‹ Leçons cliniques sur les principaux phénomènes de l'hypnotismeChapitre 39 sur 59 · SOMNAMBULISME SPONTANÉ. — SUGGESTIONS SPONTANEES · texte numérisé non relu

SOMNAMBULISME SPONTANÉ. — SUGGESTIONS SPONTANEES

Je vous ai précédemment parlé de l’état de somnambulisme qui se développe spontanément chez certains individus prédisposés. — Cet état mental, ordinairement nocturne, ainsi que l’indique son nom, est connu depuis fort longtemps, et chacun de vous a présentes à l’esprit les histoires merveilleuses racontées à ce sujet. Les études d’hypnotisme moderne l’ont classé et défini nosologiquement.— On sait maintenant que l’état somnambulique n’est pas absolument lié à la période du sommeil naturel, mais qu’il se rencontre, soit d’une façon expérimentale, soit d’une façon spontanée à l’état de veille, et qu’en un mot il y a des sujets qui dorment les yeux ouverts.

M. le Dr Motet dans cet ordre d’idées a rendu compte d’une très intéressante affaire (1).

Le nommé D... fut arrêté à neuf heures et demie du soir par des agents des mœurs qui déclaraient l’avoir vu rester plus d’une demi-heure dans un urinoir public et commettre des actes contraires à la morale ; il fut jugé et condamné à trois mois de prison pour outrage public à la pudeur et écroué à la Santé. Chose bizarre! il paraissait comme hébété et ne se souvenait pas d’avoir été condamné. Ce ne fut que quelques jours après son incarcération qu’il revint à lui et put prévenir son patron de ce qui lui était arrivé.

D... avait été soigné quelques années auparavant à l’hôpital Saint-Antoine, chez le D1' Mesnet, qui avait reconnu chez lui une prédisposition nerveuse des plus marquées, etl’avaitmis plusieurs fois en somnambulisme.

(I) Voir Annales médico-psych., 1881, t. I, p, 472.

MÉDECINE LÉGALE

D... ayant interjeté appel, fut soumis à l’expertise médico-légale du I)r Motet qui, connaissant ses antécédents, n’hésita pas, avec l’autorisation du président, à l’endormir dans la Chambre du Conseil, en présence des magistrats, afin de leur permettre d’apprécier directement les choses. M. Mosnet appelé par son confrère répéta ensuite devant eux des expériences qui furent jugées tellement concluantes que la Cour, infirmant le jugement précédent, affirma la complète innocence de D. . . , à l’égard des faits honteux qui lui étaient reprochés, contre lesquels protestait d’ailleurs sa bonne réputation.

Autre fait non moins intéressant (1).

M. le Dr Girault (d’Onzain) avait à son service une jeune domestique, chez laquelle il provoquait souvent le sommeil magnétique. A quelque temps de là, M. le D1' Dufay, médecin de la prison de Blois, en faisant sa visite, reconnaît cette jeune fille qui lui apprend, au milieu des larmes et des sanglots, qu’ayant quitté la maison de M. Girault, elle est entrée au service d’une dame de Blois qui vient de la faire arrêter pour vol.

Comme j’avais vu, dit M. le Dr Dufay, mon confrère Girault provoquer chez elle le sommeil hypnotique, je l’imitai et il me suffit de mettre ma main sur le front pour provoquer le somnambulisme. Alors je l'interrogeai, et elle nous raconta qu’elle n’avait jamais eu la pensée de voler sa maîtresse, mais qu’une nuit il lui était venu à l’idée que certains objets de valeur appartenant à cette dame seraient plus en sûreté dans un autre meuble où elle les avait placés. Elle les avait changés de place, se réservant d’en informer sa maîtresse.

(1) Cullcre, Magnétisme et hypnotisme . J. 13. Baillère, Paris, 1886, p. 379.

MÉDECINE LEGALE

Ma is comme le souvenir ne persistait pas au réveil et, comme d’autre part, enfermée chez elle pendant la nuit, la dame ne voyait jamais sa bonne en état de somnambulisme, elle crut à un vol et porta plainte contre elle.

J’allai aussitôt raconter ces faits au juge d’instruction. Celui-ci m’écouta avec bienveillance, mais non sans un sourire d’incrédulité.

Cependant, il voulut bien, le lendemain, m’accompagner à la prison. La prisonnière, endormie de nouveau, répéta tout ce qu’elle m’avait dit la veille. Le magistrat écoutait avec attention, prenait des notes très détaillées, se faisant décrire la chambre, le meuble, le tiroir, où étaient placés les objets recherchés.

Aussi lorsque, sorti de la prison, il se transporta chez la dame volée, il alla droit à la cachette et en retira les objets disparus, au grand ébahissement de la propriétaire. L’innocence de la prévenue était assez clairement démontrée, et sa maîtresse alla elle-même la chercher à la prison en lui faisant des excuses.

Vous voyez, Messieurs, que la question du somnambulisme spontané est de celles qui peuvent être soumises au jugement des tribunaux. Nous ne savons encore que très peu de choses au sujet des questions qui touchent à sa genèse. C’est une étude toute neuve qui est à créer.

A mesure qu’on recherchera les cas de somnambulisme spontané, on les retrouvera plus souvent qu’on ne le pense, et vous voudrez bien vous rappeler, si un jour vous êtes appelés à reconnaître l’état mental des sujets incriminés, qu’il y a des caractères somatiques indiscutables que vous devez rechercher, et que vous devrez soigneusement mettre en valeur pour pouvoir venir en

MÉDECINE LÉGALE

aide aux magistrats, le jour où ils feront appel à votre concours et à votre compétence spéciale (1).

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