‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 61 sur 207 · C. — Folie liée a l'hyperesthésie de l'odorat · texte numérisé non relu

C. — Folie liée a l'hyperesthésie de l'odorat

Les considérations précédentes s'appliquent au sens de V odorat, dont l'hyperesthésie est bien évidente dans certains cas.

En résumé, ces trois sens sont le siège de symptômes dont l'analogie pathogénique concorde bien avec la similitude de leurs appareils anatomiques et l'existence de cellules vibratiles dans chacun d'eux.

Les considérations applicables au sens du toucher seront mieux à leur place dans la leçon suivante, consacrée aux névralgies et aux illusions viscérales, parce que, chez la plupart des aliénés qui ont des hallucinations dites du toucher, il est bien difficile de les distinguer des hallucinations de la sensibilité générale.

D. — Folie liée a l'hyperesthésie du système cérébrospinal et du grand sympathique.

Les manifestations névralgiques sont fréquentes chez les aliénés, surtout chez la femme, etsont plus souvent qu'on ne le suppose l'origine de la folie. Si la connaissance de ces phénomènes d'hyperesthésie est facile chez l'aliéné guéri ou amélioré, il n'en est pas de même dans la période d'état, l'aliéné ne faisant presque jamais alors l'aveu ni la confidence de ce qu'il éprouve, parce qu'il en attribue la cause à des individus qu'il croit intéressés à lui nuire.

C'est en présence de cet ordre de phénomènes qu'il faut laisser de coté les théories métaphysiques et philosophiques sur la genèse de la folie, et qu'il faut franchement étudier l'aliéné comme un malade ordinaire qui a une affection physique.

Les principales manifestations névralgiques qu'on observe chez cas aliénés portent sur les membres, le tronc, la tête, sur les organes génitaux internes et externes. Ce sont des névralgies des membres supérieurs et inférieurs et des organes génitaux ; des névralgies lombo- abdominales, sus -ombilicales, intercostales, cervicales, faciales, syncipitales; de la gastralgie, de l'enléralgie.

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Chez quelques malades, l'affection revêt la forme de névralgie générale; chez d'autres, la douleur est répandue dans un membre, dans une région, ou bien elle est parfaitement localisée, et n'occupe qu'un espace de quelques centimètres.

La douleur revêt toutes les formes possibles : arrachement, traction, pincement, feu, froid, lourdeur, légèreté, élasticité. La douleur a parfois une intensité telle, qu'elle peut provoquer des phénomènes très pénibles : ainsi, chez un individu lypémaniaque et halluciné, la douleur a débuté, violente, à la partie supérieure du fémur, a duré une demi-heure, et l'a mis dans un état très pénible. Il lui semblait qu'il allait mourir ; son cerveau lui semblait vide ; il avait des impatiences terribles ; au bout d'une demi-heure la douleur ayant disparu, il est resté dans un état d'inquiétude très vive.

La douleur fixée h la région syncipitale a une influence toute spéciale sur les idées de suicide.

Une névralgie sous-mentale avait donné à une de ces malades des envies démordre. Des injections de morphine l'en ont guérie. Un point douloureux, si tué entre l'appendice xiphoïde et l'ombilic, avait donné à une malade l'idée qu'elle avait une bête dans le ventre.

Obs. XXXV. — Névralgie trifacialc et de la dure-mère. Illusions de la vue

et de Vouie.

La nommée FaL.. âgée de quarante-quatre ans, souffre de névralgie trifaciale depuis l'âge de seize ans, consécutivement à une marche dans la neige pendant une période menstruelle. Elle a contracté depuis ce moment une névralgie frontale qu'elle a gardée depuis, sauf pendant quelques intervalles. La névralgie s'est étendue progressivement à presque toutes les parties de la tète et s'est compliquée, dans^ces derniers temps, d'illusions de la vue et de l'ouïe.

Elle est entrée dans mon service le 16 novembre J880.

On est frappé par l'expression profondément triste et souffrante de sa physionomie.

La malade tient dans ses mains la partie postérieure de sa tète ; elle indique les régions occipitale, bregmatique et temporo-pariétale, comme siège de la douleur maximum.

Elle éprouve dans la région bregmatique des tiraillements qui s'irradient dans tout le cuir chevelu, et qui donnentl'idée de piqûres d'orties. De plus à chaque mouvement d'inclinaison de la tète à droite ou à gauche elle ressent dans l'intérieur de la boîte crânienne une douleur excessivement forte; c'est pour l'éviter qu'elle tient sa tête avec ses mains.

Elle accuse des bourdonnements d'oreilles, de la pliolo})hobie. Il lui semble qu'on bat du fer près d'elle, qu'on lui coupe les oreilles.

«On dirait en outre, dit-elle, que je ne suis plus la même; que ma tête est rapetissée. »

IIYPERESTFIRSIE DU GRAND SYMPATHIQÎIE.

Par moments, elle nous voit autres que nous ne sommes et elle croit apercevoir des flammes. Pas de sommeil.

Ces douleurs lui donnent l'idée de se détruire; mais je ne voudrais pas, dit-elle, le faire, j'ai la foi.

Iles pointes de feu, à la région bregmatique, et des injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine améliorent son état.

Le phénomène nerveux peut non seulement revêtit^ la forme douleur, donner naissance à des hallucinations du toucher (1), mais encore présenter la Ibime aura, et, comme l'aura épile|ili(|ue, monter dos membres inférieurs, des parties génitales, du coude, à la tête, et déterminer alors un trouble instantané, une angoisse très pénible, des cris et. des mouvements désordonnés. J'ai vu deux malades dont la folie avait éclaté subitement à la suite de semblables auras partant du coude, et j'ai pu, chez un d'eux, empêcher un second accès en in jcclant aussitôt sous la peau une dose suffisante de morphine.

Lorsque l'hyperesthésie porte sur le système ganglionnaire, elle donne lieu aux symptômes les plus singuliers. Ainsi, elle peut déterminer une sensation de faim, de vide continuel épigastiique, de besoin continuel démanger, déboire, et en môme temps des besoins incessants et impérieux d'uriner, et un état très pénible de tympanite. Tel était le cas, chez une lypémaniaque, dont voici l'observation résumée :

Ors. XXXVI. — Femme de quarante-huit ans. Aménorrhée depuis deux ans, malade lopuis neuf mois Face crispée. Expression de malaise. Anxiété suspirieuse. Sensation de vide continuelle et très péiiihle dans l'épigastre. P)esoin incessant de mander. Tympaiiite. Iicsoiiis très fréquents d'uriner. Un peu d'incontinence. Constipation )piniàtre. Douleur lomho-sacrée. La malade passe son temps à manger, ne parle que le manger, et l'intelligence s'est affaiblie en même temps que ses idées ne sont porées que vers la seule préoccupation de satisfaire son appétit. Elle ne se tient plus propre.

Chez deux autres, elle a porté sur le clitoris, y a déterminé une excitation très douloureuse qui ne leur laissait aucun repos, et qui nuit détei^miiié, à la Ihi, un état de folie, des gestes désordonnés, les hallucinations et du délire de persécution.

Obs. XXXVII, — Jeune fille de vingt-deux ans. Depuis trois ans, douleur continue lans le clitoris, pour laquelle il a été fait des cautérisations au fer rouge , et la dila-

(1) Brierre de Iloisinont, Uallucinalions, p. 83.

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talion forcée des parties génitales externes. Depuis six mois, iialiucinations de rouïe. Gestes désordonnés. Regard très singulier. Ne fait que parler des libres de ses parlies génitales; se découvre à chaque instant, met ses jambes en l'air et écarte ses grandes lèvres, en prenant des poses incroyables. Des injections de morphine à doses très élevées ont guéri la folie et ont beaucoup diminué la douleur clitoridienne.

Obs. XXXVill. — Jeune fille de vingt et un ans. Depuis l'âge de treize ans, douleur clitoridienne, suivie, au bout de trois ans, d'hallucinations internes, relatives au sens génital. Idées de persécution en rapport avec ces hallucinations. Plaintes, chez un commissaire, contre son patron. Je l'ai guérie par la morphine.

J'ai VU aussi l'hypeiTSthésie des corps caverneux et le satyriasis déterminer, à la longue, la folie lypémaniaque, accompagnée ou non d'hallucinations.

Obs. XXXIX. — Névralgies faciales et de la tête des plus intenses. Folie hystérique hypémaniaque. Gémissements. Idées de persécution. Préoccupations religieuses. Guérison par le traitement morphinique. (Dose maximum 0,60).

La nommée Ra...., domestique, âgée de quarante et un ans, est entrée dans mon service, à la Salpêtrière, le i janvier 1876, dans un état de folie caractérisée par de l'exaltation, des préoccupations religieuses, des idées de persécution et des menaces de suicide par immersion et pendaison, à cause de crimes imaginaires. Les sens sont normaux; la parole est nette et facile; la mémoire intacte : pas d'ataxie de la langue ni des lèvres.

Rien de particulier à l'examen des divers organes. Hyperesthésie notable de la région iliaque droite. Anesthésie des membres inférieurs, du membre supérieur gauche; rinh'oduction du doigt à l'épiglotte ne détermine pas de phénomènes réflexes.

Les diamètres du crâne sont un peu au-dessus de la moyenne. La malade se plaignait depuis longtemps de douleurs de tête et d'estomac, était très nerveuse et a eu plusieurs crises avec chute à terre, constriction à la gorge; étouffement, sensation de brûlure générale. Antécédents héréditaires : son père, très original, toujours souffrant, dyspeptique.

Commencement du traitement par injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine, des prises de bromure de potassium, des bains de Rarèges. — Dose initiale de morphine, 3 milligr.

Le 26, mêmes sensations, même douleur iliaque; n'a pas conscience de son état: Je suis coupable, dit-elle, et non malade. — 35 milligr.

Le 27 mars, elle est toujours plaintive, mais plus calme et ne crie plus ; une douleur précordiale qu'elle attribuait à un cancer a disparu. — 7 centigr.

Le 9 mai, elle éprouve encore une sensation de brtilure générale et d'étoulfement; elle voudrait bien travailler, mais n'en a pas la présence d'esprit; se sent entraînée comme dans une vague; rêve toujours qu'elle est dans l'eau; les douleurs névralgiques ont cessé. — 20 centigr.

Pendant les mois suivants, l'amélioration se fait lentement. Au mois d'octobre, elle va bien, n'a plus que quelques douleurs, mais pas de délire.

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