‹ Leçons cliniques sur les principaux phénomènes de l'hypnotismeChapitre 19 sur 59 · PRISE DU REGARD · texte numérisé non relu

PRISE DU REGARD

En dehors de toutes les manifestations symptomatiques propres à l’état cataleptique que nous venons d’exposer, il en est encore une que je tiens à vous signaler, et c’est celle -qui est décrite journellement et exposée partout, sous le nom de prise du regard.

Get état spécial du cataleptique dont les régions optiques sont dans un état d’éréthisme surnaturel est caractérisé par ce fait que ses yeux, assoiffés de l’éclat de la lumière, s’attachent à tout ce qui brille devant eux et ne peuvent s’en détacher. — Ainsi, par exemple, comme vous allez le voir, voici un sujet en état cataleptique : regardez ses yeux, son regard se croise avec le vôtre, il y a en quelque sorte un lien sympathique qui se crée, il s’attache à vous, il vous suit dans tous vos mouvements comme une aiguille aimantée suit l’aimant qui l’attire. — Si vous tournez la tête, il tourne avec vous pour ne

pas quitter vos regards, si vous mettez vos mains comme un écran devant vos yeux, il les abaisse avec une énergie invraisemblable pour ressaisir votre regard dont il vient d’être privé. Et remarquez ceci : — c’est que votre propre regard devient pour lui une nécessité, un besoin, un appui qui le soutient et le maintient dans l’état artificiel où il a été placé. Gela est si vrai que si, par un artifice, vous venez à priver le sujet de cette excitation factice lumineuse qui lui a été fournie par vos yeux, il

(1) Lu.ys, Études sur le dédoublement des opèrationseérêbrales. Journal Y Encéphale, 1888.

devient chancelant, hésitant, il ne peut plus se tenir debout et tombe comme foudroyé à vos pieds. — Au point de vue de l’évolution des phénomènes hypnotiques, il est simplement retombé dans la phase de léthargie d’où il était sorti, phase dont on constate la réalité, d’une part par l’état général de résolution des muscles, et d’autre part par l’apparition de l’hyperexcitabilité musculaire de l’avant-bras.

Je dois ajouter que l’œil humain n’a pas seul le privilège de produire ces phénomènes de fascination chez les cataleptiques. — Un objet brillant quelconque, un bouton de métal, un œil en verre artificiel, un simple tube de verre, une rosette colorée en étoffe, peuvent exercer la même action fascinatrice ; le sujet est ainsi tenu en arrêt, les yeux fixés sur l’objet en question, et je l’ai vu rester immobilisé sur place pendant dix à quinze minutes. — Pour faire disparaître cette fixation du regard, il suffit, comme vous le voyez, de prendre, comme on le dit en style courant, le regard, et de le lancer au plafond

— c’est-à-dire de substituer vos doigts à votre regard

— de faire que le sujet fixe son regard sur vos doigts et alors de diriger vos doigts en haut. — Le sujet les suit et reste immobilisé sur place, les yeux fixés au plafond.

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