‹ Leçons cliniques sur les maladies mentales et sur les maladies nerveuses professées à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 78 sur 207 · FOI.IE DU JEU^'E AGE · texte numérisé non relu

FOI.IE DU JEU^'E AGE

nue comme une statue blanche, avec une triple couronne sur sa tête, en forme de rosaire.

Quelques jours après, elle reçoit à l'hôpital la visite de M"" de la Merlière et d'un médecin très âgé, M. Berjon, M"" de la Merlière me dit qu'elle n'a pris li... comme femme de confiance que deux ans après l'apparition de la Salette, alors que la cousine de B... m'a affirmé qu'il y a trente ans qu'elle est avec elle.

l^endant tout le temps de l'entretien que j'ai eu avec la malade et les deux visiteurs, il a été évident pour les personnes qui y assistaient, et pour moi, que M"" de la Merlière interrompait B. . toutes les fois que je l'interrogeais sur la Salette, et que tous les trois ils échangeaient alors des regards d'intelligence et se taisaient.

J'obtiens encore à ce moment de B... l'aveu qu'elle avait vu la sainte Vierge au Tioins vingt fois ; mais M"'= de la Merlière paraît vivement contrariée, et me dit que ce sont des illusions qu'elle a eues.

Je demande à B... si elle connaît les deux jeunes pâtres dont il a été question à propos de la vision de la Salette; elle prend alors une pose extatique, me dit qu'elle les connaissait bien, qu'elle les a embrassés; la mauvaise humeur de M"" de la Merlière et du médecin ne fait qu'augmenter, et la comtesse fait taire B...

Un des jours suivants, B. .. me dit que, dans une de ses tournées dans les montagnes, près de Corps, elle a vu la sainte Vierge sur le bord d'un précipice, un peu après le coucher du soleil, et que, quelques instants avant, elle a aperçu les deux pâtres gardant leurs agneaux.

« J'ai vu, dit-elle, encore la sainte Vierge en 1857 »

Deux mois après son entrée dans mon service, je l'ai trouvée un matin en extase, regardant le ciel, pur de tout nuage: elle m'a dit qu'elle voyait la sainte Vierge en blanc, la tète couverte d'une couronne.

Le 2 juillet elle me montre dans le ciel, qui est très pur, un point oii elle voit la sainte Vieige, en cheveux blonds, la figure souriante, et elle s'agenouille.

Lorsque cette femme est sortie de mon service, en 1869, elle n'a rien voulu m'avouer relativement à la Salette; mais, lorsque je la pressais de questions, elle se prenait à sourire, et à parler d'autres choses.

En i^ésunié, celle malade élail une hallucinée, et celte hallucination consistnità voir la sainte Vierge dans le ciel. Elle avait pai^couru plusieurs fois les montagnes de l'îsère avant ce qui est ari^vé à la Salette. Elle connaissait bien les deux pâtres, et nous a raconté une de ses hallucinations sur la montagne, alors que ces enfants étaient pi^ès d'elle.

Elle a montré à ces enfants la sainte Vierge dans les airs, et, favorisée par la demi-obscurité et peut-être par ces nuages blancs qu'on aperçoit sur les flancs des montagnes, elle les a convaincus, L'hallucination a été contagieuse.

DÉLIRE DÉPRESSIF.

La folio, du jounc âge se présente sous la forme de folie générale et sous la forme de folio partielle,

A. Dans la première, le délire est dépressif ou maniaque,

1" Le délire dépressif se caractérise extérieurement comme le délire de l'adulte.

L'enfant fixe le plafond, les fenêtres, un objet quelconque, et sou^ vent sa physionomie exprime la terreur. On le voit quelquefois tourner la tête d'un côté ou d'un autre, comme si quelqu'un lui parlait.

Les pupilles sont dilatées. L'enfant ne présente pas toujours de la fièvre, mais la tension artérielle est ordinairement très augmentée.

Ce délire général présente souvent de rintermitlence; c'est ainsi qu'on voit l'enfant sortir de son état de stupeur, de mutisme, pour répondre aux questions et raconter la façon dont il est tombé malade. — Un de mes petits malades de Bicétre, qui était'plongé depuis trois jours dans le mutisme et l'immobilité, me racontait sans difficulté qu'il avait été poussé par des camarades à des pratiques onaniques, qu'il s'y était livré avec frénésie et qu'il s'y était exténué. L'état lucide ne dura que sept jours et fut remplacé par de l'extase.

J'ai vu plusieurs jeunes aliénés qui étaient rentrés dans l'état normal après uu certain nombre d'intermittences semblables.

L'enfant ne présente pas seulement un état hallucinatoire, il est quelquefois le jouet des illusions de ses sens : les objets sont modiilés, les personnes qu'il aperçoit sont transformées ou vues avec des attributs divers que rien ne confirme dans la réalité. Voilà habituellement quel est leur habilus extérieur dans la forme dépressive.

Ces accès de folie ont été pris quelquefois à tort pour de la fièvre typhoïde. C'est ce qui est arrivé pour un jeune malade dont l'affection mentale se déclara quinze jours après un traumatisme crânien, et fut considérée par son médecin habituel comme étant une fièvre typhoïde. Ses parents le virent maigrir rapidement; puis il fut pris de vomissements. Pendant les huit premiers jours, l'enfant devint triste, refusa les aliments; au bout d'un mois, il se livra à des actes complètement incohérents et tomba par intervalles dans un mutisme et une stupeurciui s'accompagnaient d'un peu de fièvre (t. axill., 38", p. 1^28), d'inégalité pupillaire, de sécheresse des lèvres et de rougeur de la l'ace.

FOME Dl JEUNE AGE.

Reconnu aliéné après cinq semaines, il l'ut amené dans mon service, et pendant les hnit mois qu'il y demeura, il présenta des phénomènes intermittents qui consistèrent en particulier en lypémanie avec stupeur, en i-efus de nourriture et en inégalité des pupilles.

2" Dans la forme maniaque, l'enfant parle avec une extrême volU' bilité et une incohérence absolue ; il est moqueur, il fait des remarques sur tout ce qui l'entoure; il prend une personne pour une autre, il prononce des mots indécents, il se livre à des actes extravagants, il manifeste des illusions, des hallucinations, il siffle, grimace, rit, jure, crache en l'air.

Brierre de Boismont a donné l'observation d'un enfant de dix ans qui était devenu fou furieux après avoir reçu un coup sur la tête. Morel a soigné une jeune fille de onze ans qui, à la suite de la suppression d'une maladie du cuir chevelu, avait été prise de folie furieuse et avaii tenté de tuer sa mère et sa sœui'.

J'ai vu plusieurs de ces cas dans lesquels il n'existait pas ou que peu de fièvre.

Les états de folie maniaque ne produisent parfois aucun trouble définitif des facultés; tantôt, au contraire, ils laissent après eux un afl^aiblissement de l'intelligence.

Ainsi, je voyais récemment une enfant, fille d'un buveur de profession mort à Bicôtre, qui est devenue subitement aliénée à l'âge de quatre ans et est tombée alors dans un état d'agitation maniaque qui a duré un mois et qui a déterminé l'arrêt des facultés intellectuelles et de la dysphagie.

B. Dans la folie partielle, l'enfant peut être extatique, être en proie à des idées d'homicide, d'incendie, de vol, à des conceptions délirantes, démonomaniaques ; son délire est le plus souvent intermittent et accompagné ou non d'hallucinations ou d'impulsions irrésistibles.

C'est dans la folie partielle qu'il faut ranger ces cas singuliers de suicide chez les enfants, suicide quelquefois précédé d'écrits où perce la plus grande exaltation ; ainsi chez cet enfant de treize ans qui s'est pendu en laissant un écrit commençant par ces mots : « Je lègue mon àme à Rousseau et mon corps à la terre. »

C'est encore, Messieurs, dans cette variété d'aliénation mentale qu'il faut faire rentrer les épidémies de folie qui ont sévi, principa-

DÉLlfiK MANIAOI'E

.emcnt dans le moyen âge, sur des milliers d'enfants de huit à douze ans, et que Calmeil a décrites de la façon la plus intéressante.

Si maintenant nous en arrivons à examiner l'influence et la détermination vésanique que produit chacune des principales causes, nous verrons que l'onanisme provoque ordinairement de la folie partielle.

Voici une petite fdle qui est atteinte de cette variété de folie : La physionomie est triste ; l'enfant est assaillie, à intervalles assez éloignés, par des hallucinations de la vue et de l'ouïe qui l'effrayent et lui imposent l'immobilité. Elle voit une demoiselle qui change de costume; elle entend dire que cette demoiselle est le Saint-Esprit. Elle est tombée à plusieurs reprise dans un état d'exaltation maniaque transitoire.

Sous Finfluence de cet état morbide, les facultés intellectuelles et morales de l'enfant s'affaiblissent ou ne se développent pas; elle apprend diflicilement à la classe des enfants, elle se montre revêche et très irascible.

Quelques-uns de ces jeunes malades se distinguent, en effet, par une incroyable irascibilité et par un tremblement rhythmique des mains, formé de légères secousses musculaires. D'autres s'en vont de ci, de là, ne sachant se conduire, se heurtant de tous côtés parce qu'ils sont sous l'influence continue d'hallucinations et d'illusions, et plongés dans une sorte de vague de l'esprit. C'est ainsi que chez un enfant de Bicêtre, la folie avait débuté par une grande irritabilité, des actes de méchanceté et des peurs telles, qu'il s'élihappaitde ses parents, criant au voleur dans les rues. Lorsque je le vis, il présentait un tremblement général, des secousses des membres, un état de stupeur, d'immobilité, qui était parfois remplacé par de l'exaltation maniaque furieuse, pendant laquelle il menaçait. Il répondait brièvement à mes questions, et assez pour me prouver ipril était intelligent et suffisamment instruit pour son îlge. Il manifestait un vif sentiment de frayeur lorsipie je le touchais ou môme lorsque je l'approchais, et il se sauvait alors à travers la ■^alle, rien qu'en chemise. La physionomie était hébétée, les paupières inférieures cernées, les yeux baissés et le menton incliné sur la jioitrine.

La verge était considérablement plus développée qu'elle ne Test

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