‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 76 sur 207 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

Folie du jeune âge.

Messieurs,

On n'a pas d'exemples fréquents de folie dans le jeune âge. Les cas observés par Guislain, Perfect, Haslam, Friedreich, Brierre de BoismonL, Delasiauve et Le Paulmier (i) sont intéressants, Ce que la folie (lu jeune âge offre d'intéressant, c'est qu'elle renverse les théories des aliénistes qui soutiennent que la folie est uniquement le résultat de passions exagérées. Ce n'est pas, en effet, Messieurs, dans l'enfance que se trouvent ces grandes passions qui plus tard agitent l'homme et traversent sa vie.

Et d'abord, que faut-il entendre par folie du jeune âge? Quelle catégorie d'individus faut-il y comprendre? — Eh bien! nous rangerons parmi ces aliénés tous ceux qui n'auront pas encore atteint dix-huit ans, et nous ne les confondrons pas avec les idiots, les imbéciles, ni avec les malades atteints de dégénérescence, d'arrêt de développement cérébral et d'anomalies morales et instinctives. J'ai vu des enfants aliénés à l'âge de quatre ans.

La prédisposition joue ici, comme chez l'adulte, un rôle important, et je ne parle pas seulement de l'hérédité, mais aussi de cette prédisposition morbide en vertu de laquelle des enfants ne peuvent avoir une angine simple, un léger embarras gastrique sans présenter du délire.

Les causes les plus fréquemment occasionnelles sont, en première ligne, l'onanisme, habitude déplorable et souvent enracinée

(I) Lepaulmier, Dett ii/l'ecliom mentales chalcs (nfants et en particulier de la manie. Thèse, Paris, 185(3.

FOLIE DU .iFJ'NR AGK.

chez l'enfant, soit par jjenchant nalurel, soit par habitudes acquises. — Mais ce n'est point là tout le bihm de ces causes occasionnelles : la menstruation, l'helmintiase, le Lraumalisme du crâne, des impressions morales terrifiantes, des agents toxiques tels que l'alcool, le sulfure de carbone, l'intoxication saturnine, l'épilepsie, l'hystérie, une riiéningite antérieure, des exanthèmes répercutés, et enfin cette imitation contagieuse qui produit la folie épidémique: voilà autant de causes nombreuses et irrécusables.

M. Brierre de Boismont a fait remarquer que, dans les collèges, bon nombre d'individus prédisposés deviennent fous par suite de mauvais traitements.

Un premier fait domine la pathologie mentale de l'enfance : les hallucinations y sont toujours suivies de folie. En effet, l'intelligence, la raison encore peu développée de l'enfant sont incapables de résister et de réagir contre des sensations fausses, et l'erreur trouve facilement crédit dans leur jeune esprit, tandis que l'adulte est souvent en état de se rendre un compte exact de ses hallucinations, et, parla, d'en éviter les funestes conséquences. L'enfant ne peut être lialluciué sans être aliéné, et c'est ce qui explique comment ces hallucinations survenues chez des enfants donnent si fréquemment lieu à des histoires de miracles ; ainsi le miracle de Lourdes a été affirmé sur la foi d'une enfant hallucinée qui est morte après un séjour de plusieurs années dans le couvent desUrsulines de Nevers ; j'ai eu pendant plusieurs mois dans mes salles une femme qui, depuis son adolescence, voit la sainte Vierge dans le ciel, et qui a ainsi rempli le principal rôle dans le miracle de la Salette.

Voici les observations de ces deux malades :

Obs. I;XIV. — Je tiens d'un de mes confrères, le docteur Delinas, de Roquecourbe (Tarn), les notes suivantes sur Dernadelte, la visionnaire de Lourdes, qu'il put examiner quelques jours après l'apparUion, en compagnie du président du Conseil général des Hautes-Pyrénées, dans son cliàteau.

« On était d'abord frappé, dit-il, de la constitution cbétive et racliitique de la jeune fille, et de sa pbysionomie idiote; il y avait cbez elle une étroitesse extrême du frontal, avec inclinaison très forte en arrière. Ayant ausculté sa poitrine, j'y constatai des râles sibilants et les signes d'une maladie organique du c:i ur.

ï Je la vis le lendemain, avec le directeur de la ferme-école de Lourdes ; je trouvai Bernadette en proie à une dyspnée approcliant de la suffocation : la face était livide, bleuâtre; les lèvres et le nez tuméfiés. Il existait un état surapoplectique, avec hébétude des facultés intellectuelles; elle se plaignait de violents maux de tôle.

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