CAUSES OCCASIONNELLES
SU
par une série de recherches, faites surtout en Amérique et en Angleterre, sur les accidents nerveux qui succèdent aux collisions de chemins de fer. Erichsen1 2, Herbert Page-, ont publié sur ces accidents des travaux importants, et les expressions de Railway S pi ne et de Railwciy Brain , employées par ces auteurs, sont devenues d’un usage courant, même en France et en Allemagne. Mais il faut bien savoir qu’elles n’expriment aucune idée doctrinale. Erichsen attribue les symptômes observés sur ses malades à des lésions médullaires qui manquent dans la plupart des cas; Herbert Page les explique par l’intervention de phénomènes neurasthéniques qui ne rendent compte que d’une partie des troubles nerveux provoqués par les grands ébranlements traumatiques. Tous deux emploient cependant les mots de Railway Spine et de Railway Brain , non pas pour dénommer une maladie nouvelle, mais pour désigner sans périphrase un groupe de phénomènes correspondant à une étiologie commune.
En 1885, les leçons de M. Charcot et la discussion qui eut lieu devant la Société médicale des hôpitaux de Paris, à propos cl’une observation de monoplégie brachiale, présentée par M. Troisier, posèrent nettement la question des rapports de l’hystérie et du traumatisme. A partir de ce moment les observations se multiplièrent. Des faits nombreux furent publiés par MM. Berbez, Bataille, Yibert, Grasset, Oppenheim, Strumpell, Eulenburg, Bernhardt, etc. Ces uns étaient des exemples typiques d’hystérie développée sous l’influence du traumatisme; les autres avaient plutôt les apparences symptomatiques de la neurasthénie ou d’autres névroses.
Quelques observateurs, exagérant l’importance de la notion étiologique, voulurent réunir tous les troubles fonctionnels d’origine traumatique sous le nom commun de nécrose traumatique , mais il ne semble pas qu’il soit nécessaire de créer pour cela une espèce nosologique nouvelle. Le traumatisme est une cause banale et complexe, dans laquelle l’émotion morale et l’ébranlement organique se combinent dans des proportions éminemment variables. Ses effets diffèrent également selon les prédispositions morbides des sujets. Bans tel cas, il provoquera des accidents franchement épileptiques; dans tel autre, des accidents de neurasthénie pure; dans un troisième, il sera suivi de l’explosion d’accidents hystéri-
1 J. Eric Erichsen, On Railioay and otlier injuries of the neruous System. 1866.
2 Herbert W. Page, Injuries of the spinal cord without apparent mechanical lésion and nervous shok in lheir surgical and medico-leyal aspects, 2« édition. 1885.
ÉTIOLOGIE DE L'HYSTÉRIE.
ques vrais. Est-il légitime de réunir ces affections, essentiellement différentes par leur évolution et par leur pronostic, dans une description commune, sous le prétexte qu’elles se sont toutes les trois développées à la suite de traumatismes? L’école neurologique française pense que non. Elle estime qu’il est plus logique de laisser à chaque névrose son autonomie nosographique, et que ce serait compliquer singulièrement l’étude des affections nerveuses que de disjoindre leurs éléments dans des classifications artificielles basées sur la seule notion de leur étiologie *.
L’observation clinique ne fournit d’ailleurs aucune raison suffisante pour séparer l’hystérie d’origine traumatique de l’hystérie d’origine émotive. Deux de nos malades ont eu leurs premières attaques convulsives à la suite de traumatismes :
La première est la nommée Joséphine D... A l’àge de dix-neuf ans, étant ouvrière dans une filature, elle eut le poignet gauche pris entre deux cylindres de bois hérissés de fortes pointes d’acier. 11 en résulta une plaie profonde, dont la cicatrice mesure cinq ou six centimètres carrés. Les premiers pansements furent très douloureux. Six jours après l’accident, la malade souffrait encore beaucoup de la plaie; elle se sentait énervée, oppressée, et, finalement, elle eut une grande crise de nerfs qui dura plus d’une heure et qui se renouvela par la suite un grand nombre de fois;
La seconde est la nommée Thérèse L..., qui est devenue hystérique ou, pour parler plus exactement, qui a eu sa première attaque convulsive à l’âge de vingt-deux ans, aussitôt après l’avulsion d’une dent.
Eh bien! examinez attentivement ces deux malades, et je ne crois pas que vous trouviez la plus légère différence entre les symptômes qu’elles présentent et ceux que vous observerez chez celles de leurs compagnes qui sont devenues hystériques à la suite demotions morales. Les attaques convulsives sont semblables, les stigmates sensitivo-sensoriels sont les mêmes; tout est identique, sauf la cause occasionnelle qui a provoqué l’explosion de la maladie.
Il en est de même pour les accidents hystériques locaux déterminés par des traumatismes.
1 Voyez à ce sujet un excellent travail de M. A. Outil sur l’hystérie et la neurasthénie associées, in Gazette médicale de Paris (30 novembre et 7 décembre 1889).
M. Charcot s’est également occupé à plusieurs reprises de cette question des rapports de l’hystérie avec les traumatismes dans ses Leçons sur les maladies du système nerveux et dans ses Leçons du Mardi à ta Saljwt rièrr.