FOLIE SUICIDE
aux connaissances que l'on a aujourd'hui sur les centres psychomoteurs et sur le rôle des circonvolutions pariétales et des lobules des plis pariétaux dans les phénomènes de motilité, vous comprendrez l'importance qu'il y a à rencontrer ces altérations chez une malade qui présentait au plus haut degré les tendances impulsives .
Je chercherai à pénétrer plus avant dans la physiologie pathologique de ces phénomènes maladifs.
Comment expliquer quedes idées délirantes puissent avoir leur siège f dans des circonvolutions considérées comme dévolues à la motilité?
L'explication est très simple, lorsqu'on accepte les opinions de Ferrier, de Carville et de Duret sur la participation d'un effort intellectuel et volontaire à la fonction motrice des circonvolutions appelées par ce fait psycho-motrices; lorsqu'on connaît les travaux de Meynert sur les fonctions différentes des couches de cellules de l'écorce cérébrale; en un mot, si l'on admet que des centres psychiques occupent les mêmes régions que les centres moteurs.
L'étude de l'aphasie a déjà fait avancer cette question, car il est de plus en plus évident, pour quiconque examine un aphasique, que son infirmité dépend de la perte de la mémoire des mots et de l'incoordination des mouvements de la langue et des lèvres, et comme des lésions très limitées de la 3° circonvolution frontale l'ont produite, il est certain que les altérations ont atteint un centre psychique, siège de la mémoire des mots, et un centre moteur, siège des mouvemenls coordonnés de la langue et des lèvres.
L'anatomic de la substance grise d'une circonvolution montre, du reste, des différences tellement grandes dans la forme des cellules, qu'il est évident que les fonctions de ces groupes dissemblables de cellules ne sont pas les mêmes. Les unes sont fusiformes et sont pourvues de prolongements plus ou moins nombreux; d'autres sont arrondies, et, ce qui permet encore davantage d'admettre pour ces diverses variétés de cellules des fonctions différentes, c'est que les unes sont absolument semblables à la forme des cellules sensitives de la moelle épinière, et que d'autres, celles pourvues de prolongements, ressemblent aux cellules motrices de cet organe. En effet, les éléments de la 'J''"" couche et de la 4" sont arrondis, rarement allongés, ou pyramidaux, ou triangulaires, etressemblent aux noyaux sensibles de la moelle allongée, et le? élé-
FOLIE ACQUISE
ments de la 2", de la 3° et de la 5"^ couche sont pyramidaux et fusiformes et ont une conformation semblable à celle des cellules des noyaux des nerfs moteurs dans la moelle allongée et dans la moelle épinière.
Pour en revenir à notre sujet, la réunion de cellules sensitivopsychiques et de cellules motrices dans la même zone de substance grise d'une circonvolution nous permet de comprendre l'association de deux phénomènes d'une nature aussi dissemblable que la douleur et l'impulsion au suicide.
Mais sachez qu'il faut que cette douleur soit forte, continue, sans répit, et c'est le cas pour ces malades ; et c'est alors que la douleur peut déterminer une série d'idées qui conduisent à une incitation volontaire de nature triste, à une impulsion suicide.
De plus, la douleur peut provoquer les impulsions les plus dangereuses, lorsqu'elle est bée à des lésions congeslives méningo-cérébrales capables d'irriter, de titiller les cellules sensitivo-psychiques et motrices sous-jacentes.
Dans certains cas, ces lésions pourraient même exister sans douleur et n'en déterminer pas moins l'impulsion dangereuse.
En résumé :
i° Les considérations dans lesquelles je suis entré au sujet de l'idée de suicide sont, en somme, en concordance avec l'opinion qui a cours aujourd'hui sur la réunion dans les mêmes circonvolutions de centres psychiques et moteurs ;
2° La rapidité des actes impulsifs est encore une preuve de la relation intime qui lie la pensée à la manifestation extérieure et inconsciente et du siège dans une même partie de Técorce cérébrale de centres psychiques et de centres moteurs et il semble que la soudaineté des actes impulsifs s'explique par la transmission à des cellules motrices, par l'intermédiaire des fibres nerveuses du réticulum, de l'irritation des cellules sensitivo-psychiques avoisinantes;
3° La clinique et l'anatomie pathologique se sont accordées, dans un certain nombre de cas, pour m'autoriser à localiser l'idée de suicide et l'impulsion au suicide dans un territoire de l'écorce cérébrale correspondant à la région bregraalico-iniaque, etsitué dans la partie la plus interne des i'" et 2' circonvolutions pariétales, et dans les lobules pariétaux, c'est-à-dire dans les parties moyennes du cerveau.