‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 9 sur 208 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

ÉTIOLOGIE DE L’HYSTÉRIE (suite) (Causes occasionnelles.)

SOMMAIRE

I. Hystérie d'origine émotive. Elle est surtout fréquente chez les femmes. Nature des émotions provocatrices. Exemples.

II. Rôle des traumatismes dans l’étiologie de l'hystérie convulsive. Histoire de l’hystérotraumatisme. Rapport de l'hystérie avec les phénomènes du Raihvay Spine et du Raihvay Brain.

III. Des intoxications déterminant l'hystérie. Doctrine des hystéries toxiques. Doctrine île l'hystérie d’origine toxique.

1Y. Fréquence relative des différentes causes occasionnelles de l'hystérie.

Messieurs,

Les causes occasionnelles ou déterminantes de l’hystérie peuvent être divisées en trois groupes comprenant : 1° les émotions morales; 2" les traumatismes; 3° les intoxications.

L’hystérie d’origine émotive est surtout fréquente chez les femmes. La nature ou, si je puis dire ainsi, la qualité de l’émotion provocatrice est très variable selon les cas. Les chagrins violents, les frayeurs, les contrariétés, les colères, les ébranlements psychiques, de quelque espèce qu’ils soient, peuvent, chez les sujets prédisposés, donner naissance à des accidents hystériques b

1 Chez 22 hystériques observées par Georget, les causes déterminantes ont été : frayeurs, 13 fois ; chagrins violents, 7 fois; contrariété vive, 1 fois. «Chez une malade, ajoute Georget, il n’y eut pas de cause excitante, mais cette personne avait eu une enfance mélancolique pendant laquelle elle avait été sujette à une foule d’accidents nerveux. »

ÉTIOLOGIE DE L’HYSTÉIUE.

Quelques exemples que je vais prendre dans l'histoire des malades de notre service fixeront vos idées sur le rôle des émotions morales dans le développement de ces accidents.

Observation I. — Marie M... a fait ses débuts dans l'hystérie a la suite d’une violente frayeur. Elle avait alors dix-sept ans et habitait la campagne. Un montreur d’ours vint à passer dans le village; elle alla voir ses exercices et se faufila dans la foule des spectateurs jusqu’à ce qu’elle fut au premier rang. L’ours, en dansant, passa si près d’elle que le museau glacé de l’animal frôla la joue de la jeune fille. Marie eut peur; elle s’enfuit précipitamment chez elle et, à peine arrivée, tomba sans connaissance sur son lit, en proie à des convulsions et à une agitation délirante des plus vives. Depuis lors, les attaques se sont reproduites un grand nombre de fois, et toujours le délire qui les accompagne roule sur la frayeur causée par le contact de l’ours.

Obs. II. — Théophile S... a eu sa première attaque convulsive à seize ans. Elle était dans une maison d’éducation dirigée par des religieuses. Une de ses maîtresses étant morte, elle fut désignée pour passer la nuit dans la chambre mortuaire. Malgré l’émotion que lui causait le voisinage d’un cadavre, elle s’endormit profondément. Vers le milieu de la nuit, une religieuse lui frappa sur l’épaule. Théophile, croyant que c’était la morte qui venait la réveiller, poussa un grand cri et eut sur-le-champ une grande attaque de nerfs qui ne dura pas moins de cinq à six heures.

Obs. III. — Marie A... était sur le point de faire sa première communion. Elle avait caché à son confesseur ses habitudes de masturbation. Au milieu d’un sermon dans lequel le prédicateur parlait avec véhémence des tourments de l’enfer, elle fut épouvantée par le souvenir de ses fautes, perdit connaissance et eut, dans l’église même, sa première attaque convulsive.

Obs. IV. — C’est à l’àge de seize ans, aussitôt après l’apparition des règles, que se montrèrent chez Elisabeth R... les premiers accidents hystériques sérieux. Voici dans quelles circonstances : Élisabeth assistait à une classe d’histoire et de géographie; la maîtresse parlait des éruptions volcaniques; elle racontait comment les villes d’Herculanum et de Pompéi avaient été ensevelies sous les laves et les cendres. Un grand tableau placé au fond de la classe représentait le Vésuve vomissant des torrents de flammes. Elisabeth fut très émue et eut aussitôt des convulsions et du délire. Elle s’enfuit épouvantée, croyant voir du feu partout. Son agitation fut telle qu’on dut la placer pendant quelque temps dans un asile d’aliénées.

Obs. V. — Amélie H... était âgée de vingt et un ans et jouissait en apparence d’une bonne santé, quand un jeune homme qu’elle aimait beaucoup la demanda en mariage. Sa mère s’opposa au mariage. 11 en résulta une querelle violente entre la mère et la fille, querelle à l’occasion de laquelle Amélie eut une grande attaque de nerfs suivie d’hémiplégie gauche, de vomissements de sang et d’une interminable série d’accidents hystériques.

Obs. VI. — A dix-sept ans, Alix S... devint amoureuse d’un jeune

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homme qu’elle voulait épouser. Sa mère s’opposa à ses projets et lui lit à diverses reprises des observations très vives sur sa conduite. Un jour, après une réprimande plus violente que les autres, Alix, très émue, eut une grande attaque convulsive avec aura ovarienne, sensation de strangulation, hallucinations, etc. Depuis lors, elle n’a pas cessé d’avoir, à des intervalles très l’approchés et pour des causes insignifiantes, des accidents hystériques de toutes sortes.

Ons. VII, — Eléonore L... a le malheur d’avoir pour père un homme brutal qui s’adonne à l’alcoolisme et à la débauche. Un jour, pendant que sa femme et sa fille étaient à l’atelier, il pilla la maison conjugale et s’enfuit avec une concubine. Quand Eléonore et sa mère revinrent à leur domicile, •'lies trouvèrent les armoires vides, les tiroirs défoncés, et ne tardèrent pas à connaître par les voisins le nom des coupables. En apprenant la conduite de son père, Eléonore éprouva une vivo indignation et eut illico sa première attaque de nerfs.

Ons. VIII. — Élisabeth M... s’était introduite un jour clandestinement chez son amant. Elle se livrait à lui, quand la mère du jeune homme, qu’on croyait absente pour plusieurs heures, revint à l’improviste et frappa violemment à la porte de la chambre de son fils. Élisabeth, surprise et effrayée, eut sur-le-champ une grande attaque de nerfs, et depuis lors elle a eu un très grand nombre d’attaques analogues et une foule d’autres accidents hystériques.

Ons. IX. — Berthe M... est entrée de très bonne heure dans la vie galante. A dix-sept ans elle avait déjà des amants et les trompait sans vergogne. Un jour que l’un d’eux, le titulaire, lui reprochait durement ses infidélités, elle se mit en grande colère et eut, pour la première fois de sa vie, une attaque convulsive très violente.

Ons. X. — Jeanne M... avait vingt ans quand ses parents la sommèrent d’épouser un jeune homme qu’elle n’aimait pas. Elle refusa obstinément. Pour vaincre sa résistance, on employa en vain la persuasion et la violence. Un jour, après une querelle bruyante, ses parents irrités la mirent à la porte de chez eux. Aussitôt après, Jeanne eut une attaque convulsive à grand fracas qui dura deux heures, et depuis lors elle a toujours éLé plus ou moins souffrante d’accidents hystériques variés.

Ods. XI. — A dix-huit ans, Elisa G... était employée comme femme de chambre dans un hôtel, à Munich. Un jour, deux voyageurs allemands, de passage à l’hôtel, voulurent s’emparer d’elle, et comme elle était insensible à leurs avances, ils la saisirent brutalement et la poussèrent sur un lit pour la violer. Élisa se défendit, cria et parvint à s’échapper de leurs mains; mais, à peine arrivée dans sa chambre, elle eut une grande attaque convulsive qui se reproduisit les jours suivants et marqua le début d’une longue série d’accidents névropathiques.

Dans tous les cas que je viens de vous citer, l’hystérie a débuté immédiatement après l’émotion provocatrice. Quelquefois il y a,

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entre la cause et l'effet, un intervalle d’un ou de plusieurs jours. Exemples :

Obs. XII. — A l’âge de quatorze ans, Anaïs L... était en apprentissage dans un magasin de nouveautés. Un dimanche matin, elle alla à l’église avec une de ses compagnes. Un homme placé à son côté tomba tout à coup, pendant la messe, foudroyé par une attaque d’apoplexie. Anaïs fut très émue par le spectacle de cette mort subite. Elle n’eut cependant aucun accident immédiat, mais l’image du mort était sans cesse présente à son esprit; elle y pensait le jour, elle y rêvait la nuit. Le mardi suivant, à neuf heures du matin, en arrivant à son atelier, elle éprouva un grand mal d’estomac et sentit comme deux mains qui lui serraient la taille au point de l’étouffer, puis elle perdit connaissance, en proie à des convulsions qui durèrent jusqu’à deux heures de l’après-midi. A partir de ce jour, des attaques analogues se sont reproduites à des intervalles variables, tantôt sans cause commune, tantôt sous l’influence d’une émotion ou d’une contrariété.

Obs. XIII. — Marie-Louise G... était, à dix-sept ans, une des meilleures élèves de l’école normale d’institutrices. Elle se préparait aux examens du brevet supérieur, qu’elle comptait passer à la session d’aoùt 1885. La maîtresse de l’école exigea qu’elle les subit en 1884. Elle fut si émue par la crainte d’un échec, qu’elle fut prise quelques jours après de crises de sanglots et d’accès de reniflement hystérique qui persistèrent pendant plus d’une année.

11 résulte de ces exemples que tous les ébranlements psychiques, toutes les émotions morales, doivent être considérés comme des causes occasionnelles très actives de l’hystérie.

Les traumatismes occupent une place importante parmi les agents provocateurs de l’hystérie1. Chez les sujets franchement hystériques, ils peuvent donner lieu à des manifestations nouvelles de la diathèse; chez des sujets simplement prédisposés, ils peuvent déterminer l’explosion des premières manifestations de la névrose.

L’étude de l’hystérie d’origine traumatique ou, comme on dit aujourd’hui, de Yhystéro-traumatisme , a été précédée et préparée

1 Voyez à ce sujet: Charcot, Leçons sue les maladies du système nerveux, t. III. Berbez, Hystérie et. traumatisme. Th. doct., Paris, 1887.

Bataille, Traumatisme et névropathie. Th. doct., Paris, 1887.

Guinon, Les agents provocateurs de l’hystérie. Th. doct., Paris, 188Ç).

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