FOLIE DES FEMMES ENCEINTES
Les prodromes se maniTestent chez les femmes enceintes par de rabattement, de l'immobilité, la perte du courage, par des angoisses, de l'anxiété, une disposition mélancolique parfois très tranchée, des troubles digestifs, cardiaques, plus rarement de l'excitation. D'autres indiquent être sorties de l'état normal par des excès de ])oisson.
La folie connrmée se produit quelquefois au moment de la conception ; alors l'incubation est très courte, d'autres fois elle a lieu pendant le cours de la gestation, surtout au septième mois. La primiparité ne paraît pas avoir d'influence non plus que la mnltiparité; les plus grandes causes sont du côté des prédispositions héréditaires, des antécédents, comme une grossesse antérieure accompagnée de folie. (On a vu des folies chez une femme au début de sept grossesses, chez une autre au début de dix grossesses.) La forme de l'aliénation mentale est la forme triste avec délire partiel, hallucinations tristes, dipsomanie, folie morale, idées de suicide et d'infanticide très fréquentes; manie rare.
Ces femmes se livrent à des actes délictueux, à des vols portant sur tout indistinctement ou sur des objets spéciaux. Ainsi Marcé cite l'observation d'une dame qui volait spécialement de la volaille, privée qu'elle était momentanément de réfléchir sur les conséquences de sa conduite.
La loi deranlll considère la femme enceinte comme ne jouissant pas de toute sa liberté morale.
D'un autre côté, certains auteurs ne croient pas à une diminution de responsabilité; je pense que dans ces vols, dit vols d'aliénés, il ne faut pas avoir d'opinion absolue, mais qu'on doit tenir compte des antécédents héréditaires et autres, des mobiles de l'acte, de l'état de l'intelligence, et avoir présents à la mémoire différents cas bien nets que je pourrais citer : par exemple, celui d'une dame qui a présenté de la kleptomanie à toutes ses grossesses, le cas cité par Georget d'une mère de cinq enfants, enceinte de cinq mois, qui les a précipités dans un puits et s'y est jetée ensuite, et celui d'une fenune peu intelligente, d'un caractère diflicile, triste, qui, pendant sa grossesse, chercha sans raison à empoisonner son mari.
Ce genre de folie présente souvent de l'amélioration et quelquefois se termine par la guérison au moment de l'accouchement; d'autres
l'OME ACOUISE.
fois, la folie persiste et s'établit à l'état chronique sans que l'accouchement ait augmenté le délire. Le traitement à instituer devra naturellement être une sorte de révulsion sympathique : bains, affusions froides sur la tête, vésicatoires, cautères et exercices et travail réguliers.
B. Folie des nouvelles accouchées. — Cette folie s'est manifestée chez les primipares le plus souvent, d'après Reid, Macdonald, et Fuke, chez les multipares d'après Marcé et moi. Quoi qu'il en soit, l'hérédité est une des causes les plus puissantes prédisposantes. Weil a observé cette cause i4 fois sur 30. D'après mes observations personnelles, je retrouve chez Br... le père mort aliéné, une sœur exaltée; chez Hu... la mère ivrogne, le père excentrique, extravagant; chez Mi.... le grand-père paternel mort aliéné, le père mort aliéné.
Il y a aussi à tenir compte de l'état social antérieur, état de malheur, grossesses intempestives, etc., l'état mental antérieur est aussi à noter; on trouve que toutes ces malades étaient bizarres, singulières, irascibles, exaltées, mobiles, changeantes, ayant ^des manies ridicules et insignifiantes.
Le début a lieu d'ordinaire avant la fin des six premières semaines, rarement après le deuxième mois.
Cette folie est le plus souvent de nature anémique et est sous la dépendance de la plus ou moins grande quantité de sang perdu ou bien de l'anémie résultant de la lactation.
Quelquefois cependant on observe un état congestif, c'est lorsque la folie est causée par la suspension subite de la lactation, comme pour la malade Hu..., déjà citée, à la suite d'une triste nouvelle apprise le lendemain de l'accouchement. Les causes occasionnelles sont : le retour de la menstruation (cause sympathique), les émotions morales (Hu....), l'éclampsie qui laisse un état de torpeur, l'issue de sang par le sein, admise par Planchon, niée par Marcé; je l'ai observée dans le cas suivant.
Ous. XIJV. — La nommée Hu..,, âgée de trenle-huit ans, est entrée le 28 juillet 1805 dans mon service de la Salpètrière.
Mère morle il y a deux ans, de vieillesse. Buvait de l'eau-de-vie et s'enivrait.
Père vit, est inlirme, a fait très mauvais ménage avec sa femme, parce qu'il buvait aussi, et il a ainsi mangé tout son bien,