AU POINT DE VUE DYNAMIQUE
Si nous examinons maintenant l’état du système musculaire chez les cataleptiques au point de vue de ses aptitudes dynamiques, vous allez voir que le sujet peut, comme une machine dont les ressorts sont montés pour exécuter tel ou tel mouvement, répéter une série d’actions associées, acquises par l’habitude, et qui s’exercent alors d’une façon machinale et automatique, en vertu d’une incitation quelconque qui leur sert en quelque sorte d’amorce.
Ainsi, je vais vous faire voir un sujet qui a l’habitude de tricoter et de faire du crochet ; — je lui mets ses aiguilles entre les doigts de la main droite, et son peloton de fil dans la main gauche et vous voyez, — rien que le contact de ces deux choses suffit à éveiller en elle les idées associées de faire du crochet. Vous la voyez immédiatement, comme une machine, elle se met en œuvre, elle travaille d’une façon suivie sans la moindre distraction et, chose bien étrange, qui vous montre combien dans ces mille opérations de la vie courante que nous accomplissons incessamment, l’intelligence qui, au début les avait réglées, finit par rétrocéder peu à peu, si bien — que si on vient à casser ce fil dont le sujet se sert, vous voyez qu’il s’arrête, qu’il fait un nœud, et, le fil raccommodé, il repart de plus belle. Il continue son œuvre, et pendant quatre, cinq et six heures, j’ai vu ainsi les sujets continuer à travailler, soit à faire du crochet, soit à tricoter des bas, oubliant de manger, restant immobiles dans les mêmes attitudes et tout étonnés au réveil de voir la besogne qu’ils avaient accomplie sans s’en douter.
C’est toujours en vertu du même mécanisme d’un
DE L’ÉTAT CATALEPTIQUE mouvement primitivement associé à une impression que l’on voü s’opérer chez les cataleptiques, une série de phénomènes variés. Ce sont là de véritables réflexes cérébraux qui évoluent automatiquement sans aucune participation de la Personnalité consciente, laquelle reste en dehors d eux et ne conserve aucune impression de leur passage. Ci est ainsi que si 1 on met entre les mains d un sujet un couteau et un morceau de pain, il va couper ce pain ; — un parapluie, il l’ouvre; — une échelle, il y monte; — un peigne, il le porte à sa tête et s’en sert; — un cigare et une allumette, il frotte l’une pour allumer l’autre, etc.
Ce ne sont pas seulement les impressions sensitives fournies par le contactées corps qui sollicitent des mouvements automatiquement associés des cataleptiques : les impressions fournies par la vue et par l’audition, par la gustation et par l’olfaction sont aussi destinées à produire des actions motrices coordonnées; et, ces actions réflexes, fatales, irrésistibles, sont accomplies d’une façon passive et sans que le sujet ait notion de la fatigue éprouvée .
Ainsi, je me place devant lui ; — si je tourne mes bras autour l’un de l’autre, si je lève le bras droit ou la jambe, si je produis des mouvements quelconques dans son champ visuel, vous allez voir le sujet répéter les memes mouvements, entraîné par une impulsion fatale et irrésistible et il va les répéter comme une machine tournante qui aurait perdu ses freins, sans pouvoir s’arrêter spontanément. — J’ai vu, dans -quelques expériences, ces mouvements combinés s’exercer pendant dix et quinze minutes.
Bien plus, vous allez voir que les facultés d’imitation
inconsciente peuvent dans certaines circonstances arriver à produire des actes d’une certaine gravité. — Voici une boîte contenant des pilules de mica partis. Devant le sujet en expérience, Esther, je prends une pilule et je l'avale. Par imitation Esther en prend une et l’avale. Et voyez la gravité des conséquences au point de vue médico-légal. — Il est évident que dans une situation semblable une main criminelle pourrait introduire des pilules empoisonnées et les faire avaler au sujet qui pourrait ainsi s’empoisonner lui-même sans avoir le moindre souvenir de l’origine de son empoisonnement !
C’est encore dans cette phase intéressante de l’hypnose que l’on peut, chez certains sujets prédisposés, obtenir des résultats thérapeutiques miraculeux, quelquefois.
Ainsi, je vous présenterai à la fin de cette leçon une jeune fille parfaitement guérie et qui va quitter l’hôpital : elle était entrée dans mon service atteinte d’une paraplégie hystérique et qui avait jusqu’alors résisté à tous les moyens thérapeutiques ordinaires employés en pareille circonstance. — Jugeant que j’avais affaire à un sujet hystérique, je me mis en quête de provoquer chez elle l’hypnose avec son consentement. J’arrivai aisément à produire les phénomènes du somnambulisme et de la catalepsie avec une tendance à la léthargie. — Cela me suffit pour arriver au résultat que je désirais, et cette jeune fille qui à l’état de veille était incapable de produire le moindre mouvement dans ses membres inférieurs, je la fis passer en catalepsie tout d’abord, et, une fois dans cet état, mettant à contribution cette puissance d’imitation automatique que possèdent inconsciemment tous ces sujets, je me mis devant elle à agiter mes jambes dans le sens de la marche et, immédiatement ses jambes s’agi-
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tèrent, firent les mêmes mouvements que moi. — Je pus ainsi en ayant ressuscité les facultés locomotrices artificiellement la prendre par les mains, la faire lever de son lit et avoir la satisfaction de la voir marcher incontinent devant moi. — Elle fit environ huit à dix pas le premier jour; le lendemain elle en fit davantage et c’est
ainsi que les courants d’innervation locomotrice avant été
artificiellement ressuscités je pus à un moment donné lui donner la suggestion de marcher étant à l’état de veille. Au bout de quelques jours d’expérimentation, le rétablissement desfonctions motrices était complètement rétabli ; la malade marchait, et vous pouvez voir que maintenant elle est en pleine guérison. La période de traitement a duré environ deux mois.
Les incitations auditives sont aussi aptes à déterminer des réactions réflexes imitatives principalement du côté des appareils moteurs de la phonation. — Ainsi vient-on à parler à un sujet cataleptique, à prononcer des sons devant lui, quelquefois on constate qu’il est complètement sourd, il ne répond pas; — mais chez des sujets entraînés, on constate qu’ils répondent d’une façon spéciale : c’est en quelque sorte l’écho de la parole entendue qu’ils répètent. — On leur dit par exemple : Bonjour, ils répondent : Bonjour. — Gomment vous portezvous? ils répondent : Gomment vous portez-vous. — Avez-vous mal à la tête? ils répondent : Avez-vous mal à la tête.
Dans d’autres circonstances on rencontre des sujets doués d’un véritable dédoublement de leur Personnalité. On leur parle à côté d’une oreille, l’oreille gauche, par exemple, ils répètent l’interrogation automatiquement comme un écho. — On leur dit, par cxmple :
Gomment allez-vous? ils répètent comme précédemment la même phrase. Mais vient-on à les interroger du côté de l’oreille droite et à leur dire : Gomment allez-vous ? on est tout étonné alors de leur entendre répondre d’une façon lente : Je vais bien. — Ge fait nous démontre donc qu’au point de vue des facultés auditives, il n’y a pas une absence complète de la perception, et qu’il y a une portion de la Personnalité consciente qui est vaguement interressée dans la situation que traverse le sujet, et qui d'une façon vague exprime sa façon d’être.