CARACTERES DES ACTES SUGGESTIFS
Les actes accomplis par les sujets suggestionnés empruntent à l’état du cerveau qui les accomplit un cachet spécial de niaiserie et de brutalité tout spécial.
L’individu suggestionné , en effet , au point de vue mental, a perdu tout discernement ; il est dans une sorte de démence transitoire, il a perdu le sentiment de l’absurde. — Il accepte comme vraies les plus grandes absur-
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dites et il met pareillement à exécution les incitations les plus ineptes. Ainsi, on dira à un suggestionné : « Tu vas aller embrasser telle statue ; tu vas aller t’asseoir dans ce coin et tu éternueras trois fois ; tu vas introduire tes deux pouces dans ta bouche et garder ta bouche cinq minutes ouverte, etc... » Toutes ces actions niaises sont accomplies machinalement, sans la moindre réflexion, comme s’il s’agissait d’actions purement réflexes.
2° Les actes des suggestifs, ai-je dit, sont brutaux et violents, et c’est encore là un des caractères les plus intéressants qui rapprochent ces sujets hypnotisés des véritables aliénés.
On sait, en effet, avec quelle violence extrême, et je dirais même quelle rapidité, les aliénés hallucinés mettent à exécution les impulsions irrésistibles dont ils sont tourmentés ; ils se précipitent aux portes qui s’ouvrent devant eux ; ils s’esquivent avec une prestesse et une agilité sans égale; chez eux les activités motrices acquièrent d’autant plus de force et d’agilité qu’elles ne sont plus influencées par la Personnalité consciente plus ou moins en période de torpidité.
Chez les sujets suggestionnés , vous serez surpris de la brusquerie des mouvements , de l’intensité de leurs élans et de la prestesse avec laquelle ils vont atteindre une personne qu’on leur a désignée, en éloignant d’un coup d'épaule ou d’un revers de main rapide les assistants interposés qui veulent faire obstacle à leur élan. — Ainsi, chez les sujets qui, sont l'objet de la prise du regard, ceux d’entre vous qui dans ces circonstances, ont interposé entre le regard du sujet et leurs yeux, leur main comme un écran, savent avec quelle brusquerie les sujets, même de complexion faible,
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cherchent à abaisser les mains qui font obstacle, pour récupérer le contact de l’œil qui les fascine. — Dans les mêmes expériences, on sait encore que le sujet fasciné, lorsqu’on lui tourne le dos, fait pivoter avec violence sur elle-même la personne avec laquelle il est en prise de regard. — Ces caractères de violence et de hardiesse inconscientes sont le critérium le plus réel qui exprime l’état spécial de’ suggestion dans lequel est plongé le sujet en action.
J’ajouterai encore, comme caractère diagnostique, qu’au moment où un processus suggestif est en voie d’exécution, l’individu est frappé d’anesthésie transitoire ; quand on examine, à ce moment, une partie du tégument cutané, on constate presque constamment que la peau est insensible.
Il est encore un point à noter, très intéressant, dans l’évolution des phénomènes suggestifs : c’est que tous les sujets ne sont pas aptes également à perpétrer l’acte incriminé.
S’il en est un certain nombre doués d’un état mental spécial, qui accomplissent l’opération de point en point, comme une véritable machine qui déroule ses ressorts automatiques, il en est d’autres au contraire qui, au début, acceptent volontiers facilement les incitations qu’on dépose en eux, mais qui, au moment décisif, deviennent hésitants et incapables d'accomplir le dernier acte.
Ainsi, je pourrai vous faire voir un sujet, un homme énergique, auquel je donnerai la suggestion d’aller donner un coup de couteau dans le dos à telle personne
que je lui désignerai dans cet amphithéâtre ; il le fera avec une précision de machine en mouvement, et en s’avançant vers la victime il la frappera avec d’autant
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plus de force et d’énergie que ses 1 acuités conscientes seront anéanties.
Vous verrez par contre d’autres sujets, une femme,
Mlle V , qui promettra d’accomplir un assassinat
fictif, qui saisira le couteau imaginaire sous forme d’une feuille de papier que je lui remettrai entre les mains, et qui, au moment de donner le coup terminal, hésitera, sera saisie d’un ébranlement émotif subit, et retombera inerte à terre, en plein état léthargique, sans avoir rien pu faire.
Une fois l’objet de la suggestion atteint, et suivant que l’objectif a été plus ou moins capable d’ébranler les scrupules latents du suggestionné, le sujet, comme épuisé par l’effort et la contention qui s’est opérée en lui, tombe subitement à terre, foudroyé en quelque sorte, en période de léthargie. — Ce fait se manifeste ordinairement lorsqu’on lui a inculqué d’accomplir soit un assassinat, soit un vol, ou une action quelconque qui bouleverse plus ou moins profondément sa sensibilité.
Mais lorsque on lui donne des suggestions anodines, — d’aller chercher un chapeau dans une chambre, — d’aller embrasser une statue, etc., ces suggestions sont accomplies la plupart du temps d’une laçon aisée et régulière.