II. — TROUBLES SOMATIQUES
Les troubles d’ordre somatique que l’on rencontre dans la période de somnambulisme lucide portent , comme dans les phases précédentes, sur la sensibilité et la motricité.
1" Les troubles de la sensibilité que je considère jusqu’à présent comme presque toujours constants se révèlent par une anesthésie complète du tégument cutané.
Cette anesthésie se présente avec les mêmes caractères de dissociation que nous avons déjà signalés à propos de la vision physique, de l’audition physique et de la vision et de 1 audition mentales. — On voit, en effet, persister une sensibilité d’ordre spécial (sensibilité d ordre réliexe en quelque sorte), en vertu de laquelle on constate que le membre supérieur d’un sujet, je suppose, peut donner naissance à des contractions musculaires sous 1 incitation d’un souftie léger passant à travers un trou du diamètre d’une aiguille. — A une distance de deux ou trois mètres, le membre se contracture par action réflexe des nerfs cutanés devenus hyperexcitables, et à coté de cela, la sensibilité mentale et consciente est complètement abolie par l’état de torpidité dans lequel se trouve le sensorium commune. — On peut impunément transpercer avec une épingle un pli de la peau du sujet, le pincer avec une pince à griffes, le brûler avec un cautère en ignition; il ne sent rien et reste complètement étranger à ce qui se passe. — 11 continue à parler
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s’il est interpellé, lien est de même pour les muqueuses, la conjonctive, les orifices des narines et la peau des lèvres.
Cette anesthésie généralisée est un signe physique très important au point de vue du diagnostic rapide de l’état somnambulique chez un sujet parlant couramment et ayant les yeux ouverts. — ■ Il suffit de lui pincer fortement la peau du bras, par exemple, pour reconnaître immédiatement s’il est à l’état somnambulique ou à l'état de veille.
2° Hyperexcitabilité des muscles et contraction superficielle. — Les fonctions de la motricité présentent pareillement des modifications très intéressantes. — Les états d’hyperexcitabilité neuro-musculaire que nous avons constatés précédemment d’une façon si caractéristique dans la léthargie, se retrouvent encore dans l’état somnambulique, avec des caractères atténués il est vrai, mais parfaitement similaires à ceux que nous connaissons déjà. — Ainsi, il suffit de frôler légèrement la peau des avant-bras du sujet, celle des mains, pour déterminer la contracture des muscles sous-jacents, et de souffler légèrement sur leurs antagonistes pour la faire disparaître. On peut ainsi immobiliser un membre du sujet sur un endroit donné, le fixer sur un point du parquet en agissant sur les membres inférieurs, et alors on peut assister à des scènes étranges en vertu vdesquelles le sujet qui parle d’une façon normale, qui paraît parfaitement correct et conscient, est tellement ignorant de l’état nouveau dans lequel on place ses muscles, qu’il est tout surpris des situations nouvelles dans lesquelles il se trouve incidemment placé. — Ainsi, par exemple, on prend une
de ses mains, on fait un attouchement léger sur les lié-
DU SOMNAMBULISME chisseurs et on place cette main sur celle d’une personne présente. La main du sujet se contracture peu à peu sur cette dernière et la maintient sous son étreinte sans pouvoir se dégager, au grand étonnement de la personne ainsi capturée. — Et c’est là un phénomène tout à fait automatique, complètement indépendant de la volonté du sujet qui ne peut le faire cesser, et qui reste contracturé à 1 endroit où on l’a placé. Il suffit d’un attouchement léger de la main ou d’un souffle très fin sur les muscles antagonistes pour faire cesser .cette contracture incoercible.
Et la sensibilité réflexe de la peau des sujets placés en cet état est quelquefois portée à un degré d’excitabilité telle, qu’à une distance de quatre mètres sur un sujet tenant un bâton avec ses mains contracturées, comme il vient d’être dit (après lui avoir fait tourner le dos pour qu’il ne soit pas témoin de l’émission du souffle), j’ai pu obtenir la décontracture en soufflant à la distance indiquée sur les muscles antagonistes.
Ges contractures musculaires produites par l’excitation superficielle de la peau sont un des caractères diagnostiques les plus importants pour reconnaître si un sujet 11e simule pas, et s’il se trouve réellement dans la pério de somn amb ulique .
3° Je vous signalerai encore comme caractère séméiologique important de l’état somnambulique les modifications survenues dans le timbre de la voix du sujet. — La parole est modifiée, elle est saccadée, étouffée quelquefois, elle sort mal, par suite de la disparition de l’audition mentale qui en règle les tonalités phonétiques. De plus, le sujet 11e sachant à qui il s’adresse tutoie ordinairement son interlocuteur. Ce sont encore là des ca-
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ractères dont on peut tirer profit au point de vue du diagnostic.
4° L’examen ophtalmologique du fond de l’œil, ainsi que nous l’avons constaté chez un certain nombre de sujets en état de somnambulisme, vient encore fournir des renseignements intéressants sur l’ensemble des caractères somatiques non susceptibles de simulation propres à cet état spécial. — Dans ces cas, en effet, les modifications delà circulation du fond de l’oeil sont à peu près les mêmes que dans l’état cataleptique. Le piqueté rouge de la papille est moins prononcé qu’à la période précédente, mais toutefois plus intense qu’à l’état normal.