ACTION DES AIMANTS ET DES MÉTAUX
Les sujets hypnotisés, en état cataleptique, sont susceptibles de présenter, soit à l’action de l’aimant, soit à l’action d’autres métaux une réceptivité toute spéciale, en vertu de laquelle on voit apparaître des phénomènes d’attraction ou de répulsion, des contractures, et des actions de transfert, d’états nerveux divers, d’un coté à l’autre.
On peut dire, comme théorème de début, que les aimants et certains métaux ont la propriété de déterminer chez des sujets hypnotisés des actions attractives et répulsives à distance, analogues à celles d’un barreau aimanté sur l’aiguille de la boussole, et que ces actions diverses s’exercent à des distances variables, sous des formes infinitésimales, à quatre, à huit et quinze mètres de distance.
Dans les expériences dont j’espère pouvoir vous rendre témoins, j’emploierai trois espèces d’aimants : — d’abord un petit barreau aimanté, longde cinq centimètres, que je maintiens immobile, dans un tube de verre, en le fixant au centre d’un bouchon; ce tube de verre, pour éviter les radiations lumineuses qui émanent de sa surface et qui sont susceptibles de déterminer des contractures, est recouvert d’un papier noirci. Le petit barreau d’aimant est susceptible de faire équilibre à un poids de 3 grammes.
Des barreaux d’acier aimantés, rectilignes, d’une longueur de 20 centimètres, et pouvant supporter au pôle nord en moyenne 322 grammes et au pôle sud 232 grammes.
De gros aimants à cinq branches, en fer à cheval, dont la puissance est beaucoup plus considérable.
Sur des sujets offrant les phénomènes du grand hypnotisme, sur Gabrielle, sur Estber, sur Marguerite, et même sur des sujets ne présentant que les phénomènes de la fascination, j’ai pu avec quelques variantes réaliser les expériences suivantes:
Je les mets donc en état léthargique, et l’un des avantbras étant en supination, en ayant eu soin de mettre un écran devant les yeux du sujet, je place un des pôles du petit aimant à cinq centimètres environ de la peau de
l’avant-bras. — Au bout de trois ou quatre secondes, de légères contractions se font voir dans les muscles, et en prolongeant l’action, la totalité des muscles de l’avantbras se contracte sur le bras. — La contraction étant ainsi faite, je la détruis en agissant avec le même aimant sur les antagonistes, à la même distance de cinq centimètres environ; on voit donc ici une vérification de la loi posée par M. Dumontpallier : « L’agent qui fait, défait » (1).
Poursuivant l’expérience, je laisse toujours l’écran devant les }reux du sujet et l’avant-bras est placé en supination.— Je me place alors à une distance de neuf mètres, en dirigeant le pôle de l’aimant sur cette région, et au bout d’un temps relativement très court, quatre à cinq secondes, un aide placé à côté du sujet me fait signe que l’action est produite et que l’avant-bras est contracturé.
J'ai vu certains métaux, l’or, l’argent, le fer non aimanté, produire des effets similaires, et chez des sujets très sensibles déterminer chacun des contractures spécifiques à une distance de huit à dix mètres et avec cette particularité des plus remarquables que chaque métal, or, argent, cuivre, fer, détermine isolément des contractions propres, spécifiques, qui ne peuvent être détruites que par l’agent métallique qui les a spécifiquement déterminées, — si bien par exemple que l’or produit certaines contractures que seul il peut détruire en agissant sur les muscles antagonistes, l’argent ni le fer n’avant aucune action décontracturante.
Ce sont là évidemment des phénomènes nouveaux, obscurs, délicats à produire et qui varient suivant les aptitudes de réceptivité propres du sujet. — Je ne fais actuellement que vous en signaler les principaux
(lj Dumontpallier et Magnin. (Xote à l’Académie des sciences. Mars 1 882) .
points, laissant à des expérimentateurs futurs le soin d’en’déterminer les lois.
Il résulte néanmoins de ces faits des révélations spéciales qui démontrent que les métaux en général semblent avoir, comme le fer aimanté, une sorte de radiation spécifique, et que cette radiation s’exerce à une distance plus ou moins considérable en déterminant des réactions somatiques, des contractures douées pareillement de caractères spécifiques. — Vous verrez quel parti nous pourrons tirer de ces phénomènes mystérieux, comme tentative d’une explication rationnelle et physiologique de l’action des corps à distance, dans l’évocation des émotions chez les hypnotiques.
Je ne quitterai pas ce sujet sans vous montrer des exemples de l’action d’un petit aimant agissant à distance sur un sujet hypnotisé. — Voici en effet des photographies qui vous montrent un sujet en période léthargique. — Un aimant renfermé dans un tube de verre noirci est présenté au côté gauche de sa face et vous voyez que toute cette face est prise de contractures violentes, produisant une distorsion très accentuée (PL V, fig. 3). Le même aimant, présenté au niveau des avantbras et des bras, est également susceptible de déterminer des contractures sur les muscles qui" sont en regard de lui.
Avec les barreaux rectilignes on obtient des effets plus marqués et plus rapides, le sujet est aimanté plus à fond et plus rapidement. — Ainsi, je le mets en léthargie, je place devant sa figure un écran, et je dispose à distance le pôle d’un aimant, le pôle sud par exemple. Au bout de quelques secondes, il passe à l’état cataleptique, il ouvre les yeux tout grands, il se lève alors silencieu-
sement de son siège, et si l’aimant est tenu à quelque distance, on le voit se dresser lentement, connue s’il était mu par des ressorts cachés, et s’avancer à pas comptés dans sa direction. Il en est toujours ainsi, pourvu que le pôle qui le dirige soit placé devant lui en droite ligne ; si vous le mettez transversalement en croix, le sujet, au lieu de s’avancer alors d’une façon rectiligne, décrit une petite conversion à droite pour se trouver directement dans l’axe du courant magnétique qui suscite son attraction.
Une fois le sujet mis en mouvement, on peut encore
assistera la curieuse expérience suivante: — un aide prend alors un autre barreau rectiligne, de même force, le place derrière le dos du sujet en ayant soin de présenter le pôle de nom contraire, et alors que voit-on se passer? — le sujet, placé entre deux forces opposées, demeure immobile et cesse de progresser, et alors si on supprime le premier aimant, on le laisse sous l’action de l’aimant postérieur qui l’attire en arrière et le pousse à s’asseoir de nouveau à l’endroit qu’il vient de quitter.
Ce sont encore là des phénomènes de physique générale qui se manifestent sur des êtres organisés, placés, il est vrai, dans des conditions spéciales de réceptivité, et qui démontrent encore d’une façon significative que les fluides impondérables, qui produisent des effets dynamiques si surprenants dans le monde inorganique, sont aussi susceptibles de déterminer des phénomènes similaires sur l’être vivant, de véritables aimantations du corps humain et à proprement parler des courants de magnétisme animal.
L’emploi des gros aimants à cinq branches est sus-
ceptible de déterminer des manifestations de même ordre, et même des phénomènes doués de caractères variés, et d’un intérêt encore très saisissant, pourvu que le sujet ait déjà subi une aimantation préalable.
Ainsi, un sujet sensitif étant mis en léthargie, si on place près de lui, à peu de distance, un aimant à cinq branches, aucune réaction apparente ne se produit tout d’abord, mais il se passe ici un phénomène curieux : — le sujet s’aimante silencieusement, il se charge d’influence magnétique, comme une bouteille deLeyde ; en effet, si on enlève inopinément cet aimant et qu’on aille le porter dans une chambre voisine, en ayant bien soin de le cacher sous plusieurs couvertures, le sujet, dis-je, qui a été aimanté et qui est passé à l’état cataleptique , conserve les traces de cet influx magnétique avec une ténacité dont nous n’avons pas d’idée. — Il ouvre alors grandement les yeux, il se lève silencieusement et, pas à pas, se dirige sans se tromper vers l’endroit où est placé l’aimant. — Il suit alors' la piste avec une précision certaine : si on met des obstacles devant lui, si on s’interpose, il vous rejette de coté avec une force dont on n’a pas d’idée, — si on ferme une porte, il l’ébranle avec violence, et une fois dans la chambre où l’aimant a été placé, il se dirige comme un trait dans sa direction et rejette avec véhémence les couvertures qui masquent l’aimant; une fois qu’il l’a découvert, ou bien il reste en contemplation muette devant ses pôles qui lui présentent peut-être quelque lueur lumineuse inaperçue pour nous , ou bien il applique sa main sur ces pôles et la maintient appliquée avec une sorte de satisfaction profonde. — J’ai vu aussi des sujets rester plusieurs instants fixes et immobiles, agglutinés en quelque sorte sur les pôles d’un aimant, mais la plupart du temps le contact prolongé
de cet aimant détermine des contractures dans les bras, celles-ci se généralisent, et on voit les sujets tomber, renversés à terre, en période de léthargie.
Ces expériences faites avec les gros aimants paraissent • •
fatiguer beaucoup les sujets et amener un état d’épuisement nerveux dont ils ressentent le contre-coup une fois qu’ils sont éveillés.
Du transfert . — Enfin, dans le même ordre d’idées, je vous parlerai encore de certaines expériences de transfert dont vous pourrez lire dans les différents auteurs les récits détaillés, et que je me contente de rappeler seulement ici à votre mémoire.
V oici comment on opère pour les déterminer : — le sujet étant en catalepsie, assis dans un fauteuil, on lève un bras et on le laisse levé ; on place à côté de lui un fort aimant (PL V,fig. 4). L’action de cet aimant se faisant sentir au bout de quelques secondes , on voit peu à peu ce bras s’abaisser d’une façon lente et progressive, en même temps que le bras du côté opposé commence à se relever insensiblement et, au bout de quelques minutes, à prendre l’attitude qu’avait son congénère. Une fois ce phénomène produit, l’action de l’aimant continuant à agir, le même phénomène se répète en sens inverse, le bras élevé s’abaisse peu à peu, l’autre se relève ; et c’est ainsi qu’une véritable série de mouvements alternatifs se produit d’elle-même et se poursuit automatiquement, tant qu’on laisse dans sa position l’aimant qui a provoqué le mouvement initial ; c’est là un phénomène de transfert d’une attitude. — C’est en vertu du même mécanisme de l’action des aimants d’un côté à l’autre du corps que, dans le domaine des phénomènes pathologiques, on peut solliciter le transfert soit d’un phénomène d’anes-
thésie cutanée , soit d’un phénomène de contracture musculaire, et amener ainsi de véritables guérisons par déplacement d’une monoplégie ou même de troubles anesthésiques unilatéraux.
DIAGNOSTIC
D’après ce que nous avons vu jusqu’ici, je vous ai montré que l’état cataleptique présentait, dans les phénomènes de la plasticité musculaire, dans l’aspect de la physionomie, dans la suractivité des régions émotives et des régions visuelles corticales , des caractères objectifs très nets et très précis, qui constituent un ensemble de symptômes parfaitement déterminés. Mais, dans cet état spécial, comme dans tout ce qui touche à l’hypnotisme, il est bon de se tenir en garde contre la supercherie de certains sujets, et on ne saurait trop louer ceux qui, à l’exemple de M. Charcot, se sont évertués à rechercher des caractères objectifs inimitables et indiscutables qui permettent d’affirmer la réalité des phénomènes observés (1).
C’est en étudiant l’état de la contraction musculaire en fonction des mouvements respiratoires chez les sujets cataleptiques, à l’aidede tracés graphiques simultanés, que M. Charcot est arrivé à[ démontrer que, chez le véritable cataleptique, la ligne indiquant la contraction musculaire s abaisse uniformément et que celle des mouvements de la respiration est aussi régulière. — Chez l’homme au contraire qui simule la contraction cataleptique et dont on prend en même temps le tracé des mouvements respira-
sl) Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux , t. III.
toi res, on constate inversement que la ligne qui exprime l’état de la fibre musculaire est saccadée dans son mouvement de descente, et que celle qui correspond aux mouvements respiratoires est irrégulière dans sa courbe et dénote une série d’efforts successifs.
L’état cataleptique franc que nous avons décrit appartient au grand hypnotisme, mais, il faut bien le dire, il y a un grand nombre d’états intermédiaires que l’on rencontre dans le petit hypnotisme, chez les sujets fascinés, et qui ne sont qu’un mélange de somnambulisme et de catalepsie (PL I, fig. 1).
Ainsi le sujet cataleptique entend et répond comme le sujet somnambulique ; il est bon seulement de savoir que ces états existent, qu’ils sont très fréquents, qu’ils constituent la majeure partie des formes primitives de l’hypnose chez les sujets incomplètement entraînés et qui ne sont pas encore descendus dans les régions profondes de la léthargie complète.
11 est encore un signe diagnostic auquel on pourrait avoir recours pour reconnaître que l’on a bien affaire à un cas de sincère catalepsie : c’est l’examen ophtalmologique du fond de l’œil. — Il résulte , en effet , de recherches récentes que nous avons faites en commun avec le docteur Bacchi, que, dans l’état cataleptique, l’état de la papille est très nettement vascularisé et beaucoup plus rouge qu’à l’état normal, et que le calibre des veines et des artères est en même temps plus volumineux. — Cet état persiste pendant tout le temps qu’on maintient le sujet en période de catalepsie (i). On comprend toute
(1) Luys et Bacchi, De l’examen ophtalmologique du fond de l’œil chez les sujets en état d’hypnotisme. Communication à la Société de Biologie, 1889.
HÉMI-LÉTHARGIE. — HÉMI-CATALEPSIE l’importance que ce caractère objectif indiscutable peut avoir au point de vue médico-légal, pour reconnaître si on a nettement affaire à un sujet en période de catalepsie ou de fascination.