CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES DES SUGGESTIONS
Les conditions qui permettent de donner des suggestions aux sujets rentrent dans les lois générales qui président aux aptitudes pour l’hypnotisme; l’âge, le sexe, rinlluence de la santé et de la maladie sont les facteurs principaux qui jouent un grand rôle dans leur manifestation.
L’âge doit être placé au premier rang comme aptitude à la réceptivité suggestive, et, à ce point de vue, les suggestions méthodiquement pratiquées peuvent être employées comme un moyen pédagogique rationnel pour diriger l’esprit des jeunes sujets dans une direction donnée.
Le cerveau du jeune enfant est une matière malléable, ductile au gré de celui qui la pétrit. Il est en quelque sorte comparable à l’état cataleptique des muscles qui acceptent sans contradiction les attitudes les plus extraphysiologiques qu’on leur impose. L’esprit du jeune sujet accepte toutes les données, toutes les théories, toutes les idées à priori qu’on lui suggère, sans que ses forces de réflexion, annihilées la plupart du temps par la discipline scolaire, se mettent en œuvre. Cette discipline qu’il rencontre ainsi s’impose dès le début, et domine ainsi l’essor de sa Personnalité naissante qui n’a pas encore suffisamment de verdeur et d’énergie pour s’af-
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Les suggestions pédagogiques données à l’enfance
sont donc les premiers aliments aux dépens desquels son esprit va se nourrir et recevoir cette tournure spéciale
qui caractérise les instructions scientifiques, littéraires' ou théologiques. — Et, c’est en raison de ces données primordiales, véritables suggestions premières, que l’homme se croit inspiré par ce qu’il appelle son jugement, son expérience personnelle, sa connaissance des choses, alors qu’il ne fait qu’obéir à des suggestions latentes, à des opinions toutes faites qui ne sont que les lointains échos de ce qu’on lui a inculqué dans son enfance, et de tout ce qui lui a été transmis par la tradition !
— Et cela est fatal. C’est la suggestion d’autrui, pré-
sente ou passée, qui actionne sous des formes diverses l’esprit des jeunes générations soumises au régime uniforme des établissements scolaires. — Et il faut bien le dire, si ce poids d’une discipline uniforme s imposant à tout un monde d’écoliers, au nom d’anciennes traditions, à l’immense avantage de régler les indisciplinés et de refréner les natures rebelles aux procédés de culture, il a aussi malheureusement contre lui l’eide t déplorable d’éteindre l’originalité individuelle, et, dans une certaine
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limite, de restreindre les énergies morales et d’émasculer les caractères.
Chez l’homme plus avancé dans la vie, les suggestions, suivant la tournure de son esprit, suivant la fermeté de son caractère, et sa puissance d’originalité, ont plus ou moins de prise. — Il raisonne et discute volontiers.
Mais, plus tard, à l’époque où la sénilité est arrivée, la puissance des suggestions d’autrui reprend son empire sur l’homme affaibli par l’àge. Le niveau des énergies spécifiques s’abaisse, et il retombe dans une seconde enfance. — «Les captations de testament, les spoliations d’héritages légitimes dont on voit dans la vie courante de si nombreux exemples, ne montrent-elles pas l’influence de suggestions intéressées sur les esprits séniles ?
Il n’est même pas nécessaire d’arriver aux phases du grand hypnotisme pour produire la suggestion ; l’état de simple fascination suffit, et il est curieux de noter qu’à mesure que les moyens de produire l’hypnose se multiplient, la proportion des sujets suggestionnables augmente d’une manière corrélative.
Actuellement, dans mon service d’hommes, sur une population de trente et un sujets adultes, âgés de vingt à cinquante-cinq ans, j’ai onze sujets, c’est-à-dire un peu plus du tiers de la population mâle, susceptibles d’être hypnotisés par mes miroirs rotatifs et par conséquent de devenir aptes aux suggestions. — J’ai pu ainsi hypnotiser un sujet de cinquante-cinq ans, hémiplégique, et améliorer très notablement son état par suite de certaines suggestions que je lui donnais fréquemment.
Le sexe féminin doit avoir évidemment, en raison des
accidents névropathiques si fréquents auxquels il donne naissance, une part considérable que je n’ai pas encore pu apprécier dans l’évocation des phénomènes suggestifs.
Tout ce que je peux dire c’est que l’intervention des miroirs tournants permet d’étendre beaucoup plus loin le cercle des cas hypnotisables et établit ainsi des bases nouvelles d’appréciation. A l’aide de ce nouveau moyen j’ai pu hypnotiser et par conséquent rendre suggestifs un grand nombre de sujets auxquels on 11e pouvait songer à appliquer l’hypno-thérapie ; aux tabétiques par exemple, aux hémiplégiques, aux paraplégiques, aux paralytiques généraux, etc., et à toute une série de troubles nerveux indécis, vagues et mobiles, que 1 on rencontre en si grand nombre chez les sujets hypochondriaques et chez tous les névropathiques.
L’état de la santé physique et de la santé morale surtout sont encore des facteurs qui doivent entrer en ligne de compte comme aptitudes à subir les suggestions.
Un sujet débilité par une longue maladie, par le séjour prolongé au lit, par une existence monotone et une absence complète de toute excitation extéiieuie devient, sans s’en douter, un champ d’action pour les incitations suggestives qui lui sont données. La ciédivite augmente d’autant plus que la réaction originale de la Personnalité rétrocède, et c’est ainsi qu’on voit s’opérer par suggeslions certaines guérisons inespérées, qui passent volontiers pour des guérisons miraculeuses. Au point do vue de la réalité des choses, elles 11e sont rien moins que des suggestions médicatrices suscitées à des échéances données, comme nous allons en voir des exemples à propos de suggestions données à l'état de veille.
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