‹ Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotismeChapitre 11 sur 208 · CAUSES OCCASIONNELLES · texte numérisé non relu

CAUSES OCCASIONNELLES

:il

l no de nos malades a fait dernièrement une chute dans les couloirs de l'hôpital et s'est blessée légèrement à l’avant-bras gauche. A l'instant même, elle a été prise d’une contracture du membre contusionné, qui a persisté pendant six semaines. C’était une contracture hystérique vulgaire, banale, tout à fait semblable à celles qui auraient pu se développer sous l’influence de causes occasionnelles autres que le traumatisme.

Les cas de ce genre sont loin d’être rares. C'est à eux qu’on appliquait autrefois le nom (['hystérie locale ou périphérique, et on les expliquait en disant que la plaie avait produit par voie réflexe la contracture permanente des muscles sous-jacents.

En réalité, l’interprétation qui leur convient est beaucoup plus compliquée. Qu’il y ait, dans le cas que je viens de vous citer et dans les cas analogues, un rapport de cause à effet entre le traumatisme initial et la contracture qui l’a suivi, cela ne peut être mis en doute, mais cela ne suffit pas pour légitimer l’expression d 'hystérie, locale. Le traumatisme n'a pas causé l’hystérie, puisque la malade était manifestement hystérique avant la chute, comme elle est restée hystérique après la guérison de la contracture. Le traumatisme a simplement déterminé, dans l’évolution d’une maladie préexistante, un incident symptomatique qui aurait pu ne jamais se produire s’il n’avait été provoqué par une circonstance occasionnelle, mais qui ne constitue pas à lui seul la maladie.

Remarquez bien que je parle du traumatisme et non pas de la plaie, bans l’espèce, il y a une différence importante entre ces deux termes. Rien ne prouve, en effet, que la plaie de l’avant-bras ait joué par elle-même un rôle quelconque dans la production de la contracture. Celle-ci aurait parfaitement pu se produire en l’absence de toute meurtrissure appréciable des tissus, par le fait seul de l’ébranlement général ou local qui a accompagné le traumatisme. Et la preuve qu’elle n'était pas la conséquence directe de la plaie des téguments, c’est que la rigidité musculaire a persisté plusieurs semaines après la cicatrisation complète de la lésion cutanée.

En résumé, il n’y a aucune différence essentielle entre l’hystérie d’origine émotive et l'hystérie d’origine traumatique, non plus qu’entre les accidents hystériques locaux provoqués par des causes morales et les accidents hystériques locaux provoqués par des ébranlements physiques.

ÉTIOLOGIE DE L’HYSTÉRIE.

Certaines intoxications paraissent jouer dans l’étiologie de l’hystérie un rôle identique à celui que jouent les traumatismes : chez les sujets franchement hystériques, elles peuvent aggraver les manifestations de la névrose préexistante; chez les sujets simplement prédisposés, elles peuvent être la cause déterminante de l’apparition de symptômes nerveux variés, présentant tous les caractères cliniques des accidents hystériques.

Les intoxications par le plomb, l’alcool, le mercure, sont celles qui paraissent avoir les rapports les plus étroits avec l’hystérie. L’empoisonnement lent par l’oxyde de carbone peut également, ainsi que cela résulte des observations de M. Marie, déterminer l’explosion d’accidents hystériques l.

Certaines affections générales qui modifient profondément la crâse du sang, telles que les fièvres infectieuses, le diabète, la chlorose, la syphilis, etc., se comportent comme les intoxications. Les poisons formés dans l’organisme sont aussi nuisibles que les poisons venant du dehors.

Les accidents nerveux qui accompagnent les intoxications saturnine, alcoolique, etc., étaient connus depuis fort longtemps. On savait très bien que les alcooliques ont souvent de l’anesthésie sensitivo- sensorielle, des parésies musculaires, etc., que les saturnins sont sujets à des hémianesthésies, à des convulsions choréiformes, à des paralysies, etc. Mais on attribuait tous ces

1 Les principaux travaux relatifs aux rapports des intoxications avec l'hystérie sont les suivants :

Debove, De l’apoplexie hystérique (Bull. Soc. méd. des hôp. de Paris , 13 août 1886).

Achard, Apoplexie hystérique ( Arch . yen. de méd., 1887, et Thèse de doctorat, Paris, 1887).

Charcot, Hémianesthésie hystérique et hémianesthésie toxique (Bulletin médical, mai 1887).

Letulle, De l’hystérie saturnine (Semaine médicale, 1887). — De l’hystérie mercurielle (Soc. méd. des hôp. de Paris, 12 août 1887).

Potain, Gaz. des hôp., 14 et 28 août 1887, et Bulletin médical, 4 septembre 1887.

Dreyfous, De l’hystérie alcoolique (Union médicale, novembre et décembre 1887).

Outil, Note pour servir à l’histoire des rapports de l’hystérie et du saturnisme (Gaz. méd. de Paris, 31 décembre 1887).

Berbez, L’hystérie toxique (Gaz. des hôp., 14 janvier 1888).

Hirschmann, Intoxication et hystérie. Th. doct., Paris, 1888.

Marie, Hystérie dans l'intoxication par le sulfure de carbone (Soc. méd. des hôp. de Paris, 9 novembre 1888).

C. Gui non, Les agents provocateurs de l’hystérie. Th. doct., Paris, 1889.

CA USES 0 CGA.SK )N NELLES .

accidents a des lésions organiques des centres nerveux ou des nerfs périphériques, ou tout au moins à l’imprégnation des éléments nerveux par le poison introduit dans l’organisme. On croit aujourd’hui qu’à côté des symptômes toxiques qui sont manifestement dus à des névrites périphériques ou à des altérations organiques des centres nerveux, il existe souvent, chez les intoxiqués, des troubles purement fonctionnels, cérébraux ou médullaires, appartenant en partie à l'hystérie, et on le prouve par des faits d’observation clinique si nombreux et si précis qu’ils ne peuvent vraiment laisser aucun doute sur la coexistence fréquente de l'hystérie et des intoxications.

Pour expliquer cette coexistence, on a proposé deux théories essentiellement distinctes: l’une est celle des hystéries symptomatiques; l’autre, celle de Y hystérie d'origine toxique.

ha doctrine des hystéries symptomatiques a été imaginée par M. Debove et soutenue par MM. Achard, Letulle, Dreyfous. Ses partisans affirment que l’alcool, le plomb, le mercure, etc., sont des poisons hystérogènes au sens propre du mot, c’est-à-dire des poisons capables de créer l'hystérie de toutes pièces, même chez les sujets non prédisposés. A côté, disent- ils, des épilepsies to. ciguës dont l’existence est généralement admise, il y a lieu de décrire des hystéries to. ciguës dont les principales, mais non les seules variétés, sont: l’hystérie saturnine, l’hystérie alcoolique et l’hystérie mercurielle. Chacune d’elles a sa physionomie clinique et doit avoir, par conséquent, son autonomie nosographique; il y a donc autant d’espèces d’hystéries toxiques que d’intoxications hystérogènes.

Ces idées sont, en vérité, fort séduisantes. Elles paraissent, à première vue, devoir simplifier la systématisation nosologique des grands accidents névropathiques en les groupant d’après les affinités naturelles de leur étiologie. De plus, elles satisfont l’esprit en proclamant l’étroite parenté des intoxications et des grandes névroses. On sait depuis longtemps déjà que les descendants des intoxiqués sont souvent atteints d’hystérie ou d’épilepsie; il semble tout naturel d’apprendre que ces mêmes névroses peuvent se développer directement chez les sujets dont les tissus subissent l’action immédiate du poison.

Cependant il convient de se tenir en garde contre les déductions erronées que pourraient faire naître, dans l’esprit des personnes non prévenues, les expressions d 'épilepsies toxiques ou (Y h y s-

ÉTIOLOGIE DE LTIYSTÊHIE.

té ries toxiques. Quand un saturnin, dans le cours d’une série habituellement complexe d'accidents encéphalopathiques, a un ou plusieurs accès convulsifs avec perte de connaissance, raideur tétanique des membres, écume k la bouche, etc., nous disons, il est vrai, qu’il est atteint d’épilepsie saturnine. .Mais, en réalité, la différence est grande entre ce malade et celui qui, sans intoxication préalable, a régulièrement, depuis son enfance, des accès spontanés de mal comitial. Celui-ci seul est un épileptique vrai; l’autre est un épileptique d’occasion, un faux épileptique. Le premier a une maladie bien définie dont les accès, se reproduisant k intervalles réguliers, constituent le principal et presque le seul symptôme. Le second a eu, sous l’inlluencc d’un empoisonnement accidentel, des convulsions d’apparence épileptique qui ne se reproduiront jamais plus s’il a le bon esprit de se soustraire aux influences toxiques qui ont momentanément altéré sa santé. Si notre langage scientifique était moins imparfait, nous ne désignerions pas par le même mot des séries de phénomènes aussi différentes, et pour être tout à fait exacts, au lieu de dire épilepsie saturnine , nous devrions dire convulsions épileptiformes d’origine saturnine.

De même, les accidents nerveux spéciaux à chaque intoxication que vise la théorie des hystéries toxiques, n’ont d’hystérique que l’apparence. Ce sont la plupart du temps des accidents hystériformes d’origine toxique, des symptômes directs de l’intoxication initiale, et non pas des symptômes hystériques surajoutés k ceux de la maladie primitive. C’est là le côté faible de la théorie dont nous nous occupons : elle réunit k tort sous une même dénomination des phénomènes dont la nature est différente, bien qu’ils soient déterminés par des causes communes.

La doctrine de 1 hystérie d’origine toxique a été soutenue par M. Charcot et par ses élèves : MM. Berbez, Guinon, etc. Elle admet que certaines intoxications ont pour effet d’aggraver les manifestations de la névrose chez les sujets préalablement hystériques et qu’elles ont le pouvoir de les faire éclater chez les sujets prédis-

posés, mais qu’elles sont incapables de les créer de toutes pièces.

« 11 est de par le monde, dit M. Berbez, des gens en quête d’une occasion de devenir hystériques. Chez ces candidats k l’hystérie tous les prétextes sont bons. Pour l'un, c’est une chute; pour l'autre, c’est l’alcool; pour celui-ci, une contrariété; pour celui-là, l’intoxication mercurielle. » Quel que soit le point de départ, le résultat est toujours le même. Les causes occasionnelles (émotions

Page 1