TORPIDITÉ MENTALE. — SURACTIVITÉ DES REGIONS ÉMOTIVES
Les sujets en léthargie paraissent être au point de vue des facultés mentales dans un état profond d’obnubilation. Ils ne sentent pas les attouchements, les pincements cutanés. Ils ne voyent pas. Ils n’entendent pas et paraissent, au point de vue de leurs, rapports avec le monde extérieur, être complètement fermés à tout contact.
Mais, s’ensuit-il que toute activité mentale soit ipso
(1) L’état d’excitabilité du système musculaire est tellement accusé chez certains sujets qu’on peut quelquefois déterminer la contraction de muscles isolés de la face, rien que par la présentation d’un disque de métal devant chacun d’eux. — Il m’est arrivé quelquefois de solliciter la contraction du muscle rudimentaire du pavillon de l’oreille, et de voir aussi ce pavillon se mouvoir sur place.
facto supprimée, et qu’ils ne conservent pas quelques lueurs lointaines et quelques idées vagues du monde qu’ils viennent si subitement de quitter? — C’est encore là une question presque impossible à résoudre et sur laquelle nous ne pouvons que formuler des appréciations personnelles.
Voici, en attendant, une observation que j’ai faite bien souvent, et qui, par son étrangeté, semble indiquer qu’il y a chez certains sujets en léthargie une notion vague du passé qui sommeille encore en eux.
Ainsi demandez-leur, avant de commencer, à l’état de veille, d’une façon incidente, s’ils savent ce que c’est que la léthargie ? ils vous répondront d’une manière évasive en prononçant quelques paroles vagues, sans consistance ; ils ignorent ce dont on leur parle. — Mais si, une fois en période de somnambulisme lucide par exemple, vous leur dites : « Tu vas compter jusqu’à huit, et à cinq tu tomberas en léthargie », le sujet exécute l’ordre, il ne sait pas ce que c’est que la léthargie étant à l’état de veille, et, lorsqu’il est en somnambulisme lucide, un souvenir précis de l’état léthargique s’éveille dans son cerveau, et par suggestion il répète cet état inconnu et il vient s’y replacer! — Ce fait semble donc impliquer qu’il y a pendant l’état léthargique une certaine notion spéciale qui persiste comme souvenir et qui est susceptible d’être répétée à nouveau.
Dans la sphère de l’activité mentale, nous voyons des phénomènes de déséquilibration analogues à ceux dont nous venons de constater l’existence se manifester pour la sensibilité et l’excitabilité musculaires.
Tandis en effet que nous voyons la perte de la connaissance du monde extérieur être presque complètement
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abolie, tandis que nous constatons l’état d’inhibition complet des régions psychiques où sommeille la Personnalité consciente du système nerveux, nous voyons d'autres départements briller d’un éclat insolite, et acquérir, sous le fait de l’impulsion hypnotique, une intensité et une énergie vitale toute nouvelles. — Ce sont dans ces circonstances, les régions émotives qui s’élèvent ainsi au-dessus de leur état moyen, el viennent compenser, par leur éréthisme et leur vivacité, l’obnubilation des régions de l’activité consciente passagèrement obscurcies.
Cette exaltation nouvelle qui se développe aussi chez certains sujets est susceptible d’être mise en valeur par la présence d’agents physiques d’origines variées, — par des vibrations lumineuses de colorations dissemblables, — par des vibrations magnétiques irradiées d’un barreau aimanté, — par des corps solides, liquides et gazeux, présentés dans des tubes, ou mis en contact avec leur peau.
Je vous montrerai par exemple que, chez quelquesuns, les vibrations irradiées d’une boule de verre bleu déterminent des émotions déplaisantes ou répulsives (PI. III, fig. 1); tandis que chez d’autres des boules rouges et jaunes sollicitent au contraire des réactions d’un ordre tout opposé, — c’est la joie qui apparaît, et une joie proportionnelle à la surface de la boule jaune qu’on leur présente (PL III, fig. 2). — Je vous montrerai encore que certaines substances sont aptes à déterminer des troubles émotifs dissemblables suivant leur nature, et variant suivant l’intensité des doses mises en présence du sujet.
L>E L’ÉTAT LÉTHARGIQUE
durée de l’état léthargique
La période de léthargie peut avoir une durée plus ou moins longue, mais dont la limite extrême n’est pas encore expérimentalement bien déterminée.
J’ai dans mon service un sujet qui paraît être resté trente-trois jours en léthargie; on l’a nourri pendant ce temps à la sonde, et, à son réveil, il n’a pas eu la moindre conscience de ce qui s’était passé, de ce qu’il avait fait, et de l’alimentation forcée qu’il avait subie.
J’ai maintenu expérimentalement une jeune hystérique en léthargie pendant vingt-quatre heures; elle s’est réveillée spontanément par l’action du froid , quoique j’eusse eu la précaution de l’entourer de boules d’eau chaude pendant son sommeil.
C’est, en effet, ce qui arrive habituellement; à mesure que l’état léthargique se prolonge, la circulation se ralentit à la périphérie, les pulsations artérielles se raréfient, les mouvements respiratoires perdent leur fréquence, et l’individu perd peu à peu de son calorique. C’est un point de pratique sur lequel il faut avoir les yeux fixés, et, si vous vous trouvez jamais en présence de certains cas de léthargie prolongée, je vous engage à surveiller avec grand soin l’alimentation du sujet, à l’alimenter hâtivement à la sonde et à prendre garde surtout que la température ne s’abaisse pas au delà des limites compatibles avec l’entretien de la vie.
L’état léthargique abandonné à lui-même peut durer un temps plus ou moins prolongé, variable suivant les
sujets. Ils se réveillent spontanément et accusent d’ordi-
naire cette sensation profonde de refroidissement dont je viens de vous parler.
Pour faire cesser l’état léthargique et conduire le sujet au réveil, il faut d’abord amener l’état cataleptique qui lui est limitrophe. — Il suffit, en effet, comme vous le verrez, de relever les paupières pour produire une modification instantanée dans l’équilibre de ses activités nerveuses. — C’est l’état cataleptique qui apparaît alors avec ses caractères variés que j’aurai à vous exposer dans la prochaine leçon.
DIAGNOSTIC
Vous pouvez accidentellement être appelé auprès d’un sujet en léthargie, et, si vous n’étiez pas mis au courant de la situation par l’entourage, vous pouvez être assez embarrassé pour la reconnaître. Car, vous pourrez vous demander si vous n’êtes pas en présence d’un état comateux profond produit par une congestion centrale de l’encéphale, — par un coma diabétique, — une fin d’accès d’épilepsie comateuse, — une commotion cérébrale consécutive à un traumatisme, etc.
Vous vous rappelez immédiatement que, dans l’accès de léthargie hypnotique prolongé, le caractère pathogénique qui vous permettra de savoir à quel état vous avez affaire, c’est l’hyperexcitabilité neuro-musculaire recherchée aux avant-bras. Il suffît de pratiquer, comme je vous l’ai indiqué, des attouchements légers en cet endroit pour provoquer des réactions caractéristiques qui vous serviront de guide.
Lorsque, à l'aide de procédés ordinaires, chez certains sujets profondément léthargiques, vous ne pouvez pas amener le réveil, il sera bon d’avoir recours aux révulsifs cutanés, appliqués d’une façon prolongée, et surtout aux secousses produites par l’électricité.