TREIZIEME LEÇON
De la folie causée par le siège de Paris et par la Commune.
Messieurs,
J'ai l'intention do vous faire passer, aujourd'hui, sous les yeux plusieurs cas d'affections mentales qui ont trouvé, dans les phases nouïes que notre pays a traversées, toutes leurs causes d'origine et le développement. Ce n'est pas en moi, croyez-le bien, un simple îésir d'ajouter quelques traits à ces tristes tableaux, et d'exciter gratuitement votre curiosité par cette exposition de quelques conîéquences bien douloureuses du siège et de la Commune.
Si je n'ai pas craint de sembler peut-être rechercher le bénéfice 'acile de l'intérêt d'une telle revue rétrospective, c'est que j'ai trouvé à des observations qui sont d'une certaine utilité pour la discussion le points assez importants de la pathogénie des afl'ections mentales.
Tout d'abord, Messieurs, il est une question préjudicielle qu'il m faut résoudre devant vous.
On a dit, et vous avez entendu dire, qu'à Paris, le nombre de :cux qui avaient perdu la raison au milieu des désastres de la patrie, îst bien moins considérable qu'on aurait pu l'imaginer; mais on ne parait avoir surtout établi cette allégation sur des statistiques aites dans des établissements qui reçoivent les individus aisés ou nches. Appliquée à ce cas spécial, cette remarque est exacte, j'en conviens, parce que la plupart des personnes appartenant à ces classes, ont pu quitter Paris après le siège, se reposer, se reconstiuer, et échapper aux vexations (ju'ont eu à supporter ceux qui sont ;'estés dans Paris sous la Commune. Mais on ne saurait plus l'adnettre à l'endroit des indigents et de ceux dont les ressources, re-
FOLIE ACQUISE
posant sur le travail journalier, ne leur ont pas permis de quitter Paris. Ceux-là, et principalement les femmes, ont été éprouvés en grand nombre.
Ceci posé, j'aborde l'examen d'un principe de pathogénie généralement admis en pathologie mentale et dont le domaine me semble avoir été étendu outre mesure, c'est, du moins, ce que j'espère vous démontrer, justement à l'aide d'observations relatives à plusieurs malheureuses victimes du premier ou du second siège.
C'est un article de foi, devant lequel se sont inclinés beaucoup d'aliénistes depuis longtemps déjà, que toute folie simple relève en dernière analyse de l'hérédité ou de l'idiosyncrasie; pour eux, ces causes prédisposantes sont tout, les causes occasionnelles presque rien, pas même toujours l'étincelle qui allume le feu tout préparé.
Cette proposition exprime la vérité dans la plupart des circonstances.
Oui, il est bien vrai; scrutez avec soin, comme sans parti pris, les ascendants et le passé d'un individu qui vient d'être frappé d'aliénation, et le plus souvent vous retrouverez plus ou moins haut dans ses ascendants, soit paternels, soit maternels, la preuve indiscutable de l'hérédité, comme aussi vous pourrez retrouver plus ou moins loin dans l'histoire fidèle de sa vie antérieure, l'indice non moins flagrant de l'idiosyncrasie déjà révélée par des paroles, des tendances, par des actes plus ou moins nombreux, plus ou moins délirants, plus ou moins remarqués.
Mais je crois fermement qu'en certaines circonstances, en dehors de toute hérédité, en dehors de toute idiosyncrasie, sans aucun avertissement antérieur, les causes occasionnelles s'accumulent, pour ainsi dire, sur un même individu, avec une énergie prolongée et toujours croissante, et peuvent atteindre le pouvoir décisif de l'hérédité et de l'idiosyncrasie.
Or, Messieurs, songez un seul instant à cet espace de temps qui s'étend de juillet 1870 à juin 1871, et dites-moi s'il fut jamais un concours d'événements plus aptes à constituer un programme suivant lequel les causes occasionnelles, contingentes, accidentelles, suffisent à elles seules pour briser un ressort, même bien trempé, d'une intelligence humaine.
Ces défaites sur défaites au lendemain même des espérances les