deux inodes pathogéniques s'accordent très bien comme point de départ avec la lésion intra-oculaire, et l'imagination n'a rien à faire ici, primitivement au moins, puisque l'occlusion des yeux, l'obscurité, font cesser le phénomène. Ces malades disent expressément que, par une nuit obscure, ils n'ont plus de visions.

En est-il de môme dans les hallucinations psycho-sensorielles et psychiques? Non, certes, et tandis que la mémoire et l'imagination y sont primitivement troublées, ainsi que l'ont bien montré Esquirol et Baillarger, elles ne sont atteintes que secondairement dans les hallucinations sensorielles.

Je ne saurais vous dire combien, dans la folie, il est important de connaître le point de départ, l'état primitif, sans quoi l'on ne peut se reconnaître au milieu du dédale des phénomènes secondaires.

La conviction que ces hallucinations ont purement et simplement une origine sensorielle et les cas de guérison dont je vous ai déjà

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