GÉNÉRAUX
L’hypnotisme, comme j’aurai l’occasion de vous le démontrer, n’est pas un état fixe, immuable, du système nerveux qu’on détermine une fois et qu’on fixe ; — c’est au contraire un véritable processus ambulant qu’on met en évolution, — c’est une série de phénomènes enchaînés qu’on sollicite, et qui, une fois mis en action, se déroulent d’une façon régulière.
C’est ainsi que le sujet, plongé en période de léthargie, est porté par l’activité automatique de ses éléments nerveux sollicités, à revenir, par une sorte d’élasticité organique, à l’état de veille d’où il est parti, en passant par des phases intermédiaires de la catalepsie et du somnambulisme. — L’hypnotisé, malgré son apparence d’inertie et d’inconscience, est donc travaillé dans son for intérieur par des mouvements secrets qui le poussent à revenir à lui-même. 11 faut que vous soyiez bien convaincu de ce fait essentiel, qui est la clef de tous les phénomènes de l'hypnotisme : c’est que l’hypnotisé n’est torpide et silencieux qu'en apparence , et qu’il obéit à des influences silencieuses dans une direction donnée. — Lï hypnotisme est donc un véritable processus physiologique en évolution.
Un des caractères généraux les plus saisissants qui frappent tout d’abord dans l’étude des phénomènes hypnotiques, c’est la soudaineté et l’instantanéité de leurs manifestations.
Quoi de plus surprenant, en effet, que de voir un sujet qui se présente devant vous en pleine vie, en pleine activité, qui va, qui vient, que vous venez peut-être de coudoyer dans la rue, auquel il suffît que vous présentiez devant les yeux l’extrémité de votre doigt ou simplement votre regard, pour que, ipso facto , il demeure fixé sur place, immobile comme une statue, et immédiatement soustrait à la vie sociale dont il n’a plus la moindre conscience!
Cet homme, il n’existe plus pour lui, il est fasciné, il est anéanti en tant qu’individualité, il n’écoute plus que vous, il vous appartient, vous pouvez lui donner toutes les suggestions possibles (Fl. I, fig. 2).
Dans d’autres circonstances, s’il s’agit de la léthargie, il suffît d’appliquer les doigts légèrement sur les globes oculaires, ou de fixer du regard le sujet, pour qu immédiatement vous le voyiez tomber à la renverse en période de léthargie profonde, avec anesthésie complète des téguments, résolution et inconscience absolue du monde extérieur (PL II, fîg. 1).
Ce sont là des faits aussi nouveaux que saisissants, relégués, jusqu’à présent, dans la pénombre des théâtres des magnétiseurs, et avec lesquels les hommes de science doivent avoir désormais à compter, sous peine d’ignorer sciemment les choses nouvelles de leur époque.
Envisagé au point de vue de la physiologie générale du système nerveux, le sommeil hypnotique, avec son instantanéité et 1 intensité de ses réactions, produit, comme vous allez le voir, chez les sujets endormis, un bouleversement profond de toute 1 activité nerveuse qui se trouve ainsi répartie d’une façon anormale et tout à fait extraphysiologique. — La vie du cerveau est éteinte instantanément, comme un flambeau sur lequel on souffle, et l'individu ainsi décapité mentalement , ne vit plus que par les activités réflexes de sa moelle épinière qui acquièrent une suractivité d’autant plus grande que l’action modératrice de l'encéphale a cessé de se faire sentir.
L’individu plongé dans l’état léthargique, n'est donc plus qu’un automate, un appareil réflexe à réactions inconscientes, et réglées seulement par l'habitude. — Et, en voyant cet état nouveau d’abandon et de passivité, on ne peut s’empêcher de le comparer à un sujet ayant subi la décollation, et qui exécute encore pendant les quelques moments de survie qui lui restent des mouvements combinés ; — ou bien encore à ces animaux aux-
quels, dans les expériences physiologiques, on enlève les lobes cérébraux et qui, avec leur moelle épinière demeurée intacte, continuent à marcher, à courir, à voler.
Dans l'état léthargique, cette séparation de la portion
automatique de l’être vivant d'avec la portion consciente de son système nerveux est complète, et j’aurai plusieurs fois l’occasion de vous rendre témoins de ces phénomènes étranges dont la physiologie contemporaine est encore impuissante à nous donner le secret, en vous montrant la sécession expérimentale des phénomènes de la vie automatique d’avec ceux de là vie psychique.
Dans l’état cataleptique qui confine à l’état léthargique, les phénomènes d’inhibition de l’activité corticale sont moins intenses et moins profonds.
D’après la succession des phénomènes observés, on peut induire que, dans cet état nouveau, certains départements de l’écorce entrent isolément en action, et manitestent ainsi leur réveil par des phénomènes appropriés. Ce sont les régions optiques qui sont particulièrement en éveil. — Les régions auditives torpides peuvent être considérées comme encore endormies. On sait qu’il y a des sujets cataleptiques qui perçoivent des sons , mais ce n’est pas là une véritable audition consciente. Les sujets répètent les sons comme un écho, même les phrases appartenant à une langue étrangère, et cela avec une grande précision de langage. Il y en a même qui répondent d’un côté d’une façon tout à fait inconsciente, et d’une façon consciente du côté opposé.
Dans l’état de somnambulisme, vous pouvez considérer les phénomènes nouveaux qui apparaissent comme
dus au réveil des régions auditives; — par le fait seul
qu’elles entrent en jeu, elles donnent lieu à des réactions
appropriées.
Le sujet entend en effet, et par conséquent il parle, mais, chose remarquable ! — il ne parle que par action réflexe. — Ce n’est que d’une parole inconsciente dont il se sert, mais cette parole inconsciente est quelquefois d’une précision, d’un naturel exquis, et apte à donner le change facilement aux personnes qui n’ont pas l’habitude de ces sortes d’études.
Et vous assisterez encore là, Messieurs, avec étonnement à ce phénomène bien étrange.
Tandis que, dans les différentes phases du processus hypnotique qui se dérouleront devant vous, vous verrez les différents départements de l’écorce s’éveiller isolément et revêtir les apparences de la vitalité psychologique avec toutes ses apparences, les régions où siège la Personnalité consciente, celles du for intérieur, resteront silencieuses, isolées de tout ce travail de réveil qui se fait peu à peu autour d’elles, et continueront à demeurer en période d’inhibition expérimentale ! — Et si, alors, vous jetez un coup d’œil d’ensemble sur les différentes opérations de l’activité mentale, vous serez tout surpris de voir combien il y en a que nous considérons comme des opérations majeures, comme des opérations essentiellement conscientes, telles que la parole, la perception des sons, de la lumière, de la sensibilité, et le jugement qui s’ensuit, etc..., — et qui en définitive ne se comportent que comme des actions réflexes perfectionnées par une longue habitude, et qui s’exercent que motuproprio , automatiquement, en dehors de toute participation de la Personnalité consciente.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L'HYPNOTISME ii
Et , si vous réfléchissez, vous serez encore bien plus étonnés de voir toutes ces opérations si nettes et si précises de l’activité mentale, s’opérer dans le domaine des suggestions par une autre volonté que celle du sujet lui-même. — C’est la volonté de l’hypnotiseur qui se substitue à la sienne, qui s’incarne en lui et le dirige, comme un cheval dressé, dans la direction qu’il veut. Si bien, que le sujet hypnotisé peut proférer les paroles les plus insensées, commettre les actes les plus extravagants , sans qu’au réveil il se souvienne en quoi que ce soit de ce qu’il aura dit et fait. — Les régions où sommeille en inhibition passagère sa Personnalité consciente n’ont été ni touchées ni saisies ; elles sortent de leur période d’ombre qui avait été projetée sur elles, et rentrant en pleine lumière, elles ressaisissent le gouvernement des opérations de l’activité mentale et reprennent le contact avec le milieu ambiant. — Et devant tous ces phénomènes si imprévus et si troublants que l’on peut susciter à volonté ; — en présence de ces soustractions si rapides du milieu ambiant que l’on peut infliger à un de ses semblables, je me demande, Messieurs, si ces études toutes nouvelles ne sont pas, à un moment donné, destinées à avoir, au point de vue social, des conséquences d’une haute gravité ? — et s’il ne conviendrait pas de restreindre administrativement dans un cercle limité de médecins ces connaissances si spéciales qui à un moment donné peuvent servir à de coupables projets ?
Vous verrez ensuite, à propos des suggestions, combien cette question vient encore susciter de nouvelles surprises. — Vous verrez ainsi que, pendant la période d’obnubilation de sa vie mentale, alors que le sujet hypnotique est livré à toutes ses activités automatiques, on peut fixer dans son esprit certaines incitations exécutoires à échéance fixe ,
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L'HYPNOTISME qui vont sc développer et qui, à un moment donné, comme autant de torpilles automobiles, sont susceptibles d’éclater à distance, dans une direction désignée parl’expé- 1 imentateu r, et de produire des effets d autant plussurprenants qu ils sont accomplis d’une façon fatale par un être vivant qui s’agite, alors qu’une volonté étrangère le mène et le dirige!
1" Dans cette série de phénomènes tout nouveaux et devant lesquels la physiologie contemporaine attardée est encore incapable de nous fournir la moindre explication, vous verrez se dérouler une série de faits étranges qui vous surprendront par leur imprévu, autant que par la netteté de leurs manifestations.
Ainsi, quoi de plus surprenant que de voir se produire au gré de l’expérimentateur des bouleversements complets dans 1 équilibre des courants nerveux du sujet hypnotise? A ous les verrez disparaître en certaines places et en d autres s’exalter et arriver à un deeré d’hyperexcitabilité extrême. — C’est ainsi que, dans cette période léthargique, en même temps que la sensibilité disparaît à la surface de la peau, la contractilité musculaire acquiert inversement une exaltation extra-physiologique étrange ; — on est amené à constater qu’il y a là véritablementun phénomène de transformation des forces nerveuses qui se manifestent sous des états nouveaux; c’est la sensibilité qui disparaît sur la peau pour réapparaître dans les muscles, et cela d’une façon mécaniquement appréciable. — Vous pouvez ainsi vérifier le lait à l’aide d’un dynamomètre, avant et après la pro vocation de l’anesthésie ; on jauge ainsi ce qu’acquièrent en puissance dynamique, chez le sujet plongé en léthargie, les muscles de l’avant-bras et du bras, et on
constate que dans cet état nouveau si subitement développé , les forces de résistance sont presque doublées instantanément (1) (Pl. II, tig. 2).
Mais ce n’est pas tout. — Vous verrez encore que cette anesthésie que l’on provoque expérimentalement sur le tégument cutané peut être remplacée par une sorte d’hyperesthésie compensatrice se révélant dans d’autres plexus nerveux, qui entrent par cela même en période d’éréthisme instantané: — tantôt ce sont les plexus optiques qui acquièrent une impressionnabilité telle pour les
vibrations lumineuses, qu’ils perçoivent ces vibrations, même à travers un écran opaque d’une épaisseur de cinq millimètres, comme s’il s’agissait de vibrations sonores traversant un corps interposé. — D’autres fois, vous verrez du même coup les régions émotives, (ces régions intimes de notre for intérieur) entrer pareillement motu proprio en éréthisme, et acquérir un degré d’impressionnabilité extrême aux minuscules incitations vibratoires d’ordre physique, irradiées du monde extérieur.
Enfin vous verrez encore, dans ce département si mystérieux où se déroulent les opérations de la vie physique et intellectuelle, dés aptitudes nouvelles de l’esprit se révéler ; et toujours — en vertu de cette loi de transformation des forces, — alors que certaines facultés seront voilées et torpides, vous en verrez d’autres arriver à un degré d’exaltation extrême et se révéler sous forme d’exaltation insolite de la mémoire et de l’imagination.
(1) Dans une série d’expériences que j’ai pratiquées à ce sujet, j’ai constaté, qu’à l’état normal, un sujet ayant l’avant-bras fléchi on peut opérer la déllexion à l’aide d’une traction de 10 à 12 kilog. — dans l’état de contracture léthargique, il faut aller jusqu’à 20 ou 25 kilog. — et à c<> point on nedéfléchit même pas le muscle, on entraîne le corps entier avec soi.
Dans toute cette série de phénomènes, qu’il s’agisse des territoires nerveux affectés aux opérations de la vie végétative ou somatique , ou des régions des sphères psychiques et intellectuelles, vous serez à même de noter des états du système nerveux encore inconnus, qui surgissent des réceptivités nouvelles qui sont créées expérimentalement dans sa trame, et qui révèlent un fait unique, la déséquilibration des courants nerveux, chez les sujets hypnotisés; — et vous constaterez que ces courants, raréfiés en un point, s’accumuleront dans une autre région et arriveront ainsi à acquérir des énergies véritablement extra-physiologiques ; — phénomènes nouveaux, développés d’une façon purement expérimentale, et qui forment pour le sujet hypnotisé des conditions toutes nouvelles de vie et de perception du monde extérieur, en le constituant ainsi que je vous l’ai déjà indiqué à l’état d’un nouveau type morbide.
2° — Au point de vue de l’activité psychique proprement dite, les données que je viens de vous exposer permettent de voir combien ces régions mères de l’activité mentale sont profondément bouleversées par l’évolution du processus de l’hypnose, 'et combien le substratum matériel qui les supporte se trouve directement sollicité.
Par cela même qu’il a été plongé dans ce sommeil factice qui , par une sorte de sélection , a frappé sur les régions de sa Personnalité consciente en neutralisant leur activité, l’individu ainsi mutilé au moral a cessé de représenter une véritable Unité psychologique. — Il ne sait ce qu’il dit ni ce qu’il fait, malgré les apparences normales ; et l’aspect de sa vie mentale est complètement bouleversé, alors qu’en état de somnambulisme lucide il parle, il écrit, il soutient une conversation et se laisse entraîner aux
élans les plus naturels de son imagination et de sa mémoire. — Mais, en somme, ne vous y trompez pas, il ne s’appartient plus, il n’est plus lui-même, il change au gré de l’expérimentateur sa personnalité, il accepte avec conviction ce qu’on lui dit, même s’il s’agit de sa propre personnalité dont il n’a plus conscience. Il est transformé en oiseau, en chat, en chien, en personnage quelconque au gré de l’hynoptiseur, et chose étrange! — il s’adapte passivement au rôle qu’on lui donne, il abdique sa Personnalité et devient ainsi un véritable automate , jouet inconscient et irresponsable. — C’est un aliéné véritable, comme je vous l’ai déjà dit: docile, crédule, privé de discernement et de volonté consciente, et dans certaines circonstances pouvant devenir un aliéné dangereux, impulsif, lorsque sous le coup d’une suggestion expérimentale, il exécute avec une impétuosité irrésistible les actes variés vers lesquels on l’a orienté. — Vous verrez ainsi, Messieurs, à combien de considérations médico-légales délicates, du plus haut intérêt, tous ces états nouveaux développés par l’hypnotisme sont susceptibles de mener, et combien il importe aux médecins ainsi qu’aux magistrats soucieux de se tenir au courant des choses nouvelles de la science, d’être initiés à fond à ces curieux phénomènes de la dissociation de l’unité mentale de l’être vivant, qui perturbent si profondément les conditions normales de sa responsabilité des actes de la vie sociale.
3° — Au point de vue social, ces états nouveaux d’inconscience instantanée, dans lesquels on fait passer les sujets hypnotisés ou simplement fascinés, ne sont pas moins dignes d’un vif intérêt.
Gomme j’aurai à vous l’expliquer plus tard, l’individu dans ces nouvelles conditions ne s’appartient plus, il est
livré comme un être inerte aux entreprises de ceux qui
l’environnent.
Tantôt, dans l’état passif en période de léthargie ou de catalepsie, il est absolument sans défense, exposé à toutes les tentatives criminelles de son entourage. — Il peut être empoisonné, mutilé; — s’il s’agit d’une femme, elle peut être violée (1), devenir mère, sans qu’il existe aucune trace de l’attentat commis, sans qu’au réveil la victime en conserve le moindre souvenir.
Tantôt, à l’état actif, en période de somnambulisme lucide, et même de simple- fascination, il peut être exposé aux suggestions — les plus variées de celui qui le dirige, il peut être suscité à devenir homicide, incendiaire,
à se suicider lui-même, etc et toutes ces impulsions
déposées dans son cerveau pendant le sommeil vont devenir des forces emmagasinées silencieusement, et se mettre à éclater, à un moment donné, avec la précision, la sûreté de main et l’impétuosité automatique des actes accomplis par de véritables aliénés.
Et, Messieurs, rappelez-vous bien ceci : — tous ces actes-là , tous ces phénomènes inconsciemment accomplis , ce ne sont pas des appréhensions vagues et de vaines suppositions, ce sont des faits réels, que vous pouvez rencontrer aujourd’hui même dans la vie courante. — Ils sont aptes à se développer et à apparaître autour de vous, devant vous, de la façon la plus inopinée. Il faut donc dorénavant compter avec eux; ils commencent à se montrer même déjà devant les tribunaux.
Et, c’est dans la méditation des phénomènes de cet ordre que je vais faire passer devant vous, que vous trou-
ai) Et même infectée de syphilis, comme je viens d'en constater dans ma clientèle un I ciste exemple.
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES GÉNÉRALES
verez, je l’espère, les matériaux nécessaires àédifier votre jugement sur l’importance de ces questions médico-légales nouvelles qui vont surgir de ces études hypnotiques. — En ce moment, elles sont accueillies avec méfiance, mais quoi qu’on fasse, elles captivent fermement les imaginations. On sent instinctivement qu’il y a là un élément de psychologie morbide tout nouveau qui entre en scène, et qui est fatalement destiné à avoir un retentissement profond dans la vie psychologique des sociétés modernes (1).
conditions Étiologiques générales
Fréquence . — Prédisposition. — La fréquence des aptitudes à l’hypnotisme est un des points les plus obscurs de ces études, attendu que nous ne sommes pas encore pourvus de statistiques suffisamment, précises. — Au train dont vont les choses, et avec les procédés nouveaux d’hypnotisation que nous sommes à même d’employer, il est vraisemblable que sur une population donnée, le nombre des sujets hypnotisables pourra aller en augmentant en raison directe de la variété et de la puissance des nouveaux moyens d’action mis en pratique. — Ainsi, pour ne vous en citer qu’un exemple, — j’ai dans mon service une jeune infirmière que je n’avais aucun motif de soupçonner hypnotisable; rien dans ses allures, dans son caractère ne révélait en elle cette aptitude latente; eh bien! — quelle ne fut pas ma surprise, alors que j’installais mon miroir
(1) L 'Hypnotisme dans le Roman d'aujourd’hui, par Sch mit. ( Union médicale , 1880, 10 janvier). — 1° Cruelle énigme (Bourget). — Le Roman d'une Femme (Dumas) ; — 2° Jean Mornas. — Alphonsine, — Le Garde du Corps, — La Tresse blonde.
13 CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES GÉNÉRALES
rotatif auprès d’une personne malade, de voir cette jeune femme de chambre qui allait et qui venait dans la pièce, s’arrêter instantanément comme fascinée, interrompant son ouvrage et tombant en pleine catalepsie !
Ce simple exemple vous démontre combien, à un moment donné, dans une population quelconque, le nombre des sujets hypnotisables peut varier suivant leurs aptitudes latentes inconnues, et la puissance des moyens d’action employés.
Cependant, dans le cercle des personnes qui m’entourent d’habitude, sur une population d’infirmières jeunes de dix-huit à trente ans, composée de trente et un sujets, j’en ai rencontré quatorze plus ou moins aptes à être impressionnées parla vue d’un objet brillant ; — elles étaient seulement fascinables et ne dépassaient pas la période de catalepsie; parmi ces quatorze il y en avait cinq qui après trois ou quatre séances arrivèrent très nettement à présenter les phénomènes du grand hypnotisme.
Le sexe me paraît exercer une influence prépondérante ; c’est en effet dans le sexe féminin que l’on rencontre les sujets les plus facilement fascinables. Les jeunes sujets hommes entrent aussi dans une proportion notable dans l’aptitude à être hypnotisés ou plutôt fascinés. — Actuellement, sur une population de trentedeux sujets masculins dans mon service à la Charité j’en ai onze, près d’un tiers, qui sont fascinables. — Ce sont des épileptiques, des morphiomanes , des paralytiques.
Je n’ai pas encore de statistique suffisamment complète pour vous donner des détails péremptoires à ce sujet. Mais retenez bien ceci: — c’est que si les jeunes femmes sont, dans une proportion très considérable, disposées à subir
CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES GÉNÉRALES l’hypnotisation, le nombre des hommes jeunes doués des mêmes aptitudes est aussi plus considérable qu’on ne le pense. — Ainsi, je connais une série de jeunes sujets masculins qui vivent dans le monde, qui gagnent leur journée grâce càun travail sérieux, qui ont en un mot toutes les apparences extérieures de la lucidité d’esprit, et qui néanmoins, portent en eux-mêmes une modification profonde du système nerveux, en vertu de laquelle ils sont essentiellement fascinables à l’aide d’un simple regard ou d’un geste impératif. On peut instantanément interrompre le cours de leurs idées, supprimer leur vie consciente et leur donner des suggestions qu’ils sont capables de remplir à leur insu ; je vous ferai voir dans la suite de ces leçons des sujets de cet ordre.
"L'âge entre également en ligne de compte ; — c’est de dix-huit à trente ans que la fréquence des sujets hypnotisables se rencontre.
Nous manquons jusqu’à présent de documents précis sur les aptitudes hypnotiques des jeunes sujets au-dessous de dix-huit ans ; — dans la période adulte l’hypnotisation et surtout la fascination sont susceptibles d’être provoquées, surtout chez les sujets dont le système nerveux est déjà troublé par des lésions organiques. — Ainsi j’ai en ce moment-ci dans mon service un sujet âgé de cinquante-cinq ans, paraplégique, ataxique, qui a subi l’influence hypnotique du miroir rotatif et qui, à la suite, a été très amélioré; — il v a encore dans mes salles une femme de quarante-huit ans, une autre de cinquante-quatre, hémiplégiques, etqui sont fascinables. Elles s’endorment aisément à l’aide du miroir tournant et se trouvent très soulagées, surtout au point de vue de la récupération du sommeil, de cette pratique thérapeutique.
20 CONDITIONS ÉTIOLOGIQUES GÉNÉRALES
Hérédité. — I/hérédité joue encore un grand rôle dans le développement des aptitudes à l’hypnotisme.
Les hypnotiques en un mot tiennent de leurs parents une disposition névropathique, et c’est cet état qui constitue pour eux un véritable terrain de culture n’attendant que l’excitationqui leur arrive du dehors ; — et c’est ainsi que vous rencontrerez, pour presque tous les sujets hypnotisables, des états cérébraux insolites chez leurs père et mère. — Tantôt c’est la mère qui a communiqué à sa descendance une impressionnabilité excessive dont elle était frappée; tantôt c’est dans la ligne paternelle quel’on trouve la source du mal ; — ou bien le père est alcoolique ou bien il est hémiplégique, ou bien irrégulier au point de vue mental ou au point de vue de la constitution physique. — Vous verrez un certain nombre de parents de sujets hypnotisables mal développés, de petite taille, de constitution rabougrie, chétive, et vous constaterez ainsi que l’hypnotisme qui se développe chez un sujet quelconque ou que l’on développe expérimentalement ne fait que mettre en œuvre des influences héréditairement préparées. — Gomme exemple de ces influences héréditaires je reçois en ce moment-ci à ma consultation la mère et la fille ; la fille est actuellement guérie de crises hystéro-épileptiques qui ont été traitées avec succès par des hypnotisations répétées; elle vient se faire hypnotiser régulièrement pour maintenir cette guérison, et, chose étrange, lanière, qui est une modeste ouvrière el qui, employée dans un grand magasin de Paris, gagne très honorablement sa vie, vient toutes les fois se faire hypnotiser avec sa fille et celle-ci se trouve très heureusement soulagée d’un état nerveux qui forme sa constitution normale et en quelque sorte un patrimoine héréditaire.
SÉRIATION DES PHASES DE L’HYPNOTISME
DE LA SÉRIATION DES PHASES DE L’HYPNOTISME
Les états divers de l’hypnotisme qui ont été si nettement classifiés et isolés nosologiquement par les travaux de mon éminent collègue de la Salpétrière sont-ils bien légitimement l’expression réelle de la vérité? Sont-ils, comme on l’a dit, des états quelconques de l’organisme se développant d’une façon accidentelle sans suite ni cohésion? — ou bien forment-ils une série naturelle de phénomènes enchaînés, toujours identiques avec euxmêmes, comme de véritables processus physiologiques à évolution fixe? — et, pour fixer les idées, peut-on admettre comme vérités démontrées que l’état léthargique est remplacé par l’état cataleptique, et qu’à celui-ci succède l’état somnambulique, lequel serait la dernière étape avant le réveil? (comme vous pouvez le voir sur le schéma que je vous présente) (PL I, fig. 1).
Dans le cours de cet enseignement je vais m’efforcer, à l’aide d’expériences bien choisies de vous mettre à même déjuger ces questions de visu , et de vous faire une conviction sur l’ordre naturel suivant lequel se déroule la succession des phénomènes hypnotiques. — Vous verrez donc s’effectuer devant vous l’enchaînement naturel des
différents états, dans l’ordre suivant : léthargie — catalepsie — somnambulisme — réveil.
Voici comment je comprends la sériation des phénomènes du grand hypnotisme.
Pour fixer vos idées , et me faire plus aisément comprendre, permettez-moi d’employer une comparai-
22 SÉRIATION DES PHASES DE L’HYPNOTISME
son pittoresque qui exprime bien ce que je désire vous exposer en vous priant de jeter les yeux sur le schéma suivant (PI. 1 , fig. 1). Vous y voyez une sorte de puits creusé à travers trois couches stratifiées dans un certain ordre, — l’état de somnambulisme est représenté par les couches les plus superficielles, — l’état léthargique par les couches les plus profondes, l’état cataleptique est intermédiaire. — Eh bien! quand un individu est plongé dans le grand hypnotisme , il arrive d’emblée au fond de ce puits, dans la phase léthargique, dans la région où l’anéantissement de toutes les activités est le plus profond , où l’obnubilation des facultés conscientes est complète. Il parcourt donc la trajectoire située à gauche, précipité en quelque sorte au fond du puits. — Puis, en vertu du mouvement communiqué et des pratiques dont il est l’objet, il sort de cet état de stupeur et de nuit profonde.
On ouvre d’abord ses paupières , on fait arriver les vibrations lumineuses sur sa rétine et de là jusque dans ses lobes cérébraux : — c’est une première étape ascensionnelle vers le réveil; c’est la période cataleptique, déjà caractérisée par la mise en éveil des régions optiques de l’écorce.
Le processus continue ; à Laide d’un frôlement léger, sur le Iront ou le vertex, on modifie d’une façon subite les conditions de l’innervation des régions sousméningées. — Nouvel état, nouveau mouvement de remonte vers le réveil. C’est la période de somnambulisme lucide qui apparaît. — Le sujet entre en jeu avec des aptitudes nouvelles. Il entend, il parle, il se met en communication avec ses semblables et prend déjà toutes les allures de la vie normale. — Mais il n’est pas encore sorti du cycle hypnotique où il était enfermé, il fait un der-
SÉRIATION DES PHASES DE L’HYPNOTISME
nier effort. Un souffle léger sur les yeux suffit à produire l'elfet désiré, et subitement on voit alors le sujet complètement réveillé sortir complètement de ce cycle extra-physiologique dans lequel on l’avait artificiellement entraîné.
Vous voyez ainsi, à l’aide de ce schéma, — comment s’opèrent les successions naturelles des phases de l’hypnotisme, et comment ces phases se succèdent méthodiquement les unes aux autres comme de véritables processus réflexes ; — vous voyez encore comment tous les sujets ne sont pas aptes tout d’abord à descendre au fond de ce puits figuratif, et restent en route à mi-hauteur, arrêtés dans les zones intermédiaires, dans ces régions somnambulo-cataleptiques qui constituent le petit hypnotisme et l’état de fascination (Brémaud). — Ils demeurent suspendus dans les régions supérieures du somnambulisme ou de la catalepsie, etconsti tuent ainsi un de ces états mixtes qui participent à deux régions limitrophes.
Au point de vue de l’ensemble des phénomènes . de l’hypnotisme, ces états mixtes ne sont donc pas à proprement parler des formes indépendantes du grand hypnotisme. — ■ Ils n’en sont que les préludes et les modalités incomplètes non encore révolues. Et cela est si vrai que nous voyons tous les jours des sujets chez lesquels on produit tout d’abord l’état de fascination, et qui restent ainsi dans les phases préparatoires. — Eh bien! vient-on à persévérer, on voit bientôt que ces mêmes suj- ts, au bout d’un certain nombre de séances, ne restent pas là où ils sont arrêtés. Ils descendent peu à peu vers les régions de la léthargie, et au bout d’un certain temps on constate qu,’ils sont véritablement des sujets complets, présentant les caractères du grand hypnotisme avec toutes les manifestations intrinsèques qui le constituent.
Dans le cours de ces leçons je vous montrerai com-